RECONNAISSANCE DE SES RELIQUES
La première règle n'avait pas duré un siècle dans toute sa pureté. Sa régénération par sainte Colette persévère depuis bientôt cinq siècles.
Au milieu des excès de l'impiété en France, les reliques de sainte Colette avaient été menacées de périr comme tant d'autres. Elles furent sauvées par le courage d'une ancienne Clarisse, Constance Parpandet. Des forcenés avaient dit au club de Poli.amy : Brûlons Mlle Colette et M. Hyppolyte (c'est le patron de Poligny) ; la résolution fut prise aussitôt d'exécuter ce sacrilège le lendemain. Conduite par la Provide la fille de sainte Colette entendit ces paroles et aussitôt, au péril de sa vie, avec le coucours de généreux chrétiens, elle enleva de l'église paroissiale où elle avait été transporté?, la châsse de sainte Colette. Avec une piété infatigable, avec une prudence surnaturelle, elle sut toujours la soustraire aux profanateurs. En 1803 , le précieux trésor fut rendu à l'église paroissiale.
C'est dans ce sanctuaire que le 14 mai 1807, eut lieu une nouvelle ouverture de la châsse et la reconnaissance des reliques, nécessaire avant la canonisation ; on fit l'extraction des saintes reliques, une pour le souverain Pontife, la deuxième pour l'archevêque de Lyon, la troisième pour l'archevêque de Besançon, la quatrième pour l'évêque de Gand et la cinquième pour M. le Boucher de Richemont, d'Abbeville. Cette dernière est honorée à Bouillancourt-en-Séry.
Enfin, le 12 décembre 1822, les filles de sainte Colette, rentrées depuis long-temps déjà dans la maison fondée par leur mère, eurent le bonheur d'y recevoir les sacrés ossements de leur fondatrice. Elles gardent ce trésor avec un soin jaloux et le défendent contre toute nouvelle ouverture et distraction.
Cependant le clergé et les fidèles de Corbie qui, par le malheur des temps, n'avaient pas eu part à la distribution faite en 1807, sollicitaient depuis longtemps la réparation de cette espèce d'injustice. Des doutes pouvaient être élevés .sur la transmission et la conservation de l'ossement donné en 1659 par le monastère de Gand. Monseigneur Boudinet, évêque d'Amiens, désirait vivement enrichir son diocèse d'une relique incontestablement authentique et ranimer ainsi la dévotion envers l'illustre vierge de la Picardie. Ces vœux furent fortement appuyés par Monseigneur Nogret, évêque de Saint-Claude. Le 1" mai 1867, le curé de Corbie s'étant rendu à Poligny, les vénérables Colettines et l'administration municipale, M. Chevassu, maire de Poligny, chevalier de la Légion d'honneur, consentirent enfin à ouvrir la châsse et à en extraire une côte qui repose maintenant dans le vieux sanctuaire où sainte Colette a si longtemps adoré le Saint-Sacrement. Elle est placée à l'endroit même par où. la recluse communiquait avec l'église et recevait la sainte communion.
L'âme chrétienne se sent pieusement émue et
pénétrée d'onction en priant dans ce lien plein de souvenirs d'où s'élevaient autrefois vers le Seigneur des prières si ferventes et où se sont accomplis tant de profonds mystères de la grâce. 11 semble qu'on sent s'échapper de ce sol béni une chaleur surnaturelle qui ranime la dévotion et fortifie la confiance.
Comme tant d'autres, ce temple témoin d'un glorieux passé avait été profané pendant la Révolution et servait de grange. Racheté depuis peu, il a été divisé en deux parties : l'une sert d'habitation à des tertiaires régulières de Saint-François de la communauté de Calais et aux orphelines qu'elles élèvent ; l'autre est une chapelle spacieuse qui jouit de tous les privilèges attachés aux sanctuaires de l'ordre des Frères Mineurs.
Les adversaires violents de sainte Colette ont disparu de Corbie ; cependant ses filles aînées , les Clarisses n'eussent pu y trouver des moyens suffisants d'existence ; leurs sœurs cadettes sont là et procurent à la patrie de l'illustre abbesse quelques-uns des avantages que cette âme charitable voulait assurera ses concitoyens, parla fondation d'un monastère de Clarisses.
Il ne reste plus qu'un fleuron à ajouter à la couronne de la réformatrice de l'ordre séraphique, c'est que son culte devienne universel dans l'Église et que son office, inséré dans le bréviaire romain , soit rendu obligatoire pour tout l'univers catholique. C'est ce que nous espérons voir bientôt se réaliser. Pour obtenir cette fa-
veur, une supplique dont Monseigneur Guilbert évèque d'Amiens, depuis Archevêque de Bordeaux a bien voulu prendre l'initiative, a été présentée à la signature des Evêques catholiques. Presque tout l'épiscopat français, tous les évêques de la Belgique, de l'Angleterre, un grand nombre de prélats Espagnols, plusieurs du Mexique et du Canada, des Etats-Unis , etc. ont signé cette pièce. Quelques-uns l'on fait en exprimant fortement leur approbation comme Mgr l'Archevêque de Burgos qui, déclare nos motifs très solides, l' évèque d'Ottawa qui se fait l'écho des fervents Canadiens, etc., etc. Toutes ces signatures réunies ont été présentées à la sacrée congrégation des Rites par le très révérend Père Bruno procureur général des capucins qui a bien voulu se faire le postulateur officieux de cette cause. Comme l'a dit très bien quelqu'un, c'est une sorte d'œcuménicité qui vient de se manifester en l'honneur de l'humble Vierge de C'orbie et elle produit une grande impression à Rome. Nous espérons donc que le Vicaire de Jésus-Christ acquiescera à ce vœu presque unanime de l'espicopat auquel se sont joints des personnages du plus haut rang, des princes et des princesses de la maison de Bourbons. Nous croyons devoir donner ici cette supplique comme conclusion de ce travail et comme l'expression d'un désir qui sera partagé ce ainement par tous nos lecteurs. Qu'ils veulent bien se souvenir qu'il ne suffit pas de de-
mander aux puissants do la terre ; qu'il faut surtout demander à Celui qui tient dans ses mains leurs cœurs et les tourne où il veut. Que tous ceux qui pensent ainsi, unissant leurs prières, afin que bientôt tout l'univers catholique chante les louanges de l'illustre réformatrice.
Pour que le Souverain Pontife daigne étendre le
culte de sainte Colette à toute l'Eglise ,
vœu et exposé des motifs.
