‹ Saint Colette, sa vie, ses œuvres, son culte son influenceChapitre 119 sur 136 · SON SÉJOUR A AMIENS ET A HESDIN · texte numérisé non relu

SON SÉJOUR A AMIENS ET A HESDIN

Elle avait déjà commencé à manifester des pressentiments de sa mort prochaine et même à en fixer presque la date. Ainsi, dès la fête de la Purification de 1445, elle dit qu'elle ne vivrait guère plus que deux ans. Une autre fois, elle engageait celles de ses filles qui voulaient lui parler, à le faire promptement, car elles ne le pourraient plus bientôt. Elle prenait toutes ses dispositions comme pour une mort prochaine, mettait ordre à ses affaires avec une grand e diligence et donnait ses instructions à ceux qu1 devaient diriger sa réforme après sa mort. Ainsi, vers le mois de septembre 1445, à Amiens, elle appela auprès d'elle le P. Claret et lui fit mettre par écrit plusieurs avis importants ; sœur Elisabeth de Bavière qui était présente et nous rapporte ces détails, s'étonnait de cette conduite. « Elle ne la voyait pas plus mal, dit-elle, qu'à son « accoutumé. Même elle lui semblait mieux dis « posée qu'elle n'avait été depuis longtemps. »

Le jour de la solennité du Prince des Apôtres, en 1446, à Hesdin, elle entra selon sa coutume dans le sens le plus profond de cette fête ; c'était au reste, la pensée intime de toute sa vie» l'exaltation de l'Eglise, ses luttes, ses douleurs, ses humiliations et ses triomphes. Elle est ravie hors d'elle-même, mais ce n'est point pour goûter les délices de l'union divine . Jusque dans l'extase, elle ne cesse d'être une victime pour la pacification et la glorification de l'Eglise. Des douleurs en rapport avec la fête du

pilote de l'Eglise, saisissent son âme prophétique. Voguant dans l'avenir sur la barque de Pierre, elle voit l'horreur des tempêtes, les ténèbres amoncelées par l'orage, beaucoup de passagers jetés dans les abîmes, par la violence des vents et périssant éternellement. Son regard pénétrant aperçoit après les derniers restes d'un schisme expirant , après quelques années de paix et de calme relatif, des vagues plus formidables soulevées contre le vaisseau qui porte les destinées du inonde . Ce n'est plus une division momentanée, une contestation, funeste sans doute, mais non mortelle, sur la personne dépositaire de l'autorité , c'est la négation de cette autorité et de presque tous les mystères du christianisme. Cette révolte immense s'arme et exerce sa fureur contre les enfants fidèles de l'Eglise , surtout contre les vierges épouses de Jésus-Christ. Beaucoup sont obligées de fuir hors des asiles de la pureté et de la prière. Plusieurs sont victimes d'une rage satanique et impure. Colette, morte, endurera elle-même l'exil, et ses ossements, pour échapper aux injures des ennemis de Pierre et de l'Eg-lise devront quitter le lieu de leur repos, venir habiter Arras pendant quelques années. C'est alors que fondront sur ces fondations du Midi les malheurs qui lui ont été déjà révélés. Castres, Lésignan, Béziers, filles bien-aimées, quelles tribulations, quelles douleurs, quelles infortunes vous attendent !...

C'est après ce coup d'œil plongé avec effroi dans l'avenir que sainte Colette revenue à ellemême s'écria : « Bienheureuses seront celles qui mourront les premières ; elles ne verront pas les jours de la tribulation! » Ensuite elle exhorta ses filles à prier pour l'Eglise. C'était la noble fin de tant de sacrifices et de travaux.

D'un autre autre côté l'enfer redoublait de fureur. Depuis plusieurs années déjà ses attaques étaient, et plus fréquentes et plus terribles ; elles devinrent incessantes. L'œuvre de la réformatrice grandissait toujours ; son influence sanctifiante s'étendait de plus en plus. Ces succès enflammaient la rage d'un ennemi à qui des coups si sensibles étaient portés. Guillemette, abbesse d'Hesdin, nous fait ainsi connaître ces mystères : « 11 n'y a créature qui puisse concevoir les peines « étranges, les meurtrissures et les afflictions « que lui faisait souffrir l'ennemi d'enfer et spé- « cialement la nuit. C'est ce qu'elle nous répé- « tait à toutes aux approches de la nuit : Vous « allez reposer, mes chères filles ; pour moi, je « vais commencer mon martyre. C'est le nom « qu'elle donnait aux tourments intérieurs « qu'elle éprouvait durant les nuits dont elle « passait la plus grande partie en oraison. « Aussi combien de fois, quand le matin était « venu, lui avons-nous vu la face toute meur- « trie par suite des tourments étranges qu'elle « avait endurés . » Mais toutes ces violences étaient inutiles et devenaient une source de

