‹ Saint Colette, sa vie, ses œuvres, son culte son influenceChapitre 133 sur 136 · PIE, ÉVÊQUE · texte numérisé non relu

PIE, ÉVÊQUE

serviteur des serviteurs de dieu, pour l'éternelle mémoire du fait.

§ 1. Le prophète royal, éclairé par l'Esprit- Saint, vit l'Eglise, épouse de Jésus-Christ, debout à la droite de son époux, comme une reine parée de vêtements enrichis d'or, et environnée d'ornements d'une admirable variété. En effet, les rieurs de toutes les vertus, qui ne peuvent croître que dans le sein de l'Egiise catholique, forment son riche et magnifique vêtement, et les divers caractères de sainteté qui brillent dans ses membres, le parent et l'embellissent de mille couleurs. Au premier rang- paraît l'intrépidité des martyrs, la constance invincible des pénitents, l'humble piété des saintes veuves, l'inviolable chasteté des vierges et les innombrables vertus des autres fidèles qui soutiennent ainsi vaillamment le combat du Seigneur, et qui, après avoir achevé leur course, s'envolent enfin dans le ciel, pour y régner éternellement avec Jésus-Christ. Mais puisque plus la nature du combattant est faible, son sexe débile, plus grand est le mérite de son triomphe, il .convient sans doute que notre joie augmente, lorsque Dieu, toujours riche en ses dons ne cesse de nous montrer, dans de simples

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vierges, malgré l'infériorité de leurs forces, les prodiges de sa grâce, et que, par les exemples frappants de ce sexe naturellement faible, il réchauffe, dans un monde qui s'engourdit, le feu de la parfaite charité, et excite d'une manière pressante tous les âges à tendre au sommet de la perfection.

S 2. Or, si nous devons compter parmi les vierges sages toutes ces vierges qui, sous le joug d'une discipline régulière, n'ont point vécu selon la chair, et ont mis tous leurs soins à ne plaire qu'à Jésus-Christ, leur unique époux ; cependant, on doit un tribut de louanges tout particulier à ces âmes qui, s'élevant au-dessus de leur sexe, et, remplies de la faveur du divin Esprit, se sont appliquées à fonder un nouvel ordre de religieuses, ou, ce qui est d'un mérite à peu près égal, ont travaillé à faire revivre l'ancienne discipline d'un institut déjà fondé, et à y rétablir la sainteté de vie primitive : à ces âmes qui, après avoir elles-mêmes généreusement embrassé et heureusement parcouru la voie étroite de la vie spirituelle, ont appris aux autres et aux générations futures, par leurs exemples, à marcher dans le même chemin.

S 3. Parmi ces saintes âmes, a brillé d'un éclat tout particulier, au commencement du XVe siècle, l'admirable vierge Colette. Non contente d'avoir fait à Dieu, dès son jeune âge, un holocauste de sa personne, de sa volonté et de tous les plaisirs de la terre, enflammée du divin

amour, embrasée de charité pour le prochain, elle entra dans le tiers-ordre de Saint-François, dont elle embrassa la règle, afin de suivre plus parfaitement les conseils évangéliques. Tandis qu'elle s'appliquait de toutes ses forces à faire son salut, et à retracer en elle toutes les vertus de la perfection religieuse, en affligeant son corps par les jeûnes et par les rudes macérations, en faisant tout pour la gloire de Dieu, et en rapportant tout à cette fin, elle se sentit appelée, par une inspiration secrète et non équivoque du Saint-Esprit qui souffle où il veut, à la réforme des ordres de Saint-François. Mais, par un sentiment de profonde humilité, elle ne pouvait se résoudre à se charger d'un si pesant fardeau ; cependant, pressée par des prodiges célestes, elle commença cette réforme et l'exécuta promptement, de la manière la plus heureuse. Enfin, pleine de bonnes œuvres et de vertus, enrichie de dons Célestes, elle mérita de recevoir la couronne de la g*loire éternelle de la main de Jésus-Christ, l'époux des vierges, et la grande opinion qu'on avait de sa sainteté lui fit décerner des hommages solennels et un culte public, aussitôt après sa mort. Ayant donc soumis à un mûr examen, ainsi que le prescrivent les décrets pontificaux et l'usage établi dans l'Eglise, tout ce qui devait être discuté, savoir : le culte public légitime et non interrompu rendu à la bienheureuse Colette, la sainteté héroïque de sa vie, enfin les miracles que Dieu a opérés

