‹ Saint Colette, sa vie, ses œuvres, son culte son influenceChapitre 51 sur 136 · CHAPITRE II. J · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. J

Première jeunesse de sainte Colette. — Opérations merveilleuses de la grâce en elle. — Ses conférences spirituelles.

La piété de la merveilleuse enfant ne trouvait plus un aliment suffisant dans les pratiques religieuses qu'elle accomplissait avec sa mère. Destinée à de plus grandes choses, appelée à un développement spirituel immense , Colette avait besoin d'une nourriture plus abondante. Dans la cité natale elle trouvait un moyen facile et pour elle plein de charmes , de satisfaire cet insatiable besoin de prières . Sans doute ce n'était plus comme dans les premiers siècles de l'abbaye , oii des centaines de religieux divisés en plusieurs chœurs faisaient sans interruption retentir sous les voûtes sacrées les louanges du Très-Haut ; cet usage, appelé le laus jperennis , avait cessé . Mais l'office canonial , célébré avec la gravité bénédictine , occupait une grande partie de la nuit et du jour. Colette aimait à unir dans le silence de la nuit sa prière à ces chants solennels. Elle s'y rendait en compagnie de quelques personnes graves aussi souvent qu'elle pouvait en obtenir la permission de ses parents. Mais l'esprit du inonde, beau-

coup moins sévère pour ceux qui s'usent dans ]es plaisirs et s'épuisent dans la débauche , s'attaqua à ^.te ferveur qu'il ne comprenait pas. C'était disait-on, un excès dangereux pour la santé de ^pnfant ; ses parents étaient coupables de lui permettre ces veillées fréquentes . Robert Boellet fut contrarié de ces critiques, et, pour les faire cesser, il voulut en retrancher le motif. Son enfant eut défense de quitter le soir la maison paternelle et, afin de prévenir toute infraction, il la fit coucher dans une chambre haute d'où elle ne pouvait sortir, sans traverser l'appartement où il reposait lui-même.

Un voisin nommé Adam Mannier avait déjà, par ses complaisances, favorisé la ferveur naissante de la jeune Colette. Il lui avait fourni de petites cordes pour son cilice. L'enfant désolée se plaignit à lui de sa privation. Cet homme simple mais intelligent dans les choses de Dieu, reconnaissant l'action de l'Esprit- Saint dans cette âme, lui offrit son secours pour échapper à cette espèce d'emprisonnement et l'engagea fortement à profiter de son offre sans crainte d'offenser Dieu. Elle consentit. Le soir il lui fit parvenir une corde par laquelle il la sortit d e sa cellule,puis lui présenta ses épaules, ses bras comme un solide escalier sur lequel elle pouvait se reposer, et ensemble ils allèrent s'unir à la prière publique. Cette conduite étrange était si évidemment inspirée par un esprit supérieur que quand Robert Boellet s'en aperçut , loin d

se fâcher, il l'approuva et se fit naturellement le défenseur de sa fille. En effet, Adam Mannier lui fit comprendre qu'il n'était pas sage de s'opposer aux inspirations de l'Esprit-Saint, qui certainement guidait cette enfant extraordinaire. Désormais Colette fut libre de suivre son attrait. Quand les mondains critiquaient encore la conduite de sa fille, Boellet répondait fermement : Colette est si sag-e qu'elle ne fera assurément jamais rien qui soit digne de blâme. Entrant complètement dans ses goûts surnaturels, il lui fit dans sa maison un petit oratoire particulier. Que de pures et ferventes prières s'élevèrent au ciel de ce lieu béni !

Cependant, si l'esprit et le cœur de Colette grandissaient, soncorpsdemeuraitpetit.il semblait usé par l'hôte qui l'habitait et épuisé par les élans surnaturels del'àme.La famille et les amis remarquaient avec peine cet arrêt du développement naturel de l'enfant. Ils en exprimèrent tout haut leurs regrets et leurs sentiments de compassion pour les vieillards qui ne pouvaient recevoir de leur fille les secours dont ils commençaient à avoir besoin. Ceux-cibien que ravis des merveilles de grâce qu'ils contemplaient dans leur enfant, ne purent cependant se défendre d'un sentiment de tristesse; l'amour filial de Colette comprit l'affliction paternelle.

