CHAPITRE VI
hymnes en l'honneur de saint Denys. Or, Hilduin, dans sa réponse aurescrit impérial, rendant compte de l'exécution du travail qui lui a été confié, annonce qu'il a fait transcrire les deux hymnes, celle de Fortunat, et celle de saint Eugène de Tolède : Fortunatus hymnum composuit... hymnum S. Eugenii Toletani habemns. Voilà bien les hymnes que Louis-le-Débonnaire entendait désigner. Si l'hymne d'Eugène de Tolède n'avait pas été l'une de celles que l'empereur demandait, Hilduin n'eût pas manqué de lui dire qu'outre celles qui avaient été désignées, il ajoutait une hymne de saint Eugène de Tolède, récemment découverte par lui. Il eut insisté sur cette découverte, comme il Fa fait pour un manuscrit grec qui lui était tombé sous la main dans ses recherches. Mais ici rien de semblable. Louisle-Débonnaire demande les hymnes en l'honneur de saint Denys, dont il sait l'existence entre les mains d'Hilduin, Hymnos quos habes. Hilduin lui envoie deux hymnes sans plus : celle de Fortunat et celle de saint Eugène de Tolède. Si cette dernière eût été inconnue à Louis-le-Débonnaire, la lettre impériale n'aurait pas dit, en termes formels : « Vous nous enverrez les » hymnes; mais vous nous enverrez X hymne que vous » possédez en l'honneur du glorieux martyr. » Encore une fois, ou il faut admettre que les deux correspondants ne se comprenaient pas entre eux, ou il faut convenir que l'empereur demandait réellement, en 835, à Hilduin, l'hymne de saint Eugène de Tolède , dont il connaissait dès lors l'existence. Cette hymne ne fut donc point inventée en 837 par Hilduin.
15. A cette déduction historique, le manuscrit du impossibilité de
., . , . , cette supposition
neuvième siècle, si heureusement remis en lumière par prouvée par ie
texte du manu- M. l'abbé Arbellot , vient aiouter une démonstration
sent récemment 7 J
découvert. matérielle qui constate l'impossibilité de la prétendue supposition d'Hilduin. Ce manuscrit, en effet, puisqu'il est du neuvième siècle, a dû être copié sur un des faux exemplaires inventés, dans l'hypothèse, par l'abbé de Saint-Denys, à moins qu'on n'aime mieux le considérer comme l'un d'entre eux. Or Hilduin, fabriquant, en 837, une pièce apocryphe inconnue jusqu'à lui, et qu'il voulait faire passer pour l'œuvre de saint Eugène de Tolède, devait nécessairement la présenter sous ce nom vénérable. « Nous avons , dit-il dans sa » lettre à Louis-le-Débonnaire , une hymne de saint » Eugène de Tolède en l'honneur du bienheureux » Denys. » Hymnum sancti Eugenii Toletani de beato Dionysio habemus. Pour être conséquent avec luimême, il était forcé de reproduire cette désignation en tête de l'hymne supposée, et de l'intituler : Hymnus S. Eugenii Toletani de B. Dionysio. Cependant le manuscrit du neuvième siècle , contemporain d'Hilduin, porte simplement pour titre : Ymnus Eugenii Episcopi de S. Dionysio. Il n'est fait aucune mention du titre de saint, donné à Eugène : le pays dont il fut évêque n'est pas désigné. De bonne foi, un faussaire qui eût fabriqué cette œuvre, dont jusque-là personne n'avait entendu parler, pouvait-il procéder avec plus d'absurdité? On lui aurait demandé de quel droit' il attribuait cette pièce à saint Eugène, évêque de Tolède, puisque le manuscrit qu'il produisait ne portait point ces indications, et que rien, dans le texte lui-même ne pouvait suppléer à leur absence. Cette objection, qui se présente naturellement à l'esprit, eut suffi pour renverser tout l'édifice de sa fraude et rendre la suppo-