« Lorsqu'à la fin du XIVe siècle, une violente « tempête menaçait la barque de saint Pierre, « sainte Catherine de Sienne se dévoua tout en- « tière pour la détourner, c'est pourquoi ses ver- « tus et sa gioire sont célébrées par tout le peu- « pie chrétien. La tempête ayant enfin éclaté, et c la tunique sans couture du Christ étant déchi- « rée par un schisme déplorable, le Seigneur « dans sa bonté et sa miséricorde suscita en Ita- « lie saint Bernardin de Sienne et saint Jean de « Capistran, en Espagne saint Vincent Ferrier, « en France sainte Colette de Corbie, qui, dans « des contrées diverses, mais avec une ardeur « égale et unis de sentiments, travaillèrent avec « un courage infatigable à réformer les mœurs « du peuple chrétien, à rétablir la paix dans « l'Église et à apaiser la colère divine. Ces pre- « miers personnages jouissent déjà depuis de « longues années d'un culte universel dans
« l'Église, ôr , la vierge de Corbie ne paraît pas « moins digne d'un semblable honneur.
« En effet, dès ses tendres années, instruite « surnaturellement, pratiquant de très hautes « vertus, appliquée assidûment à la contempla- « tion et aux pratiques d'une très austère péni- « tence, remplie de l'esprit de prière, instruite « des crimes et des maux du peuple chrétien et « de la juste colère du Seigneur, dans de ferven- « tes oraisons, elle demandait avec instance mi- « séricorde pour les pécheurs et la paix et l'unité « de l'Église.
« Pour obtenir ce grand bien, contrainte par « la volonté divine, surmontant d'innombrables « et très grands obstacles au prix de douleurs « poignantes courageusement supportées, elle « établit des règles très sages pour faire revivre « l'esprit de saint François et de sainte Claire à e peu près entièrement éteint; dans les nombreux « monastères qu'elle fit construire, elle rassem- « bla un grand nombre de vierges qui, comme « des colombes, gémissaient sur les iniquités « d'Israël. Enfin ayant rendu même au premier « ordre de Saint-François en France, son anti- « que splendeur, elle acheva heureusement l'œu- « vre de la réformation et l'établit sur des bases € toujours inébranlables.
« Un avertissement céleste amena à l'humble « servante de Dieu saint Vincent Ferrier, afin « qu'ils conférassent ensemble des maux publics t et qu'ils unissent leurs vœux suppliants pour
« écrire au concile de Constance et lui donner « l'assurance d'un heureux succès. Quelques an- « nées plus tard, l'éminent cardinal de la sainte « Église qui , par l'autorité apostolique, prési- « dait le concile de Bâle, lui adressait des lettres « qui prouvent son extrême vénération pour « l'humble vierge. Il lui demandait des prières, t des conseils, son secours même dans les diffi- « cultes, dans les amertumes qu'il éprouvait à « la vue des maux qui menaçaient de nouveau a l'Église.
« Sainte Colette, de son côté, enrichie de dons « célestes, opérant beaucoup de miracles, ressus- « citant des morts, et en même temps tourmentée « par des douleurs surnaturelles, n'interrompant « ni ses veilles ni ses jeunes, ni ses flagellations, « ni ses prières pour apaiser la colère du Sei- « gneur, et toujours dans les sentiments d'une « profonde humilité, s'offrait comme une vi- « ctime de propitiation . Douée de l'esprit de « prophétie, elle prédit plusieurs choses concer- « nant le schisme. Enfin, ce qu'elle avait tou- « jours demandé, ce qu'elle s'était efforcée de « mériter par ses macérations , fut accompli par « la divine Providence et elle s'endormit dans le « Seigneur. Elle mourut le jour où fut élu pape « Nicolas V, qui eut le bonheur d'affermir la paix « de l'univers catholique et de réconcilier leder- « nier antipape avec l'Eglise. Les fidèles l'avaient « vénérée pendant sa vie ; ils la vénérèrent bien « plus encore après sa mort, et quoiqu'elle n'ait
t été inscrite au catalogue des saintes vierges « que quatre siècles après son trépas , cependant « elle était longtemps auparavant l'objet d'un « culte fervent dans plusieurs provinces de « l'Eglise. La famille de saint François récitait « autrefois un office propre de la bienheureuse « Colette ; la Picardie, la Bourgogne, les provin- « ces Belges la fêtaient solennellement, les Es- « pagnols sous la domination desquels elle reposa « longtemps à Gand, apprirent aux peuples de « l'Amérique à la louer et à l'invoquer.
« Aujourd'hui qu'une tempête non moins fu- « rieuse assaille la barque de saint Pierre, le sou- « verain Pontife qui tient le gouvernail avec aucc tant de sagesse que de force, a jugé opportun « de glorifier plusieurs saints qui se sont surtout « dévoués pour la défense et l'exaltation du Siège « apostolique. Il les invoque comme de nouveaux « intercesseurs pour lui et pour les brebis du « Christ. Parmi ces dévoués et très courageux « défenseurs de la chaire de saint Pierre, n'est-il « pas juste de compter sainte Colette et ne con- « vient-il pas de la proposer au peuple chrétien « dans les angoisses présentes, comme un se- « cours et un modèle. Dans sa vie tous les fidèles « apprendront quel est leur devoir dans les pei- « nés de leur père commun et combien sont effi- « caces les prières et les supplications pour « obtenir à l'Eglise le bonheur de la paix. D'ail- « leurs, il paraît juste que celle qui comme réforme matrice d'ordre, thaumaturge, victime de pro-
« pitiation et avocate du peuple auprès de Dieu, « n'est pas moindre que sainte Catherine de « Sienne et sainte Thérèse , jouisse comme « elles d'un culte et d'un honneur universels. » « Il ne faut pas oublier que pondant la vie ter- <( restre de l'illustre réformatrice, la France en « partie envahie par l'étranger, divisée par les « discordes des princes et de sanguinaires fac- « tions, ensanglantée de cruels forfaits et affai- « blie par un déplorable schisme, paraissait arri- « vée à l'agonie si elle n'avait été délivrée de tant « de maux par une admirable intervention de la « Providence divine. Ce merveilleux secours fut « longtemps demandé par les prières des fidèles « de l'un et l'autre sexe dans le cœur desquels « était encore vivant avec la charité divine l'amou r « de la patrie . Parmi eux brille la vierge de « Corbie qui par ses exemples, ses prières, ses « conseils, ses exhortations aux grands, travailla « avec un zèle infatigable à réformer la corrup- « tion des mœurs, à persuader l'obéissance à l'E- « glise et à apaiser les discordes des princes. « Aussi d'après la très juste appréciation d'un « écrivain récent dans la Revue des Deux-Mondes « 1er Mai 1881, la fille du charpentier de Corbie « mérite l'extrême attention de l'historien. Ce que « pendant sa vie elle opéra par ses labeurs et ses « macérations, maintenant régnant avec le Christ « elle s'efforce de l'obtenir par des prières pour la « patrie soumise à des épreuves différentes sans « doute mais non moins déplorables.
« D'ailleurs dans notre temps tous se laissent « aller à un genre de vie relâchée et soit dans le « vêtement, soit dans la table, soit dans les habi- « tations et les meubles on transgresse les lois « de la modération et de la tempérancce. Il est « donc très utile de remettre devant les yeux un « modèle achevé de pénitence et de pauvreté. « C'est pourquoi il est souverainement désirable « qu'aux chrétiens fidèles qui pleurent et qui « prient pour leur patrie, sainte Colette soit pro- « posée comme un exemple et une protectrice et « que la récitation de son office soit rendue obli- « g-atoire pour tous les clercs.