par son intercession, nous avons pensé qu'il était grandement de l'honneur et de l'utilité de l'Eglise catholique (à laquelle nous sommes préposés, non par nos mérites, mais uniquement par le choix de la Providence divine) de déclarer que la sainteté de la bienheureuse Colette, dans laquelle le Dieu de toute bonté a versé si abondamment et fait briller avec tant d'éclat les richesses de sa libéralité, était digne d'être présentée à la vénération et à l'imitation de l'Eglise militante. Nous avons appelé, en Notre conseil, Nos vénérables frères les Cardinaux de la sainte Eglise romaine, un Patriacche et plusieurs Archevêques et Evèques qui se trouvaient à la cour de Rome ; tous Nous ont donné leur assentiment, et alors, après avoir imploré le secours des lumières célestes, Nous avons placé la bienheureu.-e Colette au nombre et au rang- des saintes vierg-es, Nous avons ordonné et décrété que tous les fidèles lui rendissent un culte pieux et les honneurs dus aux Saintes et Nous avons la confiance qu'on trouvera en elle des exemples sûrs pour la réforme des mœurs et des secours puissants pour obtenir la paix et la tranquillité des peuples.

§ 4. Cette servante du Seig-neur naquit à Corbie, en Picardie, au diocèse d'Amiens, de pieux et honnêtes parents, aux Ides de janvier (13 janvier) l'an du Seig-neur MC'CCLXXX (1380). Dès sa plus tendre enfance, elle donna des signes admirables de sainteté : car, méprisant les

amusements ordinaires dé son âge et les plaisirs trompeurs du siècle, elle s'appliquait sans relâche à l'oraison et à la contemplation des choses célestes ; et elle trouvait tant de charmes dans ces exercices, qu'elle a mérité à bon droit l'éloge que les saintes Lettres accordent à Tubie dont il est dit, qu'étant encore fort jeune il ne faisait rien cependant qui ressentît l'enfanee. Ensuite elle se prescrivit pour règle de vie de se contenter, pour toute nourriture, de pain et d'eau, de porter le cilice, de se flageller, durant le silence de la nuit, avec des disciplines de fer, et de n'accorder au sommeil qu'un temps fort court, à peine suffisant pour réparer les forces épuisées de la nature. Elle avait si bien contracté, dès sa jeunesse, l'habitude de soulager les misérables, qu'elle aurait pu dire comme Job avec vérité : « Dès mon enfance, la compassion pour les malheureux a grandi avec moi ; elle était sortie avec moi du sein de ma mère. » Elle prodiguait, en effet, les marques de la plus grande bonté aux malades, et de la charité la plus ardente aux pauvres ; elle s'étudiait à obtenir qu'on lui confiât les offices les plus bas, et tout ce qu'elle pouvait soustraire à sa dépense personnelle, ou à sa nourriture, elle le donnait en aumônes. Enfin, après avoir distribué aux pauvres tout ce qu'elle possédait, n'ayant de goût que pour la solitude, elle se voua à une clôture absolue. Là, fréquemment tourmentée par les démons, déchirée par leurs coups, elle

