INTRODUCTION. XL
voisines. Ils étaient nombreux alors, les cœurs généreux qui sacrifiaient tous les liens temporels pour se ranger sous la réglé de saint Benoît. Dans certains temps le nombre des religieux s'éleva jusqu'à 600 et plus, et pendant plusieurs siècles un chant perpétuel la nuit comme te jour célébrait les louanges du Créateur et du Rédempteur. Divisés en trois chœurs, les religieux se succédaient au pied des autels du Très-Haut. C'est ce qu'on appelait le laus perennis, la louange perpétuelle.
Ces longues prières n'empêchaient point les bénédictins de travailler , de défricher le sol et d'enseigner le peuple à demi-barbare. Leur action s'étendait au loin . L'abbaye avait des granges ou des fermes dans lesquelles se rendaient quelques religieux pour donner l'exemple et les principes du travail. Ceux qui recueillent aujourd'hui de riches moissons dans des terres fertiles , ne pensent guère que ces terres ne sont si fécondes que parce qu'elles ont été primitivement arrosées et engraissées par la sueur des moines.
L'œuvre de ces infatigables pionniers de la civilisation fut souvent ou interrompue ou contrariée par le malheur des temps et l'ambition de puissants voisins. Corbie subit les dévastations des Normands et contre eux l'abbé Francon la protégea par de fortes murailles. Les seigneurs de Boves, d'Encre, d'autres ambitieux ne lui furent pas moins funestes que les barba-