yiia Comgalli, dans j4ct. S, S., ix mai
pouclit donc tout d'abord par une fin de non-recevoir et il ne fit point meilleur accueil à une seconde^ à une troisième instance : en prudent supérieur, il jugeait opportun d'éprouver cette vocation. Peutêtre aussi, avait-il mis, pour sa communauté, en ce disciple si remarquable, de grands et sérieux espoirs ; peut-être aimait-il Colomban d'un amour de prédilection et pensait-il trouver en lui le soutien de ses vieux ans ? Sa résistance fut tenace ; mais enfin, il dut céder devant une inlassable persévérance : en refusant plus longtemps son consentement, il aurait craint de sacrifier à ses intérêts propres, les intérêts plus hauts de l'Église et de Dieu,
Il agréa donc ce dessein et, selon un usage mystique qui semble avoir prévalu dans les couvents irlandais, sur sa tribu de moines, il permit au cher émigrant de prélever douze compagnons, en l'honneur des douze Apôtres, parmi lesquels Colomban, son neveu, Gall, Potentien, peut-être aussi Déicole*. Et la caravane partit, suivie de la bénédiction de l'abbé et des vœux de tous les frères. Arrivé sur la plage, par une prière fervente, son chef interrogea le Ciel. Une barque tout jus-
I. Jonas {op, cit.) cite Gall et Autierne (I, il), ComiDiiiy Enoch et EqiiaDach, ce de Scotorum génère » (I, i3), Potentien (I, 3i) et Colomban (I, 17), parmi les Irlandais qui habitaient Luxeuil. — Des traditions respectables joignent a ces noms ceux de Luan, de Déicole, d'Aidan, de Caldwald.
PREPARATION DE GOLOMBAN. 21
tement se trouvait amarrée : elle lui parut luéDagée par la Providence : il y monta et, le cœur serré, — <le nombreux indices nous autorisent à le conclure — il adressa à cette « émeraude, tant aimée, des mers septentrionales » un irrévocable adieu : il devait avoir vers les quarante-cinq ans\
Où allait-il? Il ne le savait: le Christ n'étaitil point son pilote ? Sur ce monastère flottant, ses pairs et lui pratiquaient leur règle de Bangor ; ils partageaient leur temps entre la prière et la méditation et ils animaient leur courage en chantant ces hymnes en Thonneur de la patrie absente, mais toujours bien chère, dont un vieux codex de Bobbio' nous a conservé les touchantes paroles.
Ils traversèrent la mer d'Irlande : en face d'eux se profilaient les côtes delà Bretagne; ils y descendirent, comme nombre de leurs anciens jadis.
Mais la grande île était peuplée de gens de leur race ; elle gémissait sous le joug des Angles et des
I. Jonas, dans sa f^ita Columbani^ 4, dit qu'il avait alors vingt ans; certains manuscrits portent trente. L'une et l'autre lecture sont erronées.
A sa mort, en 6i5, d'après sa propre assertion (voir p. la, o. i), Colomban avait au moins soixante-douze ans. Il fut exilé en 610, vingt ans après son arrivée dans les solitudes vosgiennes, « vicesimo anno post incolatum eremi illius » (Jonas, ibid.^ I, 20) : ce qui nous permet de conclure qu'il quitta «a patrie entre quarante-cinq et cinquante ans,
a, AiUiph, de Bangor,^ déjà cité.
Saxons, ces envahisseurs exécrés. Ce n*ëtait point là que se trouveraient la solitude et la paix. On s'y reposa quelque temps ; puis, on reprit sa course aventureuse et c'est ainsi que Ton parvint en Gaule.