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n'en persévérait pas moins dans l'exercice de l'oraison avec tant de constance que, parfois ravie en extase, elle mérita de jouir de la vue et des entretiens des esprits célestes. Alors, ayant fait profession dans le tiers-ordre de Saint-François, quoiqu'il parût impossible de rien ajouter aux saintes cruautés qu'elle exerçait sur son corps, elle trouva moyen de les augmenter considérablement, marchanttoujours nu-pieds, même pendant les rigueurs de l'hiver, et s'exténuant par des jeûnes continuels. Elle entreprit de mener une vie toute céleste, ne se proposant qu'une seule chose, la gloire de Dieu, à laquelle elle rapportait toutes ses paroles, toutes ses actions* toutes ses pensées. De là cette abondance de consolations et de délices spirituelles qui inondaient son âme ; de là ses soupirs, ses paroles de feu par lesquelles éclataient au dehors les ardeurs de la charité dont son cœur était embrasé ; de là ces ravissements admirables pendant lesquels l'esprit, élevant dans les airs son corps mortel, semblait le transporter jusqu'au ciel.

§ 5. Enrichie de tant de vertus, comblée de tant de dons célestes, la bienheureuse Colette, un jour qu'elle priait Dieu ardemment pour la conversion des pécheurs, entendit une voix céleste qui lui assura que la conversion des méchants, objets de ses ardents désirs, s'opérerait par la réforme des ordres fondés par saint François. Cette révélation tint en suspens l'humble

vierge qui, réfléchissant sur l'avertissement du ciel, et le repassant en elle-même, le jour et la nuit, craignait d'être trompée par les prestiges du démon. Mais, les bas sentiments qu'elle avait d'elle-même l'ayant fait résister trop longtemps à la volonté divine, elle perdit l'usage de la vue et de la parole, jusqu'à ce qu'elle s'y fût soumise sans réserve. Dès lors, inspirée par l'Esprit divin, éclairée d'en-haut sur les moyens à prendre pour opérer la réforme, sans plus de retard, elle se met en devoir d'accomplir la mission qui lui était confiée. Mais plusieurs obstacles s'opposaient à ce qu'elle obtînt les pouvoirs qui lui étaient nécessaires : sa grande ieunesse, l'obscurité de sa condition et la rigueur extrême de l'institut qu'elle voulait réformer. Cependant, elle vint à bout, non sans un miracle , de vaincre tous Ces obstacles ; non seulement elle obtint ce qu'elle demandait, mais elle fut contrainte par l'obéissance à accepter la charge d'abbesse des religieuses qui embrasseraient la réforme. Elle n'eut donc plus d'autre soin, d'autre pensée, que d'accomplir fidèlement l'œuvre dont Dieu l'avait chargée. La Savoie, où la plus haute réputation de sainteté l'avait précédée, vit, en 1407, les commencements de cette entreprise épineuse. Il serait difficile de raconter tout ce qu'elle eut à endurer, dès le début de son œuvre, d'injures, d'affronts, de caomnies, tant de la part des étrangers que de la art de ceux qui jusque-là lui avaient été favo-

rallies. On ne se contenta pas de la traiter de sorcière, de magicienne, d'invocatrice des démons, mais on poussa si loin les fausses imputations, que ce fut là ce qui l'obligea à quitter sa patrie. Dans ce déluge de maux, au milieu de ce torrent d'afflictions, la servante du Seigneur ne perdit rien de l'héroïsme de son courage et de sa constance, et elle prouva la vérité de cet oracle : qu'aucun accident, quel qu'il soit ne peut contrister le juste. Dans ce débordement d'invectives et d'insolences imprudentes, elle se couduisait de manière à montrer qu'elle y trouvait de vraies délices. Et dès ce monde même, elle reçut de Dieu une récompense signalée de cette patience admirable. Car, dans une maladie grave et dangereuse, elle fut visitée par la sainte Vierge Marie qui, après l'avoir consolée par sa présence et par ses entretiens, lui ren'dit la santé. De plus, par le secours de la divine Providence, elle vit la réforme se propager en peu detemps, grâce au grand nombre de sujets qui se présentaient de toutes parts, et à la multiplicité des couvents qu'on lui construisit en différentes provinces.

