‹ Saint Denys l'AréopagiteChapitre 2 sur 160 · XII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XII PRÉFACE

» les difficultés qui peuvent se rencontrer au sujet » des faits historiques, et de les soumettre au juge- » ment du Siège Apostolique, qui en pèsera la valeur » et la légitimité, si l'on procède de nouveau à une » correction du Bréviaire Romain *. » Ainsi, la porte n'est point fermée aux progrès de la science historique dans l'avenir. On n'impose point de force à la conscience une opinion qu'elle repousserait par des motifs sérieux et plausibles. On demande seulement le respect et la modération qui conviennent en pareille matière, et on réserve au Saint-Siège le jugement définitif. En sorte que le P. Sirmond, par exemple, qui croyait de bonne foi avoir démontré péremptoirement que saint Denys l'Aréopagite n'avait jamais mis le pied sur le sol des Gaules, pouvait réciter la leçon du Bréviaire Romain, qui fait mourir ce saint à Paris , sans que sa conscience fut violentée ; la vérité qu'il croyait avoir découverte devant tôt ou tard, par sa seule force, obtenir la sanction du Saint- Siège.

Cette première difficulté résolue, en ce qui tient à

2 Attamen ita ut vetitnm existimari non possit, débita cum reverentià, et gravi fundamento, quse occurrunt in factis historicis, difficultates exponere , easque judieio Sedis Apostolieœ supponere, ut eorum veritatem et robur perpendat, si quando inanus iterum admoveatur ad Breviarii Romani correctionein. (Bened. XIV, De Can. Sanct., lib. iV; p. II, c. xm, n<> 8.)

PRÉFACE

la question pratique, il reste à exposer, au point de vue des preuves et des arguments historiques, pourquoi l'Eglise Romaine n'a pas admis la date du troisième siècle pour l'origine de la foi dans les Gaules.

Tel est l'objet du travail que nous entreprenons, avec la ferme volonté de dégager cette étude de tout ce qui pourrait ressembler à l'amertume des premiers débats. Nous n'insisterons donc point sur la valeur personnelle du fameux docteur Launoy, qui, le premier, souleva ces discussions irritantes. Nous ne voulons point faire à sa mémoire un procès de tendance ; et, sous ce rapport, nous souscrivons volontiers à ces paroles d'un écrivain, dont nous combattons d'ailleurs les doctrines : « Ceci, qu'on le remarque bien, disait » l'abbé Pascal, n'est pas une question de jansénisme, » ni de molinisme, ni de gallicanisme : c'est tout » simplement un fait de chronologie hagiographique, » rien de plus, rien de moins 4. »

1 Dissertation historique et critique sur l'époque de la mission de saint Denys, premier e'vêque de Paris. Préface. — Cet ouvrage manuscrit , le dernier qu'ait composé l'abbé Pascal , n'a pas été publié. Il est tombé entre nos mains. L'auteur y soutient la thèse de Launoy et de Sirmond sur la date du troisième siècle pour nos origines chrétiennes, et combat l'aréopagitisme. Cependant sa conviction s'était ébranlée, et l'ouvrage de M. Faillon avait évidemment agi sur son esprit, sans le convaincre entièrement. Les dernières paroles du manuscrit trahissent cette préoccupation. Nous les citons ici, parce qu'elles honorent le caractère et la bonne foi d'un auteur qui avait jusque-là ardemment soutenu la doctrine contraire.

PRÉFACE

Exposer consciencieusement, et dans toute leur force, les arguments des adversaires, sans aucune réticence comme sans préoccupation de personnalité; développer les moyens de défense ; présenter les solutions ; citer les témoignages ; pour arriver à pouvoir conclure légitimement que, malgré deux siècles de persévérants efforts, on n'est point arrivé à faire passer la plus grande somme de probabilités historiques du côté de ceux qui combattent l'origine apostolique de nos Eglises et l'aréopagitisme de saint Denys de Paris; démontrer ainsi que Rome ne pouvait pas et ne devait pas sacrifier une tradition immémoriale à une opinion qui, loin d'être parvenue à une certitude historique, n'atteint même pas la probabilité proprement

« Enfin , dit -il en terminant, si, après avoir consciencieusement » étudié les monuments de notre histoire ecclésiastique de France , » nous étions invinciblement convaincu qu'avant le deuxième siècle » la foi a été prêchée dans les Gaules, nous serions porté à reconnaître » cette haute antiquité pour les Eglises d'Arles et de Vienne, où

» l'Evangile aurait été annoncé avant saint Pothin à Lyon Nous

» respecterons tant qu'on voudra les traditions de Marseille, d'Aix, » de Limoges, etc., mais uniquement comme traditions populaires, » que leur antiquité environne d'une certaine auréole de vénération. » C'est là un aveu précieux dans la bouche d'un auteur grave et instruit qui avait, en 1857, publié une brochure très-vive contre la tradition de Limoges, pour laquelle il ne professait pas alors le moindre respect. Il est vrai que, dans le manuscrit, le passage que nous venons de citer se trouve entre deux parenthèses, avec cette note : « Ce qui est entre deux parenthèses est supprimé dans le cahier de l'Académie, » mais il n'en révèle pas moins la véritable pensée de l'écrivain, et la suppression faite pour l'Institut ne l'a pas été dans la conscience.

PRÉFACE. xv

dite, voilà tout le dessein de ce livre. Son auteur fait appel à la bonne foi et à l'impartialité de ceux qui prendront la peine de le lire. La vérité n'est point dans les extrêmes ; les passions, les préjugés étouffent sa voix. Elle a besoin, pour éclater, du calme de l'étude , et s'appuie sur le temps , qui la venge tôt ou tard des arrêts précipités des sectes et des partis.

LARÉOPAGITE.

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