« C'est pourquoi prosternés aux pieds du Sou- « verain Pontife nous le supplions qu'il daig-ne « fixer les yeux sur notre présente supplique et « élever à l'honneur suprême cette très dévouée « servante du sièg*e apostolique en insérant son « nom dans le calendrier universel de l'Eglise et « en ordonnant à tous les clercs de réciter son « office.
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NOTE I (page 73).
Où était située la réclusion de sainte Colette ?
Sur cette question, le P. Sellier a été induit dans une erreur complète. Son dessin topograpliique est d'une inexactitude inexplicable; il contredit les monuments anciens et les données plus récentes fournies par la tradition locale. Le vénérable religieux n'est cependant point condamnable. Il ne pouvait guère faire autrement que d'accepter avec confiance de la main qui les lui présentait, les plans les plus fautifs qu'il a publiés. 1° Il a donné une idée très inexacte de l'église Saint-Etienne, autrefois Notre-Dame. Elle avait des bas-côtés, un transept, mais non des chapelles absidales. Nous en possédons un vieux dessin parfaitement conforme à une vieille peinture d'imposte qu'on voit encore dans l'ancien presbytère de cette paroisse. M. Peigné-Delacourt, de Compiègne, vient de publier d'après d'autres données, un plan de Corbie qui est aussi d'accord avec ceux que nous indiquons. 2° L'erreur n'est pas moins complète sur la position
relative de l'église Saint-Jean l'Évangiliste, qui se trouvait entre Saint-Étienne et l'église abbatiale de Saint-Pierre. Des actes anciens et d'autres récents, comme le contrat de vente de cette église en 1793, déterminent la distance qui séparait Saint-Jean de Saint- Pierre ; elle n'était que de douze pieds environ et le portail de l'un était à peu près sur la même ligne que l'autre. Cette ligne prolongée passerait un peu au-dessus du chevet de Saint-É tienne. Ainsi l'église Saint-Jean était orientée comme les autres. C'est d'après ces monuments et ces indications qu'a été exécuté le plan des lieux ci-contre.
Il faut faire observer que l'enclos de l'abbaye avait pour clôture le bas-côté nord de Saint-Étienne et que es cimetières des paroisses ne pouvaient, par conséquent, s'étendre en aucune manière de ce côté.
Ces points fixés, interrogeons les monuments anciens et tâchons de les comprendre exactement. La permission accordée par l'abbé Raoul de construire la réclusion, nous donne une première indication. Il y est dit, en effet : « In loco sacro seu benedicto inter cœmeteria beatœ Mariœ Virginis et sancti Joannis Evangelistœr. Dans un lieu sacré ou béni entre les cimetières de la bienheureuse Vierge et de Saint-Jean l'évangéliste». Ces paroles suffiraient, d'après l'obser tion précédente, pour exclure toute position de la réclusion au nord de Saint-Étienne. Mais ceci va devenir bien plus clair.
En 1624, il fallut réparer la réclusion qui tombait en ruines. On voulut en même temps bâtir une chapelle plus spacieuse. Avant de procéder à ce traveil, on eu^ la sagesse de dresser un acte authentique décrivant exactement l'état des lieux. On retrouva même dans la, muraille de l'église la place de la grille par laquelle
sainte Colette communiquait avec le sanctuaire. Voici ce que nous lisons dans ce document si important :
An no Domini 1624... in mei Juannis Oippre, piesbyteri religiosi... officiai is pressent ia constituti... Ve-
nerabiles et discret! viri magistri Christophorus Vrayet, in artibus magister presbyten uratus Beatae Manse, alias sancti Stephani protomartyr is de dicta Corbeia.et Philippus Auxcousteauxregio diplomate procurafcor ciusidicus, hoc anno urbis praefectus et... Corbeiae actualiter commorantes totiusque repar;indi restituendique veteris et lon-rua temporum vetustate prope diruti reclusorii beafae Coiettse virginis Corbeianss^prœfatseecclesios sancti tetephani ex uiroque latere adjacentis, cseterisque ad earndem eccleeiam et ad aliam sancti Joannis evangelistœ vergentis. n.c non de novo sacris usibus construendao sediculae ad majorem Dei gloriam hujusque virginis famam longius latiusque propagandam et rei memoriam posterorum mentibus consignandam, fidèles œconomi.. .
Ce texte si clair suffirait pleinement à résoudre la question. Cependant avant de couclure recueillons encore quelques autres textes qui seront comme des commentaires authentiques du premier. En 1628, le souverain Pontife permet de faire l'office de sainte Colette « in ipso reclusorio et proximc adiacenti $acello » ; dans la réclusion elle-même et dans la chapelle tout à fait adjacente.
En présence de Jean Dipprê, officiai de Corbie, comparaissent Christophe Vrayet,
maître es- arts, curé de Notre- Dame autrement St-Etienne de Corbie, Philippe Auxcousteaux, procureur royal, cette année administrateur de la ville de Corbie, habitants de Corbie, économes fidèles chargés : 1° de réparer et de rétablir l'ancienne réclusion de la bienheureuse Colette, vierge de Corbie, presque détruite par la vétusté et qui était adjacente de deux côtés à la susdite église Saint- Etienne, et des autres côtés tournée vers la même église et l'autre sanctuaire de saint Jean l'évangéliste ; 2° de construire à neuf, pour les usages sacrés, un petit édifice, pour la plus grande gloire de Dieu et pour propager au loin de toute parts la renommée de cette vierge et transmettre à la postérité le souvenir de ce qui s'était passé...
En 1625, le 28 avril, le P. Flugence, capucin de Paris, présentait un mémoire juridique pour l'affaire do la canonisation. Il parle ainsi : « Il faut remarquer que « peu de temps après sa mort, on érigea son reclusage « en chapelle où on dressa un autel et posa son image « en bosse comme il se voit encore, et ce lieu a été « visité de pèlerins des villes d'Amiens, d'Abbeville et « d'ailleurs, mais particulièrement de nautonniers qui « étant arrivés au port de Saint-Valéry, venaient en « ce lieu rendre leurs vœux, comme me l'a récité un « religieux de Corbie. Les habitants dudit Corbie y « .liaient tous les soirs faire leurs prières. Ce lieu, a « été rebâti depuis peu avec une chapelle tout proche « et est fort visité. Maintenant les personnes qui vont « à Notre-Dame de Liesse, repassent par Corbie ».
Plis tard, en 1629, les informations juridiques pour la canonisation, furent faites à Corbie. M. François de Bertin, curé de Saint- Jean l'Evanglliste dépose que, en 1624, il a vu jeter les fondements d'une chapelle joignant- ledit reclusage.