Elle obtint de faire un court pèlerinage au sanctuaire vénéré de quelques saints, dit Pierre de Vaux, peut-être à Notre-Dame de Brebières,

à la bourgade d'Ancre, aujourd'hui Albert. Là, elle épanche son cœur, s'adresse à la Consolatrice des affligés, à son divin Fils, « humble- « nient et dévotement lui dit : Hélas, sire, vous « plaît-il que je demeure ainsi petite ? Et incon- « tinent l'oraison terminée elle trouva qu'elle « était accrue et qu'elle était plus grande au « retourner qu'elle n'avait été au venir (1). » Dès lors, dit très bien un historien moderne (2): « Tout fut grand en elle, la personne , la stature, « le génie, les sentiments, les inclinations, les « desseins, les entreprises, et, ce qui est plus « important encore, la piété et l'oraison y pri- « rent un tel accroissement qu'elles l'ont élevée « à la fin à la plus haute sainteté. »

Ce changement merveilleux ne fut pas remarqué d'elle seule. Il consola et réjouit ses parents, excita l'étonnement de toute la cité et mérita à la jeune personne un respect qui n'eut jamais dû se démentir ; mais , hélas ! les hommes oublient si vite les plus grandes choses , les œuvres divines surtout !

Un jeune libertin ne partagea point le respect universel. Il eut à s'en repentir. Dominé par des pensées toutes charnelles et ne pouvant rencontrer Colette sur les places publiques, il forma le coupable projet de l'aborder à l'église. Pendant que, plongée dans une dévote oraison, elle se baignait dans l'océan de la pureté divine,

(1) Pierre de Vaux.

(2) L'abbé de Saint-Laurent.

ce jcdne homme roulait dans son cœur des sentiments tout contraires. S'avançant auprès de la pieuse servante de Dieu, il lui adresse quelques propos inconvenants, dans lesquels, sans doute, il avait cru, comme les hommes dominés par ces instincts, mêler un compliment très flatteur. Seules, les jeunes personnes qui ont le cœur déjà malade, peuvent se complaire dans ces paroles impures , fussent-elles pleines de louanges. Colette, passant tout à coup de la vue de la lumière divine à celle des ténèbres impures, de la contemplation de la pureté céleste à l'aspect rebutant des ignominies du vice, sentit dans son cœur un immense dégoût et une profonde horreur. Avec un accent inexprimabe elle répondit : « Que le Seigneur vous fasse la grâce « de comprendre ce que vous dites. » Cette parole porta le trouble dans le cœur du jeune libertin. C'était aussi une prière ; elle fut exaucée aussitôt. Le coupable veut sortir du lieu saint ; il ne trouve plus la porte. Il est obligé de venir se prosterner auprès de Colette pour demander pardon à Dieu et à sa servante. Ce pardon lui fut accordé immédiatement. Mais le cœur de sainte Colette fut longtemps rempli d'une amertumo profonde, d'une crainte bien vive. Elle aperçut en soi, pour les autres et pour elle-même, des dangers jusque-là ignorés. Triomphant de ce sentiment de vanité dont une piété isncère d'ailleurs ne délivre pas toujours des âmes ordinaires, elle eut recours à la prière et

comme sainte Agnès, elle dit (1) : « Périssent « des charmes, un corps, qui peuvent être aimés « par ceux que je ne veux pas ». Sa chaste et humble prière fut exaucée immédiatement. Les couleurs vermeilles s'éteignirent sur son visage. Elle eut dès lors un teint pâle et uniforme. Il lui resta une beauté sévère produite par la pureté des formes et la proportion harmonieuse des parties ; son port noble et majestueux, son air grave et doux relevait encore ces qualités naturelles ; aussi, elle captivait les âmes, inspirait le respect et commandait la réserve.

Enfant, elle avait exercé une attraction irrésistible sur ses jeunes compagnes. Adulte, favorisée de plusieurs grâces merveilleuses , elle produisit une impression plus vive sur les personnes qui eurent le bonheur de la connaître. Son cœur était comme un foyer embrasé qui rayonne et échauffe tout ce qui s'en approche. Le feu de sa charité ranimait dans les âmes la vertu défaillante. Sans art, sous le souffle de l'Esprit-Saint qui l'animait, elle trouvait le mot, la pensée qui convenait à chacun. Elle parlait de l'abondance ducœur.Ses paroles étaient assaisonnées de tant de bonté, de prévenances, que les jeunes personnes recherchaient sa société, ses entretiens sérieux, plus que les vains amusements ouïes conversations frivoles. « Elle les « entretenait de Dieu et' de ses perfections, de « la très profonde humilité de notre Sauveur

(1) Office de sainte Agnès, bréviaire romain.

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