S 6. Durant l'espace de quarante ans, Colette s'appliqua avec un courage invincible à l'exaltation du saint Nom de Dieu ; mais de telle matière cependant, qu'en même temps, elle construisait dans son cœur un édifice de vertus d'autant plus sublime, qu'elle l'avait fondé sur une humilité plus profonde. Quoique comblée

des plus riches dons du ciel, et devenue l'objet des louanges singulières des peuples, des grands et des princes, elle avait néanmoins d'elle-même de si bas sentiments, qu'elle se disait et se croyait indigne de la lumière du jour. Elle n'avait reçu qu'à regret, et en se faisant une extrême violence, le gouvernement des monastères de la réforme, et quoiqu'il fût bien certain par là que c'était par l'ordre de Dieu luimême qu'elle se trouvait placée à la tête de toutes les autres, elle s'appelait néanmoins la dernière et la plus méprisable de toutes. Ce qui la distinguait encore, c'était une austérité de vie à peine croyable, une brûlante ardeur de charité envers Dieu et envers le prochain, une assiduité admirable à ses devoirs religieux, sans jamais rien relâcher de ses veilles ni de ses travaux. Elle mettait tous ses soins à faire garder par les religieuses, avec la plus parfaite exactitude, toutes les observations régulières, et elle n'avait rien de plus à cœur, que de confirmer par ses exemples ce qu'elle avait enseigné par ses leçons. Affable, douce, prévenante, elle avait pour toutes la tendresse et la sollicitude d'une mère. Comme la renommée de ses vertus et de ses miracles s'était répandue en Italie, en France, en Allemagne et dans d'autres contrées, les peuples accouraient en foule à elle, pour obtenir de Dieu, par ses prières, toutes sortes de grâces spirituelles. On vit même des personnages distingués par leur vertu et par leur science,

s'adresser à elle, pour trouver dans ses lumières la solution de questions obscures et élevées dans les matières qui regardaient la perfection chrétienne ; de ce nombre fut saint Vincent Ferrier, qui vint, de l' Aragon, la visiter comme un oracle de toute sainteté, et un modèle de la perfection chrétienne.

§ 7. La servante du Seigneur avait achevé sa soixante-sixième année. Avertie qu'elle était appelée aux noces célestes de l'Epoux, afin-d' entrer la lampe allumée, elle satisfit le désir ardent qui la consumait de recevoir la divine Hostie, et elle le fit avec tant de ferveur, que par les flammes de la charité qui étincelaient sur son visage et dans ses yeux, elle alluma dans le cœur de ses filles qui étaient présentes, le feu de la plus vive piété. Alors, abîmée dans la contemplation des douleurs de la passion du Sauveur, les pieds et les mains étendus comme ceux de Jésus-Christ sur la croix, au milieu des chants d'allégresse des chœurs angéliques, elle s'envola dans les bras du céleste Epoux, àGand le 6ma jour de mars de l'année 1446. Après son trépas, la couleur et les traits de son visage furent tels, que son aspect parut plus agréable que pendant sa vie. Le bruit de cette mort étant répandu jusqu'à Corbie et dans toute la contrée, on vit accourir de toutes parts une foule immense de fidèles de toutes condition, des personnages distiongués par leur naissance, des dames, des magistrats, des ecclésiastiques, en outre,

des sourds, des muets, des paralytiques, des infirmes de toute espèce, qui avaient tous l'espérance certaine d obtenir leur guérison par l'intercession de la servante de Dieu : et tous répétaient d'une voix unanime : Colette est digne d'être comptée parmi les habitants des cieux Ainsi, aussitôt après son décès, elle fut honorée d'un culte public que le Siège apostolique a étendu depuis, en approuvant pour plusieurs maisons de la Réforme une messe et un office en l'honneur de la Sainte.