Le curé de Saint-Etienne, Christophe Vrayet, nommé plus haut, dépose ainsi le même jour : « Le reclu- « sage a toujours été révéré et visité. Il l'a toujours « vu en forme d'oratoire et enicelui son image (de sainte « Colette) taillée en pierre et qui est encore saine et « entière. Que de toutes parts les catholiques viennent « faire leurs dévotions et rendre leurs vœux. Même « que depuis qu'il a gouverné les affaires et adminis- « trations de la dicte chapelle, il a vu y arriver plu- » sieurs seigneurs, dames et autres notables personnes <i pour les mêmes motifs que dessus, entre autresl'au- « mônier de Mme d'Orléans, envoyé exprès de Paris, a lors de la maladie de la dicte dame, pour y célébrer « la messe et faire une neuvaine de messes qui furent
a célébrées en la dicte chapelle du dict reclusage, par « les RR. PP. Bénédictins; Mme la vidame d'Amiens, « Mme la duchesse de Chaulnes, sa fille Mlle d'Heilly, etc., une grande dame de Champagne et plu- « sieurs autres tant de Paris, d'Amiens d'Abbeville, « de Péronne même de Dreux et plus éloignées. »
Depuis longtemps, en effet, les fidèles allaient faire leurs dévotions au reclusage et si la chapelle était fermée, ils les faisaient à laporte, c'est ainsi que s'exprime un aufre lémoin.
En 1509 on avait essayé de transporter la statue. Un brancard neuf cassa. Pour la remettre on n'éprouva aucune difficulté.
Ces beaux souvenirs entraînent. Dans la solitude du présent on aime à voir passer les multitudes pressées d'autrefois. S'il y a des citations inutiles quant à la question qui nous occupe maintenant, on n'a pas oublié ces mots si décisifs : la chapelle joignant la réclusion... une chapelle tout proche... et enfin, adjacente des deux côtés à ladite église Saint-Etienne et des autres côtés tournée vers la même église et l'autre église de Saint-Jean TEvangéliste.
Comment une construction adjacente à un édifice de deux côtés, peut-elle être par les autres tournée vers ce même édifice? Si ce n'est que placée dans un angle rentrant et dépassée par les parties saillantes de cet édifice elle lui est comme incorporée.
D'ailleurs, l'église Saint-Jean était au sud et un peu au-dessus de Saint-Etienne. Par conséquent, il n'y a qu'une place, qui convienne à ia réclusion de sainte Colette, c'est celle indiquée par le numéro 4 sur le plan. D'ailleurs la chapelle bâtie en 1624 est restée plus longtemps debout que la réclusion. Son emplacement est nettement marqué sur les plans que nous avons repro-
duits ou cités. Les personnes qui l'on vu debout, sont encore faciles à trouver. Leur témoignage concorde parfaitement avec les dessins précédents et les textes cités plus haut.
' On remarquera que ce petit bâtiment accolé à Saint- Etienne et touchant la chapelle de sainte Colette bâtie en 1624, convient parfaitement pour une cellule. Nous n'avons fait que reproduire les croquis assez grossiers qui nous le représentaient tel qu'on le voit sur le dessin. C'est donc bien certainement là la réclusion où sainte Colette passa quatre années d'une vie plus angélique qu'humaine.
NOTE II (page 75).
Permission de D. Raoul de Roye abbé de Corbie à sainte Colette de se faire construire une réclusion.
A tous ceux qui les présentes lettres verront ou recevront Raoulz par la grâce de Dieu abbé de l'église Saint-Pierre de Corbie salut en Notre-Seigneur. Comme Colette Boilette (sic) fille de feu Robert Boilet au temps de sa vie maître charpentier de notre église, nous eut et aist humblement supplié et fait suplier 'sic) que pour le profit et salut de l'âme de lui et de l'âme de ses devanchiers nous lui voulsissions de notre grâce spéciale, donner et otroïer congié et liscence de en le chimentière de Notre-Dame de Corbye faire édifier une maison et mansion, en nom de renclusage, pour
en y celle demourer sa vie durant, sans en yssir, comme on doit faire en tel estât, au cas que ce plairait aux manégliers, (Margu illier) de la dicte église et paraissons, savoir faisons que y ceux appelés, nous inclinans à la supplication de la dicte Colette et veullant le salut de toutes âmes, avons à la dicte Colette, accordé, donné et ottroïé, accordons, donnons et ottroïons le dit congié de notre grâce spéciale, de faire édifier la dicte maison, laquelle et (sic) desjà de présent faite et édifiée ; et de notre dicte grâce spéciale avons accordé aux dics manégliers et paroissiens que sitôt que a dicte Colette yva de vie a trépas ou se partira d'y celle maison, que ils le puis:>ent démolir ou faire le pourfit de la dicte église par le conseil de nous et pour le mieux, sans ce que ycelle Colette ne ses hoirz ne les aïauts de lui cause, y puissent, en quelque manière que ce soit, aucune cose demander ou faire demander mais avons volu et accordé, volons et accordons que la dicte maison -deumeure au pourfit de la dicte église, ordenés que les dis manégliers et pai oissiens, par notre conseil comme dit est.
En témoignage desquelles coses nous avons fait mettre à ces présentes notre scel, qui furent faites et données en notre dicte église le dix-septième jour de sétembre mil CCCC et deux.
Archives départementales de la Somm.e fonds de Corbie.
NOTE III (page 76).
Sur les dates de l'entrée en réclusion et de la sortie.
Voici les raisons qui rendent très probables et même presque certaines les dates quo nous avons indiquées soit pour le jour do l'entrée en réclusion soit pour le jour de la sortie.
1° L'abbé Raoul dans la permission qu'on vient de lire, dit que la réclusion est déjà édifiée; l'acte qu'il rédige a pour but d'assurer les réserves faites en faveur de l'église Notre-Dame autrement Saint-Etienne. Evidemment il était urgent de le faire alors que Colette Boilet entrait définitivement en possession de son petit réduit, or, l'acte est signé du dix-sept, fête des stigmates de saint François d' Assise. On sent que c'est ce jour que le R. P. Pinet fervent franciscain aura choisi de préférence pour le grand acte de l'entrée en réclusion d'une tertiaire franciscaine.
2° Sœur Perrine nous dit, ch. 4 de ses dépositions qu'une année sa sainte mère entra en extase la veille de Saint- Pierre aux Liens et qu'elle y demeura jusqu'au milieu de la semaine. En revenant à elle l'extatique dit : c'est à cette même heure que je suis sortie de ma réclusion . La bonne sœur a oublié de nous dire quel jour de la semaine tombait la fête deSaint-Pierre ; cotte année mais elle indique suffisamment que l'extase de sainte Colette dura environ la moitié d'une
semaine, c'est-à-dire 3 à 4 jours, nous sommes donc bien autorisés à fixer la sortie de la réclusion au 3 ou 4 août.
