‹ Saint Colomban: (vers 540-615)Chapitre 14 sur 42 · LA GAULE A L'ARRIVÉE DE COLOMBAN · texte numérisé non relu

LA GAULE A L'ARRIVÉE DE COLOMBAN

grand, si général, que Contran, le roi de Bourgogne, avait reçu le surnom de « bon Gontran », et pourtant, il avait eu jusqu'à trois femmes et il ne reculait point devant l'assassinat, ne fut-ce que pour châtier deux médecins qui n'avaient point guéri Tune de ses épouses ou un chambellan qui avait tiré un cerf dans Tune de ses forêts domaniales !

Et rÉglise assistait impuissante à cet effondrement de ses espérances. Qu'il était loin cet heureux temps oii saint Avit, Tévêque de Vienne, saluait en termes si enthousiastes le baptême du roi Clovis ! Les bons évéques, les saints même, n*étaient point rares, qui élevaient la voix, pour enseigner, exhorter et reprendre ; mais leurs accents n'étaient point entendus, et combien de prélats n'avaient convoité la mitre que pour les richesses, \^ crédit, les honneurs !

I)es monastères, assez nombreux déjà, se dressaient, asiles de la prière, du renoncement, de la pénitence* : llfarmoutier et Ligugé, dans l'Ouest, ces fondations de ^int Martin ; Anille ou Saint-

I . Mabillon (jénnales O, S, S* , passîm) et le Gallia Cfiris' tiana comptent plus de deux cents inonastères établis, surtout au sud de la Seine, dans les Gauler, ^rant le yi* siècle. Le chiffre est Trai, au sens divisé, mais nOft «mi sens composé; car beaucoup de ces fondations n'eurCAA <qu*une existence éphémère. — De plus, un certain nombre n^étlM9nit guère que des ermitages. — Cest à dessein que je u*ai point cité Glanfeuil; car la venue de saint Maur en Gaule est très problématique.

Calais, d^ns le pays du Maine ; Condat, dans une pittoresque vallée du Jura ; Ainay, aux portes de Lyon; Saint- Victor, à Marseille ; Lérins, etc.; mais, ils étaient peu viables ou trop clairsemés ; trop indécises étaient leurs règles; trop inconstants^ leurs habitants, pour qu'ils exerçassent une influence durable et profonde, et beaucoup, même leLérin» des Honorât et des Césaire, se trouvaient atteints de la déchéance commune.

Maints fidèles, maints clercs se rencontraient encore, en qui florissait Tesprit du Christ; mais rebutés par la corruption régnante, ils fuyaient au désert ou bien, effrayés de leur faiblesse et de leur isolement, ils n'osaient entrer en conflit avec le vice triomphant et ils se contentaient de répandre devant Dieu leurs larmes et leurs supplications. Et combien paraissaient rares, au milieu de ce chaos spirituel et moral, les familles, pourtant nombreuses, où la loi de TÉvangile était obéie et les enfants élevés dans la crainte du Seigneur.

Et la foi néanmoins survivait, même chez le»

plus criminels et les plus débauchés ; mais elle ne dirigeait point la conduite ; souvent, elle fournissait tout au plus un aliment à la superstition : tel s'armait du signe de la croix, avant de commettre un forfait, ou transformait en talismans les reliques des saints. L'on restait fier du titre de chrétien, mais surtout parce que Ton s'imaginait couvrir

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