§ 8. La question de ce culte public ayant été proposée dans une réunion des Cardinaux de la Congrégation des Rites, il fut reconnu, d'un consentement unanime, que ce culte était appuyé sur des raisons si solides et si évidentes, qu'on pouvait sans difficulté former une commission pour la cause de la canonisation de la Bienheureuse. Ce jugement fut porté le 7 septembre de l'année 1739, et notre prédécesseur, le pape Clément XII, d'heureuse mémoire, l'approuva peu après, et nomma cette commission. Le 23 janvier de l'année 1740, la même Congrégation, après avoir discuté l'affaire avec soin, déclara qu'il constait du culte rendu de temps immémorial à ladite Bienheureuse, ou du cas d'exception désigné par les décrets apostoliques d'Urbain VIII, également notre prédécesseur d'heureuse mémoire. Clément XII étant mort sur ces entrefaites, le rescrit fut confirmé le 26 août de la même année, par Benoît XIV, aussi

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notre prédécesseur d'heureuse mémoire. Ce fut alors le lieu d'examiner l'héroïcité des vertus : dans la Congrégation ordinaire des Rites, le 17 août 1771. Les Cardinaux, d'un consentement unanime, répondirent qu'il constait de l'héroïcité des vertus théologales et cardinales, et de celles qui en dépendent, et qu'on pouvait passer à la discussion des quatre miracles. Ce jugement fut ratifié et approuvé par Clément XIV, notre prédécesseur d'heureuse mémoire, le 24 du même mois de la même année. Alors furent proposées quatre guérisons miraculeuses, attribuées à l'intercession de la bienheureuse Colette, pour être discutées, selon l'usage, dans trois Congrégations. Après la première Congrégation, les postulateurs de la cause eux-mêmes retirèrent une de ces quatre guérisons. Quant aux trois autres, Pie VI, notre prédécesseur d'heureuse mémoire, le 12 août de l'année 1781, décréta qu'elles devaient être regardées comme de vrais miracles, surpassant les forces de la nature, et il les tint en effet pour tels. De ces trois miracles, le premier arriva à la sœur Roza Croës : elle était depuis longtemps dans l'impuissance absolue de marcher, par suite d'une fracture transversale, multiple et mal remise de la rotule du genou gauche, et elle fut guérie en un instant ; le second eut lieu sur la sœur Marie-Thérèse Smidts, du tiers-ordre de Saint-François, qui fut délivrée sur-le-champ d'une tumeur avec ulcère au côté gauche, et d'autres infirmités

très graves, dont elle souffrait cruellement ; le troisième fut la guérison subite de François Romain de la Motte, profès laïc de l'ordre des Récollets de Saint-François, qui était attaqué d'une phthisie pulmonaire invétérée et jugée incurable, et qui recouvra pleinement ses forces. § 9. Alors les postulateurs, considérant que, pour plusieurs raisons favorables à cette cause, on pouvait espérer d'obtenir la dispense du quatrième miracle, adressèrent dans ce sens une supplique à Pie VI, notre prédécesseur, lequel, après avoir pris l'avis d'une congrégation spéciale nommée par lui à cet effet, et après avoir pesé les circonstances particulières de cette cause, accorda la dispense demandée, par un décret du 21 avril 1790. Après cela, on proposa à la Congrégation générale des Rites la question : si la bienheureuse Colette pouvait en toute sûreté être inscrite au catalogue des Saints. Quoique la Congrégation n'eût pas le plus léger doute à ce sujet, le pape Pie VI n'en continua pas moins à offrir de continuelles prières, pour obtenir la lumière dont il avait besoin, et enfin, le 15me jour du mois d'août de la même année 1790, il déclara qu'on pouvait désormais procéder à la canonisation de la bienheureuse Colette. Le pieux Pontife avait singulièrement à cœur de terminer cette importante affaire, mais les temps très difficiles qui survivent, ne lui permirent pas d'y mettre la dernière main.

