CHAPITRE III
trouverait -il reproduit par la liturgie grégorienne des Gaules sous Pépin-le-Bref, en 730? Comment enfin, un texte si récemment mis en circulation, par une fraude sacrilège, aurait -il donné naissance à une tradition tellement unanime que tous les évêques de France réunis en concile la proclament comme authentique?
Pour terminer, par une raison péremptoire, et couper court à l'assertion de Launoy, ajoutons qu'en 825, époque du concile de Paris, Hilduin n'avait encore rien écrit sur la question, et, s'il avait des moines sous ses ordres, pour leur faire fabriquer des pièces apocryphes, il n'avait montré à personne le résultat de leurs élucubrations. Ce ne fut que dix ans plus tard, 837, qu'il publia ses Aréopagitiques. Par conséquent, il n'avait pu inventer encore ni les Actes de saint Denys, ni l'hymne de Fortunat, ni les diplômes de Pépin-le-Bref et de Thierry IV, dit de Chelles, ni les Gesta Domni Dagoberti, ni la Vie de sainte Geneviève : ce qui n'empêche pas le concile de Paris, en 825, de tenir le même langage que tous ces monuments antérieurs avaient constamment tenu.
1 7 . Nous nous arrêtons à ce dernier témoignage , Pourquoi
u u on doit arrêter à
sans descendre plus loin le cours des siècles. En 837, i'™ 825 >« ^
*■ des témoignages
Hilduin , abbé de saint Denvs, sur l'invitation de Fern- sur la mission di'
1 J 7 saint Donys.
pereur Louis-le-Débonnaire, publia ses fameuses Aréopagitiques, qui firent généralement prévaloir l'opinion que saint Denys de Paris était le même que l'Aréopagite. Tous les textes que nous aurions à apporter trouveront donc naturellement leur place, quand nous traiterons la question spéciale de l'aréopagitisme. Notons seulement, en passant, cette observation. Comment l'aréopagitisme, en supposant qu'il fût nouveau alors, ce que nous examinerons, eût-il pu s'établir avec
tant de facilité, si toute la tradition antérieure n'avait pas admis l'époque de la mission de saint Denys au premier siècle ? Comment faire adopter par toute l'Eglise de France , persuadée que Denys était venu à Paris en 250, sous Dèce, l'identité de cet évêque avec l'Aréopagite converti par saint Paul l'an 40 de l'ère chrétienne? De deux choses l'une : ou l'on n'a jamais cru à Faréopagitisme ; ou , lorsqu'on a commencé à y croire , on était convaincu d'avance que saint Denys avait été envoyé par saint Clément. Or, tout le inonde reconnait que, depuis l'an 837 , l'aréopagitisme a été publiquement professé et solennellement proclamé par l'unanimité des conciles , des évêques, des universités, des docteurs, des historiens de France, jusqu'au protestantisme. Launoy lui-même en convient; et il ne rejette l'aréopagitisme que parce qu'il en attribue l'invention à Hilduin. Donc, Hilduin avait trouvé établie la tradition de la mission de saint Denys par saint Clément, autrement il n'eût pu fonder sur rien son système nouveau ; et quand il eût parlé de faire mourir l'Aréopagite à Paris, en 250, il n'aurait recueilli de son invention qu'un éclat de rire universel. L'époque de saint Clément était donc traditionnelle ; l'époque de Dèce , fixée par Grégoire de Tours, était donc restée comme une allégation sans valeur et une opinion isolée, que rien n'appuyait, ni dans les monuments antérieurs, ni dans la croyance des âges subséquents.
Telle est la conséquence que nous sommes en droit de tirer des témoignages déjà cités. Il nous reste maintenant à passer en revue les autres sources de la tradition, au sujet de l'époque de la mission de saint Denys dans les Gaules.