3° Ces observations sont confirmées par le texte de la permission accordée à sainte Colette de sortir de sa réclusion. Il y est dit qu'elle demeura dans sa cellule presque 4 ans et en effet du 3 ou 4 août au 17 septembre il y a six semaines qu'il faut retrancher de ces quatre années écoulées de 1402 à 1406.
NOTE IV (page 118).
Dispense du vœu de clôture en faveur de Colette Boilel ,
Jean, par la miséricorde divine, évèque d'Amiens spécialement délégué par le siège apostolique pour la cause ci-dessous énoncée à tous et à chacun qui verront ces présentes lettres salut dans le Seigneur. Sachez que nous avons reçu du révérendissime Père et seigneur le cardinal de Challant du titre de Sainte- Marie in v'ialata nonce du siège apostolique avec plein pouvoir- de légat à la terre auprès du roi de France, des lettres dont la teneur suit : Antoine par la miséricorde divine cardinal diacre sous le titre de Sainte Marie in via lata. De la part de Colette Boilette notre chère fille dans le Christ nous a été présentée une demande qui contenait ce qui suit. Depuis longtemps déjà enflammée du zèle de la dévotion elle a fait vœu
entre les mains du vénérable père l'abbé du monastère de St-Pierre de Corbie de l'ordre de St-Benoit dans le diocèse d'Amiens mais relevant de l'église romaine sans aucun intermédiaire, de garder perpétuellement la vie solitaire et de demeurer renfermée dans un lieu désigné proche de l'église paroissiale de Ste- Marie de Corbie. Dans ce lieu par elle arrangé et choisi, elîe est demeurée solitaire pendant presque quatre ans. Mais comme la supplique l'exposait, la dite Colette pour certains et raisonnables motifs ne p -ut plis y demeurer avec le repos de son âme et une conscience tranquille. Elle désire servir le Seigneur avec des femmes religieuses consacrées à Dieu, cloîtrées ou non cloîtrées et choisir sa demeure parmi elles pour le salut de son âme. C'est pourquoi de la part de ladite Colette on nous a humblement supplié que nous daignions miséricordieusement pourvoir au salut de son âme. C'est pourquoi nous qui désirons ardemment et procurons autant que nous pouvons le repos, la paix et le salui d >s âmes de tous les fidèles du Christ, parce que nous n'avons pas de ces choses une connaissance certaine, par ce présent écrit nous confions et nous mandons à votre prudence que vous fassiez et que vous dispensiez dans cette affaire selon que vous jugerez expédient au salut de l'âme de la dite Colette. Donné à Paris le 10 des Kalendes d'Août la douzième année du Pontifie ;t de Benoît XIII ainsi signé Johannes.
Après la présentation de ces lettres de la part de la dite Colette, nous avons été instamment requis de procéder à leur légitime exécution. C'est pourquoi voulant exécuter avec diligence le mandat qui nous avait été donné comme nous y sommes obligés, parce que nous ne pouvions facilement voir nous- mêmes la . dite
Colette, nous avons envoyé vers elle notre vicaire général pour faire une information certaine sur les causes et les motifs d'exécuter ces lettres. D'après son rapport et celui de beaucoup d'autres dignes de foi estimant et jugeant que le but et l'intention de Colette sont justes et saints prononçant et déclarant que les causes sont suffisantes et légitimes pour la dispenser selon la tenour de notre mandat et par l'autorité que nous exerçons nous l'avons dispensé du vœu et de la promesse qu'elle a fait entre les mains du vénérable père abbé de mener la vie solitaire et de demeurer recluse auprès d'une église paroissiale de Corbie et sans qu'aucune autre chose puisse s'y opposer elle peut sortir de ce lieu et de la ville et entrer dans l'ordre des religieuses de St-Benoît ou de l'ordre de St-François de la province de Reims ou de Bourges et librement faire profession dans cet ordre. Par ces présentes nous la dispensons et nous annulons le vœu et la promesse susdits pour la fin indiquée et nous l'absolvons de l'un et de l'autre. Donné à Amiens sous notre scelrond le premier jour d'Août l'an 1406, ainsi signé Bennart.
NOTE V (page 120).
Sur le pape d? Avignon.
Aujourd'hi les personnes instruites n'auraient point l'idée de blâmer Ste Colette de s'être adressée au Pape
d'Avignon. 11 parait, qu'il se trouve encore des esprits étrangers à la thëologie,à l'histoire qui s'étonnent de ce fait. Pour éclairer leur doute et rassurer leur conscience il suffît de leur rappeler que St Vincent Ferrier le grand apôtre, fut pendant quelque temps le confesseur de Benoît XIII et lui resta fidèle pendant plusieurs années. Il était encore dans ces sentiments lorsque Ste Colette se rendit à Nice et il y persévéra même plus longtemps que la réformatrice. En effet elle adhéra bientôt à Alexandre V élu au concile de Pise en 14' 9 tandis qu'en 1410 St Vincent Ferrier était encore auprès de Benoît XIII en Espagne. Pour s'éclairer sur ces temps malheureux que les âmes droites écoutent les enseignements de St Antonin archevêque de Florence qui vivait peu après l'extinction du schisme. « Tout le temps que dura le schisme, chaque obédience avait pour soi des hommes très habiles dans l'écriture et dans le droit canon et même des personnes très pieuses et qui plus est, illustres par le don des miracles. Cependant la question ne put jamais être si bien décidée qu'elle ne laissât toujours du doute dans l'esprit d'un grand nombre, car encore qu'il faille croire que comme il n'y a pas plusieurs églises catholiques mais une seule, aussi n'y a-t-il qu'un seul vicaire de Jésus- Christ qui en soit le pasteur. Cependant, s'il arrive que par un schisme on élise plusieurs papes en même temps, il ne paraît pas qu'il soit nécessaire au salut de croire que c'est celui-ci en particulier ou celui-là qui est le vrai Pape, mais en général celui d'entre eux qui est élu canoniquement. Or les peuples ne sont point obligés de savoir quel est celui qui est élu Canoniquement de même qu'ils ne sont point obligés de savoir le droit canon : mais ils peuvent en cela suivre le sentiment de leurs supérieurs, et de leurs prélats. »
Il y avait un schisme, mais il n'y avait point de schismatiques formels c'est-à-dire de chrétiens sciemment et volontairement séparés d'un Pape certainement légitime.
NOTE VI (pagre 192).
Sur l'historien Fodèrè et ceux qui contestent à sainte Colette son titre de réformatrice des trois ordres.