Aujourd'hui que, par la disposition delà Pro-

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vidence, Nous lui avons succédé dans la charge pastorale et da rouvernement do L'Eglise

catholique, Nous avons pensé qu'il était de la raison et il»' l'équité de mener à bonne fin cette œuvré si pieusement et si religieusement commencée, car Nous croyons et Nous espérons qu'en multipliant le nombre de nos intercesseurs, Nous obtiendrons du Dieu des miséricordes, qu'il abaisse sur Nous un regard favorable, et qu'il daigne enfin Nous arracher du milieu des calamités, si grandes et si nombreuses, qui Nous assiègent de toutes parts.

§ 10. C'est pourquoi, suivant les exemples et les traces de nos prédécesseurs, après avoir fait compulser soigneusement les documents authentiques déposés dans les archives de la Congrégation des Rites, Nous en avons fait extraire un précis de la vie, des vertus, du culte, et des miracles de la bienheureuse Colette, et l'avons livré à l'impression, afin que tous et chacun de ceux qui devraient donner leur avis dans cette cause pussent lire cet écrit et l'examiner à fond. Puis, dans un consistoire' secret tenu en notre présence, le 23 mars de cette année, 1807, après que notre bien-aimé fils, Jules Marie délia Somaglia, cardinal-prètre de la sainte Eglise romaine, du titre de Sainte-Marie de la Minerve préfet de la Congrégation des Rites, eut exposé avec soin l'importance et l'état de la cause, tous nos vénérables frères les cardinaux de la sainte Eglise romaine qui étaient présents,

déclarèrent d'un avis unanime qu'il fallait procéder à la cérémonie de la. canonisation. Ensuite , le 28 avril dernier eut lieu un consistoire public convoqué par Nous, dans lequel notre fils bien-ainié, Augustin Valle, avocat de notre cour consistoriale , prononça en faveur de la canonisation de la bienheureuse Colette un discours dans lequel il nous mit sous les yeux avec beaucoup d'exactitude et d'éloquence, toutes les suppliques tant anciennes que nouvelles adressées à cette fin au Saint-Siège , en particulier celles de toute la famille des Récollets et des religeuses Clarisses . Enfin , dans le consistoire semi-public, tenu le 14 du présent mois de mai, où se trouvaient non seulement les Cardinaux de la sainte Eglise romaine, mais aussi le Patriarche, les archevêques et évêques que Nous avions appelés dans notre ville pontificale de toutes les parties de l'Italie, pour nous aider de leurs conseils dans une affaire si importante et pour donner par leur présence un plus grand éclat à cet acte solennel, Nous avons recueilli, suivant l'usage, les suffrages de tous et de chacun , pour la canonisation de la bienheureuse Colette et de quatre autres bienheureureux savoir: François Caraccioio, Benoît de Saint- Philadelphe , Ângèle Mérici , et Hyacinthe Mariscotti. Tous, sans difficulté, déclarèrent, d'un suffrage unanime , que la sainteté émmente de la servante de Dieu, la bienheureuse Colette, et les miracles et prodiges opérés par son inter-

cession étaient indubitables, d'après les actes juridiques de la 0 ation des Rites, que les

honneurs du culte pouvaient justement lui être accordés par décret pontifical, et ils Nous supplièrent avec instance de les lui décerner. De tout, Nous avons fait rédiger des actes authentiques, et Nous avons fait recueillir les avis signés par chacun des prélats, pour les garder dans les archives de la sainte Eglise romaine. S 11. Tout avait été conduit à bonne fin et rien n'avait été négligé de ce qui pouvait assurer un plein succès. Cependant, à cause de la gravité et de la grande importance de cette affaire,Nous avons ordonnné qu'on adressât denouvelles prières ■■■ Dieu, et outre les jours de jeune rai prescrit dans Rome, Nous avons uni nos humbles et constantes prières aux supplications de tous les fidèles, conjurant le Très-Haut de Nous remplir de l'esprit d'intelligence, afin que dans une affaire si importante. Nous accomplissions sûrement sa sainte volonté.

