LA GAULE A L'ARRIVÉE DE COLOMBAN
ainsi ses fautes. Le dogme, en efTet, que Ton retenait de préférence, c^ëtait celui de la rémission des péchés, mais de la rémission gratuite et inlassable : TEglise était si miséricordieuse ! elle avait prodigué aux Francs une si maternelle tendresse I Et Ton cédait a ses passions, comptant sur cette indulgence.
Le contraste entre cette impudente présomption et l'apparente inanité de la sanction révolta Tâme droite et austère de Colomban. Eh quoi ! elle était donc oubliée, la terrible menace* : « Si vous ne vous amendez, vous périrez tous ! » L'homme allaitil prétendre prévaloir contre Dieu ? Avec la promptitude de sa nature, à ses yeux, sa mission se dessina précise : auprès de ces barbares cruels et corrompus, il remplirait le rôle de Jean-Baptiste. A temps, à contre-temps, il rappellerait les grandes, les inévitables lois du combat contre soi-même et de Texpiation et il établirait, par le pays, des monastères qui seraient des foyers de vie chrétienne, c'est-à-dire, de vie pure et mortifiée, et des leçons vivantes, durables, de renoncement et d'abnégation. Sans tarder, ni sans craindre, il se dressa en face des riches et des puissants, prêchant la pénitence pour la rédemption des péchés, et le costume de ces étrangers, la singularité de leur tonsure en
I, Luc, XÏII, 5.
croissant, les apostrophes véhémentes et vigoureuses de leur chef firent encore moins d'impression sur les âmes que Fhumilité et la rigueur de leur vie et leur union parfaite d'esprit et de cœur. A cette société avide de richesses, d'honneurs, de jouissances, si profondément divisée par la haine, la jalousie, la vengeance, ils apparaissaient détachés de tout, de leurs familles et de leur patrie, des biens et des vanités du monde, uniquement soucieux, d'aimer Dieu et le prochain. Pour eux, on le voyait clairement, cette vie présente n'était pas la vraie vie : ils se considéraient comme des voyageurs vers rétemelle patrie.
Mais, dans ce voyage, pourtant, à cette troupe de moines, il fallait un abri. Colomban le cherchait et Contran, le roi de Bourgogne^ le lui procura. Il
I. Jonas {op, eit,^ I, 6) appelle Sigebert le roi de Bourgogne, qui ouvrit la Vôge à Colomban. Or, Sigebert ou Sigisbert II mourut en 57$ et ne fut jamais roi de Bourgogne.
L*uuteur de la P'itaS. Salabergœ^ 3 (M abillon, Àct, SS, O. S. B. , II, 40^)1 place le fait sous Cbildebert II : c*est évidemment une correction des indications de Jonas ; mais cette correction est fausse. Le saint, en effet (cf. plus baut, p. ai, n. i), dut se fixer à Luxeuil, au plus tard, vers 690 ; car il fut expulse en 610, a vicesimo anno post incolatum eremi ilUus », dit formellement Jonas {op, cit,^ I, ao). Or, en 590, régnait - Contran, lequel ne mourut qu'en mars Sga.
Hauck (Airchengesckichte DeutsMands^ 1B87, I, a44« ^^ 3) s'appuie aussi, pour fixer cette date de Sgo, sur un codex déjà signalé par Mabiilon; mais J. Havet (Question mérovingienne, La date £un manuscrit de Luxeuil, dans Bibl^ École