confusion pour l'ennemi. La patience de la victime augmentait ses mérites et sa puissance. Les séductions ne pouvaient pas avoir plus d'empire sur une âme si bien trempée. Cependant, le démon eut recours à ce moyen. Sous des formes humaines plus ou moins parfaites et parées, les esprits mauvais essayaient de souiller les yeux si chastes de l'épouse du Christ par des représentations infâmes. Mais, vains efforts ! ils ne pouvaient ternir la pureté de cette âme toute resplendissante de la lumière divine et embrasée des flammes de la charité céleste. Ces assauts si violents qu'ils fussent, n'atteignaient point cet esprit qui habitait les régions les plus élevées de la vie mystique et rien dans cette àme séraphique ne pouvait la trahir ni livrer une entrée perilde à ses ennemis ; ses sens, si longtemps mortifiés et alors encore condamnés à une immolation incessante lui étaient parfaitement soumis . Vraiment reine dans son empire et couronnée d'un diadème brillant de grâces divines et de vertus acquises, c?tte grande âme pouvait être attaquée mais non vaincue, pas même agitée par la tentation. 7ierge Colette, avancez donc heureusement, régn z. recevez les honneurs, que le Roi du ciel vous prépare.

Il semble cependant qu'un certain pressentiment de son triomphe futur triomphait parfois de son humilité. C'est pourquoi elle parlait avec bonheur de sa fin prochaine. Ainsi, à la Tous-

saint de 1446, un religieux augustin se présente pour recevoir l'habit de Colettin. On fait faire le vêtement. Mais quand on l'apporta aie réformatrice, elle dit joyeusement : « Cet habit sera pour moi et je serai ensevelie dedans.» En effet, il fut décidé ensuite que le frère ne prendrait lors l'habit; il fut même dirigé en Bourgogne. Le vêtement resta; nous le retrouverons à Gand.

Durant ce séjour de sainte Colette à Hesdin, il arriva une merveille que le fait précédent remet naturellement en mémoire. Un tailleur, nommé André, frère lai du couvent, se trouvait fort embarrassé. On lui donnait un morceau d'étoffe beaucoup trop petit pour faire un vêtement destiné au P. Pierre de Vaux. Il en manquait au moins une aune. La pauvreté se faisait sentir alors, cf Prions le Seigneur, dit sainte Colette, et peut-être la pièce sera-t-elle plus longue. » Le frère et l'abbesse prient chacun de leur côté, et bientôt celle-ci l'invite à mesurer de nouveau, et tout étonné, il trouve plus même qu'il n'était nécessaire. Il en resta une partie que sœur Perrine conserva religieusement en souvenir de ce fait merveilleux.

Au monastère d'HesJin se produisit, à un degré extraordinaire , un phénomène que nous avons déjà remarqué. Le jeudi saint, sainte Colette entra en extase après Vêpres et demeura ravie jusqu'à Matines. Chez elle, ce n'était pas extraordinaire, mais une circonstance plus rare

augmenta l'admiration de la communauté. Pen dant son ravissement, on avait déjà senti dans sa cellule un parfum délicieux. Mais quand elle en sortit pour aller à Matines, elle répandait partout sur son passage, une odeur si suave, si délicieuse que celles qui la ressentirent se déclarent incapables d'en exprimer la douceur et la délicatesse. Ce parfum se répandit dans* tout le monastère et demeura long-temps très sensible. Il disparut avec le temps, mais l'oratoire le conserva pendant de longues années ; et longtemps après, aux jours de fêtes de la maison, ou quand une sœur devait bientôt recevoir la couronne de ses vertus, le parfum de sainte Colette se faisait de nouveau sentir. C'était, pour les habitantes de cette maison, comme une visite et un avertissement mystérieux de leur mère.

Page 1