Tant de difficultés n'arrêtèrent pas Launov. Les Réponse
, ,. . . à une objection
moines ont tout invente, dit— il. « Ils ont mis en circu- générale
. de Launoy.
» lation la fable que saint Denys avait été envoyé par » Clément, et s'il faut accorder quelque crédit à une » parole d'Hilduin, il nous en donne la preuve, en » affirmant 1 qu'il existait de son temps un vieux ma-
1 Areopagitica Hilduini, n° 5. — Patrol. lat., t. GVI, 106, col. 16.
» nuscrit où la mission de saint Denys est rapportée à » saint Clément, et en rappelant une prétendue hymne » de Fortunat qui dit la même chose1. » A l'époque où Launoy écrivait, il commençait à être de bon ton d'insulter les moines. Le protestantisme en avait donné l'exemple; le jansénisme ne s'y épargnait guère; ils devaient être, à bien peu de distance, dépassés tous deux par les orateurs de la révolution. Mais, de nos jours, où les ordres religieux n'existent plus , comme pouvoir influent, que dans l'histoire, jugés avec plus d'impartialité, les moines d'Occident commencent à nous apparaître sous des couleurs plus vraies; leur rôle historique, étudié consciencieusement par la science moderne, ne se prête plus aux sarcasmes du pamphlet2. Il suffît d'avoir cité l'épigramme de Launoy : le temps s'est chargé de la réfuter. Une plaisanterie n'est pas un argument. L'antique manuscrit de la Yie de saint Denys, dont parle Hilduin, et que Launoy lui reproche, par un sous-entendu malicieux, d'avoir fait fabriquer par ses moines, n'est autre que les Actes de saint Denys, dont nous avons établi plus haut l'authenticité. Comment un texte, supposé par Hilduin, au neuvième siècle, se re-
1 Ex duobus figmentis ortum habuit areopagitica quaestio ; siquidem primo fabulati sunt (monachi) Dionysium a Clémente missum , si qua fides detur Hilduiuo in Areopagiticis , num. v, ubi tradit antiquum exstare libellum, quo proditur Dionysius a beato Clémente in Gallorum gentem directus, et, num. xn, Fortunatus, inquit, in hymno de sancto Dionysio commémorât eum a beato Clémente destinatum, (Joan. Launoii, Opéra omnia. Edit. de Genève (1738) , t. II, pars la, p. 537).
- Voir le magnifique ouvrage de M. le comte de Montai embert, initulé : Les Moines d'Occident. Le talent de l'illustre écrivain semble s'être surpassé lui-même, s'il eût été possible, pour jeter sur l'histoire des Ordres religieux un éclat d'autant plus vif, que les mépris des deux derniers siècles avaient été plus injustes et plus multipliés.