Rien n'est plus certain 1° que la remise par l'autorité apostolique du couvent de Dôle à la disposition de sainte Colette et de sa réforme ; 2° la visite mémorable de la réform Ltrice à ce monastère et les merveilles qui prouvèrent la divinité de sa mission ; 3° la multiplication des religieux réformés de Dôle et par eux la fondation et 1 1 réforme d'un nombre incalculable d'autres couvents. Sur ces Lits les premières biographies de sainte Colette et les annales des Frères-Mineurs p :r Wading, sont claires et précises. Eh bien ! voici quelque chose d'inexplicable : Un historien qui prétend donner sur les monastères de la Bourgogne et de la he-Comté les notions les plus complètes, passe its sous silence et dénature les noms des personnages qui ont. joué un rôle dans les circonstances qu'il raconte. On a vu dans l'introduction que Fodéré est auteur de deux ouvrages où il est obligé de s'occuper per de sainte Colette. Le premier et le plus considérable est : la Narration historique et typographique, etc. des couvents de Saint- François de la province de
Saint-Bonaventure le deuxième est intitulé : Vie des saintes, vierges et martyres . Dans le premier, l'auteur exact sur les couvents de Poligny, Auxonne, etc., à l'occasion desquels il parle très bien de sainte Colette, tait complètement le nom de la grande réformatrice et son influence sur le monastère de Dôle. Ne pouvant complètement passer sous silence le séjour du P. Henri de la Balme dans ce couvent et l'action qu'il y exerça, il tait de ce religieux un P. Benoît de la Balme, dont il se garde bien de faire connaître ni la personnalité, ni l'origine. On voit bien cependant qu'il s'agit du P. Henri que nous connaissons. Les dates, les lieux, les personnes, tout concorde parfaitement, il n'y manque que le nom d'Henri qui est remplacé par celui de Benoît, et le nom de sainte Colette, ainsi que le récit des faveurs extraordinaires qui la m anisf estèrent à tous comme envoyée de Dieu.
Il en est de même au sujet de Chariez que le P. Henri de la Balme fonda vers le même temps, avec le concours de Guillaume de Vienne et de la duchesse de Bourgogne. Là encore le fondateur est appelé Benoît au lieu de Henri.
Fodéré, longtemps provincial de cette contrée dont il décrit tous les monastères avec exactitude, peut-il avoir ignoré des faits si importants f N'a-t-il pas lu les écrits de Pierre de Vaux et de soeur Perrine avant de parler de sainte Colette ? Dans ses Vies des saintes vierges et martyres, il mutile singulièrement la biographie de la réformatrice et n'en fait vraiment pas connaître la substance. Il est encore excusable de n'avoir pas fait entrer ces faits dans un abrégé si court; mais dans son premier ouvrage où il a la prétention d'être complet et exact et où en réalité il raconte des faits beaucoup moins importants, son silence n'est-il
pas une faute et le changement des noms une falsification de l'histoire?
Ce qui peut donner, il semble, la clef de ce problème, c'est une opinion dont la fausseté a été démontrée dans l'introduction. En effet quelques hommes, sous l'inspiration d'un amour -propre mal entendu, consultant plus les susceptibilités d'un esprit étroit que les faits de l'histoire, ont osé contester à sainte Colette son titre de réformatrice des trois ordres de Saint- François. Quand on a étudié un peu cette figure historique, ce n'est point sans étonnement qu'on entend la première fois se produire cette opinion insoutenable. Mais il fallait l'avoir déjà entendu exprimer pour comprendre le silence calculé de Fodéré. Un sentiment qui ne se soutient que par de tels moyens est jugé. Quelle étrange prétention de vouloir imposer l'étroitesse de ses pensées à llEsprit-Saint et lui prescrire le choix de ses instruments? Et quel déshonneur y at-il pour qui que ce soit, à ce qu'une femme ait ranimé l'esprit séraphique et préservé la Règle de saint François des altérations qui l'avaient auparavant corrompue et dénaturée? Oui, Dieu a choisi sainte Colette pour la réforme des hommes comme des femmes et lui a ainsi donné le titre de réformatrice des trois ordres, qu'elle porte légitimement. La grandeur de cette femme merveilleuse, son influence incalculable même sur toute la société laïque, sont lé patrimoine et la gloire de l'ordre de Saint-François tout entier.
NOTE VII (page 230).
Sur l'entrevue de saint Vincent Ferrier avec sainte Colette.
Il y a une double question a examiner.
1° Cette entrevue a-t-elle été unique ? ou bien faut-il admettre une première rencontre de ces deux saints à Bisnnçon lorsque sainte Colette vint prendre possession du couvent des clarisses. Le P. Sylvère dit sur la foi des mémoires du monastère de Besançon que St Vincent Ferrier prêchait dans cette ville au moment de l'arrivée de la réformatrice. L'abbé de Saint- Laurent se tait sur cette circonstance. Le P. Sellier laisse le lecteur incertain. Cependant cette assertion a été répétée par différents auteurs et elle est certainement erronée. Au moment où sainte Colette prit possesion du monastère de Besançon, saint Vincent Ferrier était en Italie et bientôt repassait directement en Espagne appelé par le roi de Castille. Pour s'en convaincre il suffit de jeter un coup d'œil sur la chronologie de la vie de saint Vincent Ferrier dans les Bollandistes.
Il y a une deuxième question à résoudre.
2° Est-ce à Besançon ou à Poligny que les deux thaumaturges se sont rencontrés? nous ne voulons pas contesterd'une manière absolue que saint Vincent Ferrier soit venu à Besançon. On cite pour le prouver des témoignages anciens d'un grand poids. Il peut se
faire que Sainte Colette se soit transportée à Besançon au moment où y prêchait le grand apôtre, mais rien dans les documents certains pour la vie de notre héroïne ne L prouve. L'aobé de Saint-Laurent ne parle que de la rencontre des deux saints à Besançon et ne dit pas un mot de Poligny. Or sœur Perrine(eh. 3) témoin bien autrement grave, dit expressément que sainteColette était à Poligny lorsque Vincent Ferrier vint la voir et que c'est là que ces deux grands personnages, ont conféré des graves intérêts qui les préoccupaient uniquement. Voilà pourquoi nous ne parlons que de l'entrevue à Poligny. Si elle a commencé ou s'est continuée à Besançon, on ne le sait pas.
NOTE VIII (page 310).
Ce chapitre était écrit lorsque le savant hagiographe du diocèse d'Amiens, M l'abbé Corblet signala à l'attention de l'auteur un des nombreux ouvrages de M, Vallet de Viriville, où cet écrivain s'occupe aussi de sainte ColeUe à l'occasion de Jeanne d'Arc. En effet, dans l'introduction du Procès de condamnation de Jeanne d'Arc, il duiine une assez longue notice sur notre chère sainte ; mais en réalité, il ne fait point de parallèle; il ne voit qu'un point de rapprochement, le rôle qu'a joué dans la vie de l'une et de l'autre le surnaturel dont il n'admet pas la réalité. Enfin l'abbé de Corbie, en face de sainte Colette, lui apparaît ommo
un sire de Vaucouleurs. Ceci est un peu forcé et de bien médiocre importance.
Cet écrivain n'admet pas l'entrevue de ces deux illustres vierges; nous ne la soutenions pas non plus, n'ayant point de documents certains. Mais, malgré ses assertions contraires, elle nous paraît aujourd'hui incontestable.