S 12. Enfin, aujourd'hui dimanche, 24 mai, jour auquel l'Eglise célèbre la fête de la Très sainte Trinité, après avoir rempli toutes les formalités prescrites par les sacrées constitutions et par les usages de la sainte Eglise romaine, Nous nous sommes rendus à la Basilique du Prince des Apôtres, ornée avec tout la pompe et la mag-nificenre religieuse qui convient à la maison de Dieu, avec tout l'appareil usité dans les cérémonies solennelles, précédé du clergé

séculier et régulier de tous les ordres et de toute la Cour romaine. Là, entouré de nos vénérables frères, les Cardinaux de la sainte Eglise romaine, le Patriarche, les Archevêques et Evêques, nous avons de nouveau entendu les prières que notre très cher fils Ignace Caracciolo, cardinal-prètre , du titre de Saint- Augustin , revêtu de la charge de procureur et postulateur de la canonisation, Nous adressa, à trois reprises différentes , par lesquelles il Nous a supplié de glorifier la bienheureuse Colette, et Nous avons de grand cœur accueilli sa demande.

C'est pourquoi, après avoir imploré par la récitation des litanies, la miséricorde de la Trèssainte Trinité, et l'intercession de la Mère de Dieu, des esprits célestes et de tous les saints, après le chant d'une hymne spéciale pour demander à l' Esprit-Saint de nous envoyer le rayon de sa divine lumière, pour l'honneur de la sainte et indivisible Trinité, pour l'exaltation de la foi catholique, pour l'accroissement de la religion chrétienne et la gloire du culte de Dieu, par l'autorité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul , et de la nôtre, après avoir imploré souvent le secours d' en-Haut, de l'avis et du consentement unanime des Cardinaux de la sainte Eglise romaine, du Patriarche, des Archevêques et Evêques qui se trouvaient à Rome , Nous avons déclaré que la bienheureuse Colette Boilet, réformatrice de l'ordre de Sainte-Claire , admirable par

l'éclat de ses vertus, comblée des dons célestes, illustrée après sa mort par des miracles et par (les prodiges, est véritablement sainte: Nous l'avons ajoutée au nombre des saintes Vierges, et Nous avons défini, qu'en cette qualité, elle devait être honorée et invoquée, ainsi que par la teneur des présentes Nous le décrétons, Nous l'enregistrons, Nous le définissons, statuant de plus que chaque année, le &"' jours de mars, dans toute l'Eglise, on célébrera pieusement sa mémoire comme d'une sainte Vierge et sous le rite convenable. Nous accordons miséricordieusement dans le Seigneur, que tous les fidèles qui chaque année, le jour de sa fête, étant vraiment pénitents, et s' étant approchés des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, visiteront le sépulcre où son corps repose, puissent gagner une indulgence de sept ans et sept quarantaines des pénitences qui leur auraient été enjointes, ou de toutes autres dont ils auraient contracté l'obligation.

§ 13. Aussitôt après, Nous avons présenté à notre Dieu et Seigneur, dans une hymne solennelle, nos adorations, nos louanges et nos ac tions de grâces, sur le maître-autel de la basilique, auprès des restes du bienheureux Pierre. Nous avons offert en esprit d'humilité le sacrifice non sanglant de notre salut, en y faisant spécialement mémoire de sainte Colette et des saints François Caracciolo, Benoît de Saint-Philadelphe Angèle Mérici et Hyacinthe Mariscotti que Nous

avons également placés aujourd'hui dans les diptyques ecclésiastiques et au catalogue des saints. Enfin, Nous avons accordé dans les formas ordinaires de l'Eglise, et en vertu de l'autorité qui Nous vient du Ciel, l'indulgence plénière de leurs péchés à tous les assistants qu'un zèle religieux avait attirés en grand nombre pour la célébration d'une si grande solennité.

