‹ Saint Colette, sa vie, ses œuvres, son culte son influenceChapitre 76 sur 136 · NOUVEAUX ÉTABLISSEMENTS · texte numérisé non relu

NOUVEAUX ÉTABLISSEMENTS

Rumilly, faisait élever les constructions nécessaires et sollicitait un voyage de la réformatrice. Celle-ci lui écrivit pour rappeler les raisons qu'elle lui avait exposées, et parvint à lui faire agréer son refus. Elle obtint même qu'elle reporterait sur Auxonne une partie des largesses qu'elle voulait consacrer à la nouvelle fondation de Rumilly.

Guillaume de Vienne avait des prétentions semblables pour Gray, sa résidence. L'habile réformatrice lui persuada aussi de renoncer à son projet et de concourir à la fondation d' Auxonne ; ce qu'il fit. Il se chargea même de diriger les traveaux nécessaires pour appropier les maisons et les compléter. Certes, Colette fit preuve d'une grande dextérité, d'une prudence extrême, d'une supériorité intellectuelle bien remarquable, dans la direction et l'impulsion à donner à des esprits si divers et de prétentions si contraires. Elle ne céda pas non plus à un empressement bien naturel, à une précipitation bien excusable dans le bien. Son monastère de Besançon devenu trop petit, des postulantes sollicitant leur admission, semblaient l'obliger à accepter sans hésitation les propositions qui lui étaient faites ; elle avait besoin, d'ailleurs, de se ménager la protection des grands qui lui exprimaient leurs intentions, leurs désirs formels; toujours plus confiante en Dieu que dans les hommes, elle ne craint pas de les contredire et de leur refuser leurs demandes ; mais aussi elle déploie

toutes les ressources de la prudence et de la sagesse humaine, afin de faire triompher ses vues surnaturelles et de prévenir des froissements qui semblaient inévitables. Elle y réussit complètement.

Après avoir ainsi disposé toute choses, sainte Colette revint à Besançon, plutôt par Gray, que par Dole, qui était la route directe. Le temps n'était pas venu encore de paraître dans cette ville qui devait être le théâtre de merveilles si glorieuses à la jeune abbesse et si importantes par le succès de son œuvre.

Guillaume de Vienne s'acquitta avec un grand zèle de la mission que sainte Colette avait confiée à sa piété. Le plus difficile pour lui, ce fut de se conformer entièrement aux recommandations de la réformatrice. C'était le premier monastère qu'elle faisait construire, elle voulait qu'il pût servir de modèle aux autres, mais non en splendeur, en élévation ; au contraire elle recommanda instamment de lui imprimer le caractère de l'humilité par la petitesse et la simplicité. Le chambellan se conforma quoique à regret, à ces recommandations. Quand plus tard, la duchesse de Bourgogne vint voir le nouvel établissement, elle se plaignit de l'étroitesse et de la pauvreté qu'elle voyait partout. Les cellules paraissaient plutôt des cages que des habitations humaines1 . Mais l'humble abbesse justifia le fidèle administrateur, protestant qu'il

(1) Pierre de Vaux. c. vm.

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