LA GAULE A L'ARRIVÉE DE COLOMBAN
g^and, si général, queGontran, le roi de Bourgogne, avait reçu le surnom de « bon Gontran », et pourtant, il avait eu jusqu'à trois femmes et il ne reculait point devant l'assassinat, ne fût-ce que pour châtier deuK médecins qui n'avaient point guéri Tune de ses épouses ou un chambellan qui avait tiré un cerf dans Tune de ses forêts domaniales !
Et l'Eglise assistait impuissante à cet effondrement de ses espérances. Qu'il était loin cet heureux temps où saint Avit, l'évêque de Vienne, saluait en termes si enthousiastes le baptême du roi Clovis ! Les bons évêques, les saints même, n'étaient point rares, qui élevaient la voix, pour enseigner, exhorter et reprendre ; mais leurs accents n'étaient point entendus, et combien de prélats n'avaient convoité la mitre que pour les richesses, le crédit, les honneurs !
Des monastères, assez nombreux déjà, se dressaient, asiles de la prière, du renoncement, de la pénitence* : Marmoutier et Ligugé, dans l'Ouest, ces fondations de saint Martin ; Anille ou Saint-
I . Mabillon (Annales O. S, B, , passîm) et le Gallîa Christiana comptent plus de deux cents monastères établis, surtout au sud de la Seine, dans les Gaules, durant le vi' siècle. Le chiffre est yrai, au sens divise, mais non au sens composé; car beaucoup de ces fondations n'eurent qu'une existence éphémère. — De plus, un certain nombre n'étaient guère que des ermitages. — C'est à dessein que je n'ai point cité Glanfeuil; car la venue de saint Maur en Gaule est très problématique.
Calais, dins le pays du Maine ; Condat, dans une pittoresque vallée du Jura ; Ainay, aux portes de Lyon; Saint- Victor, à Marseille ; Lérins, etc.; mais ils étaient peu viables ou trop clairsemés ; trop indécises étaient leurs règles; trop inconstants ^ leurs habitants, pour qu'ils exerçassent une influence durable et profonde, et beaucoup, même le Lérins des Honorât et desCésaire, se trouvaient atteints de la déchéance commune.
Maints fidèles, maints clercs se rencontraient encore, en qui florissait Tesprit du Christ ; mais rebutés par la corruption régnante, ils fuyaient au désert ou bien, eflrayés de leur faiblesse et de leur isolement, ils n'osaient entrer en conflit avec le vice triomphant et ils se contentaient de répandre devant Dieu leurs larmes et leurs supplications. Et combien paraissaient rares, au niilieu de ce chaos spirituel et moral, les familles, pourtant nombreuses, où la lot de TEvangile était obéie et les enfants élevés dans la crainte du Seigneur.
Et la foi néanmoins survivait, même chez les plus criminels et les plus débauchés ; mais elle ne dirigeait point la conduite ; souvent, elle fournissait tout au plus un aliment à la superstition : tel s'armait du signe de la croix, avant de commettre un forf^iit, ou transformait en talismans les reliques des saints. L'on restait fier du litre de chrétien, mais surtout parce que Ton s'imaginait couvrir