CHAPITRE PREMIER
UNIVERSALITÉ DE LA PRÉDICATION DE l'ÉVANGILE AU PREMIER SIÈCLE.
i. Rapide et universelle propagation de l'Evangile dès les temps Sommaire, apostoliques. Témoignages de Pline -le- Jeune , Hégésippe, saint Justin, Tertullien, Eusèbe de Césarée, saint Hilaire. — 2. Preuve de présomption en faveur de l'apostolicité des églises de Gaule qu'il est permis d'en tirer. — 3. Témoignages explicites en faveur de cette apostolicité. Textes formels de Tertullien. — 4. De saint Irénée. — 5. Concile de treize évêques des Gaules présidé par saint lrénée (180). — 6. Lettre de saint Cyprien au pape saint Etienne (254). — 7. Admettre l'époque de Dèce pour celle des origines chrétiennes des Gaules serait sacrifier la tradition tout entière. — 8. Lettre du concile d'Arles au pape saint Léon-le-Grand, en 440, établissant la croyance générale à cette époque de la mission de saint Trophime à Arles, par l'apôtre saint Pierre. — Témoignages du pape saint Zozime , d'Adon de Vienne , d'Usuard , de Pierre-le-Vénérable , en conformité avec la lettre du concile d'Arles. — 10. Témoignages explicites d'Eusèbe de Gésarée, de Sophrone, de la Chronique d'Alexandrie , de saint Epiphane , en faveur de l'apostolicité des églises de Gaule. — 11. Accord des traditions de l'occident avec celles de l'orient à ce sujet. — 12. Pourquoi, dans la controverse du dix-huitième siècle, la date fixée par saint Grégoire de Tours fut si facilement adoptée. Un nouveau témoignage. Manuscrit syriaque du sixième siècle.
1 . Le caractère propre de la prédication évangélique, et ^JjjJj^ constaté par la tradition des premiers siècles, fut celui J'XfngSie d'une rapide universalité qui étonna le monde païen, et qui fut, dès l'origine, l'argument le plus concluant employé par les apologistes. Pline-le-Jeune écrit à Trajan
(100-110). « La contagion de cette superstition chré- » tienne a infesté non-seulement les villes, mais les » bourgs et les campagnes 4 . » Il se plaint « qu'elle met » en péril une multitude de tout âge, de tout sexe et de » toute condition 2, que les temples ont été un instant » presque abandonnés, et que les victimes ne trouvaient » plus d'acheteurs. » — « Quels rapides et étonnants » progrès ! dit à ce sujet M. de Ghâteaubriand. Les » temples abandonnés ! on ne trouve déjà plus à vendre » des victimes! et l'évangéliste saint Jean venait à » peine de mourir 3 ! »
« Dès son aurore, dit Hégésippe, le christianisme » pénétra parmi toutes les tribus de la race humaine ; » aucune nation de l'empire romain ne resta étrangère » à son culte*. » Vers l'an 140, saint Justin, qui porta le premier le nom de philosophe chrétien, titre qu'il illustra par son martyre, en discutant avec le juif Tryphon, insistait sur ce fait, et y trouvait une preuve irréfutable de la divinité du christianisme, qui seul avait
1 Neque enim civitates tantum, sed vicos etiam atque agros superstitionis istius contagio pervagata est. (Plin., lib. X, epist. xcvn, xcvm.)
2 Multos esse omnis aetatis, omnis conditionis utriusque sexus. [Ibid.)
5 M. de Chateaubriand. Etudes historiques, édit. de Firmin Didot, 1845, in-12, p. 147.
4 Ex quo ceepit congregatio christianoruui , in omni hominum penetravit genus, ncc ulla natio Romani orbis remansit, quse cultus ejus expers relinqueretur. (Hegesippus, libro II, de Excidio Hierosolymitano. — Patrol. lat., t. XV, col. 2056.)
Hégésippe vivait de 150 à 180 de l'ère chrétienne. Quelques auteurs ont pensé que le livre qui porte son nom fut composé un siècle et demi plus tard par un autre Hégésippe ; enfin d'autres l'ont attribué à saint Ambroise. Quoi qu'il en soit, la tradition de la rapide et universelle propagation de l'Evangile dans le monde, n'y est pas moins constatée.