Après avoir lu le chapitre de M. Vallel sur sainte Colette, il n'est pas possible de ne pas exprimer sa douleur de voir la vie des saints travestie et dénaturée pur des hommes sans foi. Ils lisent et ne comprennent pas, et pour harmoniser les faits avec leurs systèmes et leurs idées préconçues, ils tronquent et dénaturent les actes de nos héros; ils leur prêtent des sentiments, des calculs tout opposés à leurs plus intimes désirs et au sens de toute leur vie. Voici quelques-unes des étrangetés du lauréat de l'institut. Sainte Colette n'était point humainement savante, c'est vrai, mais elle avait fréquenté l'école populaire dès son enfance et avait appris à lire. Ses premiers biographes sont explicites sur ce point. Quoiqu'il paraisse les avoir lus, M. Vallet, négligeant leurs dépositions, veut faire sainte Colette plus ignorante qu'elle n'était. Voici comme il s'y prend.
On a vu que Jacques Guyot, frère du curé de Saint- Martin, confesseur de sainte Colette, allait auprès de la recluse apprendre le psautier, en d'autres termes, apprendre à lire. C'est ce qu'il a lui-même attesté lorsqu'il avait 76 ans, en 1471 , De 1402 à 1403, époque de la réclusion de sainte Colette il avait donc de 7 à 11 ans. Pour M. de Viri ville, c'était cet enfant qui enseignait la lecture à la recluse. Il a oublié sa grammaire latine comme les textes historiques, pour traduire ce mot de Jacques Guyot lui-même... . Sibi docuit peal-
trrivm, elle lui enseigna «à lire; par cet énorme contre-sens : il lui apprit à lire, p. 77.
Contrairement à tous les monuments anciens, l'en treprisjde Colette est, assure-t-il, un coup monté par Pierre de Lune, qui ignorait en réalité IVxistence de la recluse presque jusqu'au moment où elle arriva à Nice, p. 83.
Pour étayer un tel système,on ne craint pas de prêter aux principaux acteurs de cette œuvre, et par conséquent à sainte Colette elle-même, une duplicité, des mensonges qui sont la contradiction la plus criante de sa vie .
Après avoir représenté la réformatrice comme une ennemie du mariage, M. Vallet dénaturant ses rapports avec la comtesse de Genève, imagine que, par politique, elle aurait approuvé et encouragé le mariage de Mahaut de Savoie déjà novice s:,us sa conduite (p. 85). Jamais Mahaut ne prit l'habit de Clarisse.
Le savant mais incrédule écrivain n'a pas voulu lire dans les chroniques, qu'il a parcourues cependant, les traits si remarquables de la charité temporelle de sainte Colette: «Elle ne vit, dit-il, (p. 89), qu'une cause « métaphysique à servir, le salut spirituel des fîmes ». Pour parler ainsi, il faut fermer les yeux du corps au récit des faits et les yeux de l'intelligence au plus simple raisonnement.' A ce point de vue, Colette est une bienfaitrice de l'humanité . Elle a donné des exemples héroïques de charité et a dilaté les sources de cette reine des vertus.
Après avoir dissimulé et les actes de charité et les miracles même qui lui facilitèrent la pratique constante de cette vertu dans sa pauvreté volontaire, l'écrivain se plaît à relater quelques faits extraordinaires qu'il
ne comprend pas et avec lesquels il prétend déverser le ridicule sur la servante de Dieu, p. 91.
Il n'est pas moins injuste et contraire à la vérité de représenter l'abbesse, modèle de la régularité la plus stricte, comme se dispensant elle-même des règles qu'elle imposait, aux autres. Ses nombreux voyages n'étaient qu'une aggravation des rigueurs communes, et d'ailleurs ils ne prirent en réali'é qu'une faible partie de ses quarante années de vie religieuse. Quelle injustice et quel aveuglement de dire, p. 91, que l'humble Colette allait se délasser dans le monde de l'ennui du cloître et s'y enivrait des applaudissements des hommes.
Nous serionc obligés de recommencer presque la vie tout entière, si nous voulions montrer toutes les erreurs graves, tous les faits dénaturés, toutes l^s suppositions malveillantes et faussas qui remplissent les 26 p. in-8° consacrées à saint Colette par M. Vallet de Viiïville.
Le principe de ces erreurs, c'est l'ignorance et même l'horreur du surnaturel. « Le miracle, dit- il, « c'est- à dire l'anormal, le surnaturel ( pour nous « l'impossible, la chose incompatible avec l'ordre su- « prême} était au moyen âge considéré comme possible, « normal et en harmonie avec l'idée qu'on se faisait de « Tordre universel et de Dieu, p. 102, » et on avait bien raison ; et cette idée est très philosophique et appuyée sur des preuves qui n'ont pas encore été ébranlées et ne le seront jamais par ceux qui détournent les yeux pour ne pas les voir. Mais peut-on comprendre quelque chose à l'histoire, si on rejette le surnaturel qui apparaît à chaque page f
D'ailleurs, quelle étrange idée des ennemis du surnaturel, de choisir de préférence pour sujet de leurs
études, Jeanne d'Arc, sainte Colette, etc., les existences les plus surnaturelles qu'on puisse trouver. Le surnaturel qu'ils repoussent exerce sur ces esprits une fascination inexplicable : c'est pour eux un abîme insondable; ils s'y précipitent, et leur droiture, leur jugement y périssent.
Cependant, à côté des imputations calomnieuses et du travestissement do ses actes, la réformatrice obtient quelques louanges. L'auteur que nous critiquons lui accorde de grandes qualités, une haute intelligence, de vastes desseins, des projets inouïs qu'elle aurait conçus même dans sa jeunesse. Ces éloges, outres même en certains points, rendent les accusations plus dangereuses .
Nous avons cru utile d'offrir aux petits et aux simples qui nous liront , ce spécimen des égarements où tombent des hommes d'ailleurs savants, afin qu'ils se mettent en garde, dans le choix de leurs lectures, contre le venin de pareilles erreurs.
M. Valletnous a cependant fourni sur un des personnages de cette histoire quelques renseignements dont nous avons profité, ch, 9, p. 115, note.
NOTE IX (page 426).
Sur le chapitre 43.
