A un autre point de vue, le titre du manuscrit L'hymne
L # ' d'Eugène de
de la Bibliothèque impériale nous fournit encore un . To'è(ie.
J- r est authentique.
renseignement précieux. Tout en établissant la bonne foi d'Hilduin , il nous apporte de plus l'explication de l'erreur involontaire dans laquelle ce titre l'a fait tomber; erreur que Launoy a relevée avec son habileté ordinaire, et dont il sut tirer le plus grand parti.
En parlant de l'hymne d'Eugène de Tolède, Hilduin, dans sa lettre à Louis-le-Débonnaire s'exprime ainsi : « Nous avons une hymne de saint Eugène de Tolède » en l'honneur du bienheureux Denys. On pourrait » s'étonner que nous possédions un texte si ancien, » quand il nous reste si peu d'écrits contemporains de » notre saint martyr; mais qu'on veuille bien consi- » dérer que les monuments que nous possédons encore » ont été longtemps laissés à l'abandon par ceux qui » nous ont précédés; nous en faisons l'aveu, en défi mandant grâce pour leur négligence, et il en est » encore plusieurs dans ce nombre que nous n'avons
» pas encore achevé de déchiffrer1. » L'erreur d'Hilduin est évidente. Il attribue l'hymne en question à saint Eugène Ier, évêque de Tolède, disciple de saint Denys l'Aréopagite, et venu avec lui, sous saint Clément, dans les régions occidentales. Un titre contemporain de saint Denys l'étonné lui-même, et il l'avoue ; mais cet étonnement est la preuve de sa bonne foi. Hilduin ne connaissait comme évêque de Tolède que ce premier saint Eugène, disciple de saint Denys. La formule Ymnus Eugenii Epî. de B. Dionysio, qu'il lisait sur l'ancien manuscrit de son abbaye, et qui ne donne point à Eugène son titre de saint, l'inclinait à penser qu'il avait sous les yeux un document écrit pendant la vie même de son auteur, ou du moins copié fidèlement sur l'original. Il concluait donc, en quelque sorte malgré lui, à faire ce monument contemporain de saint Denys lui-même. Or, l' évêque de Tolède, auteur de cette hymne, était saint Eugène III, qui florissait vers l'an 640, et dont nous avons encore les autres œuvres poétiques2. En 837, date des Aréopagitiques, le mona-
1 Nec mirari quis poterit cur hymnum sancti Eugenii Toletanï de beato Dionysio habemus, et vicinorum sapientium scriptis, exceptis paucis, videamur carere : cum et haec, quae habemus, ut exorata priorum nostrorurn venià dicanius, abdita et negligenter relicta reperimus , et alia necdum prolata , quia non adhuc sunt ad liquidum enucleata. {Rescript. Hilduini abbat. ad Seren. Imper. Ludovicum. — Patrol. lat., t. GVI, col. 17.) Dans ce passage, Hilduin hésite évidemment à attribuer une telle antiquité à cette hymne , et à la considérer comme une œuvre contemporaine de saint Denys. La forme dubitative de sa phrase tombe donc sur cette antiquité et sur les objections auxquelles elle peut donner lieu, mais nullement sur l'existence même de l'hymne de saint Eugène de Tolède , ainsi que l'avait pensé le P. Pagi , qui ne connut point le manuscrit que nous citons.
2 Eugenii III, Episcopi Toletani oper. — ( Patrol. lut., t. LXXXVII, col. 347-418. )