§ 14. Maintenant donc que sainte Colette a mérité ce culte religieux, qui permet d'ériger en son honneur des temples et des autels dédiés au Dieu tout-puissant, qui impose le droit de vénérer ses sacrées images, il est certainement convenable que les fidèles, auxquels cette solennité procure tant de joie, mettent tout leur soin à éloigner du temple de Dieu, c'est-à-dire de leurs âmes, ce qui peut être impur ou profane, à offrir à Dieu leur corps comme une hostie vivante, sainte et agréable, enfin à exprimer en eux et à y reproduire, avec zèle et avec le secours de la grâce divine, le modèle parfait des vertus de la Bienheureuse, et la ressemblance de sa sainteté.

Qu'il en soit ainsi, afin que Dieu, apaisé par l'intercession de sainte Colette etdes autres saints daigne dans sa miséricorde éloigner de nous sa colère, et rendre à son Eglise une paix tant désirée.

§ 15. Enfin, le même Cardinal procureur Non s ayant humblement supplié de daigner faire connaître à l'Eglise universelle tout ce qui précède

et donner et publier à ce sujet des lettres apostoliques qui en conservassent éternellement la mémoire. Nous avons volontiers accédé à sa demande, et, par la teneur des présentes, Nous certifions, Nous confirmons, Nous définissons et Nous décrétons de nouveau, tout ce qui est dit ci-dessus; Nous ordonnons qu'on accorde aux copies qu'on en fera et aux exemplaires même imprimés , pourvu qu'ils soient revêtus de la signature d'un notaire public et du sceau d'une personne constituée en dignité ecclésiastique, la même foi qu'on accorderait à ces présentes, même si elles étaient montrées ou apportées en preuve .

§ 16. Qu'il ne soit donc permis absolument à qui que ce soit, d'enfreindre ce qu'ici Nous définissons, Nous décrétons, Nous écrivons, Nous commandons, Nous statuons, Nous rapportons, Nous voulons, ou d'aller contre par une téméraire audace. Si quelqu'un a la présomption de l'entreprendre, qu'il sache qu'il encourra la colère de Dieu tout-puissant, et des bienheureux Apôtres Pierre et Paul .

Donné à Rome, près Saint-Pierre, l'an de l'Incarnation de Notre-Seigneur, 1807, le 9 des calendes de juin (24 mai), de notre pontificat le 8m\

f Moi, Pie, Evêque de l'Eglise catholique. Place du sceau.

Signature des Cardinaux présents à la canonisation.

548 SATNE COLETTE.

Glorifiée, ainsi à Rome, sainte Colette ne put l'étro alors en France dans sa patrie. La religion était loin d'y avoir relevé toutes les ruines amoncelées par la Révolution. Dépouillée de tous ses biens et ne recevant en échange qu'une aumône parcimonieuse, elle ne pouvait rendre au culte sa splendeur légitime. Les ravages causés dans les esprits et les cœurs par les mensonges et les erreurs du philosophisme étaient encore plus déplorables. Mauvaises dispositions pour entendre la voix du Pontife, pourtant toute pleine d'accents glorieux pour la France.

D'ailleurs le peuple français enivré des victoires de son Empereur, fier sous sa conduite de faire trembler le inonde, était plus disposé à célébrer les guerriers tombés sur le champ de bataille après avoir ravagé quelques provinces qu'une héroïne qui par ses vertus avait fécondé plusieurs royaumes et contribué si puissament à rasseoir les fondements ébranlés de l'ordre social. Ce grand fait passa donc presque inaperçu pour le plus grand nombre des compatriotes de sainte Colette. Ils entendirent à peine quelque écho lointain de la grande voix qui glorifiait une noble enfant de la France et la proposait à la vénération de toute la terre. Alors comme aujourd'hui encore, des maximes et des coutumes intolérables même dans d'autres temps et pour une société établie sur d'autres bases, mais en contradiction criante avec les principes libéraux

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