D'après quelques historiens, sainte Colette aurait fait un voyage à Chambéry, sur la fin de sa vie, pour
voir encore une fois Amédée VIII, devenu antipape sous le nom de Félix V, et l'engager à rendre la paix à l'Eglise en renonçant à ses vaines prétentions. C'est l'abbé Saint-Laurent qui paraît avoir parlé le premier de ce fait; car ceux qui s'appuient sur lui comme le P. Dunaud et l'abbé Lacerneux, sont les seuls qui affirment ce fait. Mais sur quelles preuves ? Ils n'en présentent aucune, si ce n'est l'affirmation de l'abbé de Saint-Laurent. Tous les auteurs antérieurs sont muets sur cette circonstance si importante. Aussi le P. Sellier n'admet pas la réalité de ce voyage; et il a raison. L'absence de preuves positives pour établir un fait aussi grave n'est pas le seul motif de le rejeter. Quand on suit la chronologie de la vie de sainte Colette, complétée par les récentes découvertes, il est presque impossible de trouver la place nécessaire pour un tel voyage et une entrevue qui aurait duré quelques jours, puisqu'on ajoute qu'il s'agissait de traiter del'abdication et de l'état futur de l'antipape. Comment le P. Sylvère n'aurait-il pas eu connaissance d'une telle démarche ? Pour la contester, nous ne nous appuyons pas sur les réflexions du P. Sellier, qui la trouve indigne de sainte Colette. Certes, il n'est pas répréhensible, celui qui va trouver le pécheur public pour tâcher de le ramener dans la voie droite, surtout lorsqu'il n'agit que d'après les ordres de ses supérieurs, et c'est ce que supposent ici les partisans du voyage de Chambéry. Mais sur quelles preuves? Pour un fait aussi nouveau inconnu jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, il fallait produire des documents primitifs, et on n'en présente aucun.
On attribue à ce voyage un succès qu'il n'aurait pas eu d'ailleurs. C'est, dit-on, l'impression causée dans l'esprit du prince par les raisonnements et les
exhortations de sainte Colette, qui aurait déterminé le retour à de l'unité de Félix V. Il aurait même, dès lors, pris sa détermination définitive, et des considérations politiques, des arrangements secondaires en auraient seuls retardé l'exécution. C'est bien forcé, et voilà une influence bien éloignée ou une conversion bien singulière qui ne se manifestent que cinq ans plus tard. En effet, la renonciation de Félix V à ses prétentions schismatiques, n'eut lieu qu'en 1449, cinq ans au moin-: après ce prétendu voyage. Il est donc à peu près certain que sainte Colette, après l'assentiment donné par Amédée VIII au Concile de Bâle, no vit plus ce malheureux prince, mais continua, avec plus d'ardeur qu ■ jnmais, de prier pour lui, soit sur la terre, soit dans le ciel. Ce sont ces prières qui obtinrent à l'antipape la grâce de rentrer dans le bercail fidèle et de mourir même en odeur de sainteté
NOTE X (pag-e 482).
Déposition juridique des quatre bourgeois de Cor-
bie traduction dû texte des Bollandistes.
Au nom du Seigneur. Ainsi soit-il.
Par ce présent acte public que tous sachent et con-
:it que l'an de l'incarnation de Notre-Seigneur
1471 la première année du pontificat de Sixte IV, le
6e jour du mois de mars en présence du notaire et des
témoins soussignés ont comparu personnellement discrètes et honnêtes personnes, Jacques Guyot clercdela cour spirituelle de Corbie. notaire a<=sermei.téàgé de 7fi ans Agnèsde "Wudemontâgée de84 ans, Guillaume de Baizieux âgé de 84 ans, ctRoberte de Baizieux âgée de 78 ans habitants de Corbic, à lademandeet requête des frères Baudoin Chrétien et Anselme Roi commissaires et procureurs du Père visiteur des pauvres Cl irisses réformées par Ste Colette de bonne mémoire, lis ont dit, reconnu, déposé et affirmé que dans leur enfance et leur jeunesse ils avaient connu, vu et fréquenté feue Sr Colette de bonne mémoire, religieuse professe de l'ordre de Ste-Cla"re. Cette sœur Coletie comme ds Pont dit et le savent, est née à Corbie rue de la Chaussée, de parents unis en légitime mariage. Son père s'appelait Robert et sa mère Marguerite. Elle passa son enfance dans leur maison, se faisant remarquer par son bon naturel, son humble obéissance, sanctifiant par la dévotion les prémices de son jeune âge, méditant continuellement la passion de Notre-Seigneur .suivant les exemples et les exhortations de sa mère par amour pour son Rédempteur. Fuyant les séductions de la chair et la fausse joie du monde, elle se consacra tout entière au service divin, à de saintes méditations et à des prières continuelles. Lorsqu'elle fut arrivée à l'adolescence, voulant pratiquer une vie plus parfaite et éviter les souillures de ce monde, elle entra chez le Béguines où elle demeura environ un an, menant une vie très louable, visitant pieusement les églises, les pieux sanctuaires. En ce temps plusieurs bourgeois et autres personnes dévotes frappées de sa renommée et de l'admiration qu'inspirait sa vie, accédant à ses saints désirs, surtout damoiselle Guillerme Gameline Vve de Jean le Sénéchal
autrefois prévôt de la ville de Corbie, lui firent construire une maisonnette entre les cimetières de S. -Jean et de S. -Etienne. Dans ce reclusoir Jacques Guiot déjà nommé frère do Jean Guiot, curé de S. -Martin et confesseur de Ste Colette, la visita souvent par l'ordre de son frère afin qu'il lût initié à la pratique des vertus p ir ses conseils et ses exemples, et elle lui apprit le psautier. Le P. Jean Pinet gardien des frères Mineurs de Picardie la vis t souvenf, la forma à là vie régulière, c'était son confesseur prin ipal. En son absence Jean, Guiot prit un grand s iîn de soi âme. I) ms ce lieu elle fit Je tels progrès cl ns la perfection que l'od sur de ses vertus se répandit non seulement dans toute la v Ile mais dans les alentours, de sorte que beau. -oup d'habitants de la ville et du dehors, des réguliers et des séculiers de l'un et l'autre sexe embrasés du divin amour affluaient auprès d'elle pour entendre ses saints avertissements et devenir par ses exhortations plus fervents dans la foi , la charité et le service divin. L'humble servante du Christ les consolait par les accents de la divine charité; et par sa parole et son exemple leur communiquait l'ardeur pour l'observance des commandements divins.
Pendant trois ans elle s'appliqua dans ce lieu au service divin, mais prévenue de beaucoup de révélations, sous le souflle de l'Esprit-Saint et l'inspiration de notre généreux Roi et pauvre Jésus notre Sauveur de l'avis et par le conseil des frères Jean Pinet et Henri de la Balme, hommes de science et de vertu, elle sortit de sa réclusion. Avec l'assistance de la dame de Brisay qui lui avait été envoyée par un ordre divin, elle alla trouver le souverain Pontife. Ayant terminé les affaires pour lesquelles elle avait entrepris ce voyage ,elle reourna en Bourgogne, où, comme en France, en Picar-
die et en Flandre elle accomplit des merveilles de vertus comme l'attestent et ses très saints exemples et sa renommée très célèbre. De toutes ces choses les susdits commissaires m'ont demandé de leur faire et de leur donner acte public. Ce qui a été fait en présence de Jean Fouache le jeune, lieutenant du bailli du comté de Corbie, Jean Fouache l'aîné citoyens et bourgeois de Corbie, Pierre Guiot bachelier en décrets témoins habitant à Corbie pour ce appelés, Gérard Guiot notaire.