CHAPITRE ï
» dit-il, dans la lettre qu'il écrit au nom de ses frères, » les évêques de Gaule, dont il présidait la réunion, etc. , » convient qu'il faut célébrer la fête de Pâques le di- » manche, mais il avertit respectueusement Yictor que » le fait d'une divergence sur ce point ne serait pas » suffisant pour retrancher de la communion les Eglises » dissidentes qui suivent la coutume traditionnelle de » leurs pères dans la foi. »
Ces deux passages frappèrent singulièrement Henri de Valois, auquel nous devons la version latine des œuvres d'Eusèbe. Pendant qu'il y travaillait, le P. Sirmond publia son grand ouvrage des Conciles des Gaules, qui ne commence qu'au règne de Constantin. Le savant traducteur lui écrivit pour lui signaler la lettre de saint Irénée, « qui devait, disait-il, trouver place dans cette » collection1. » J'ignore pourquoi le P. Sirmond n'élargit pas davantage son cadre, et le maintint dans les limites qu'il s'était d'avance tracées. L'érudition ecclésiastique y a perdu les lumières que ce docte écrivain eut apportées à l'étude de nos origines chrétiennes. Quoi qu'il en soit, le P. Sirmond avait formellement reconnu ce fait, et l'avait consigné dans la préface de son œuvre monumentale. « Je sais, dit-il, qu'il y eut » dans les Gaules des conciles antérieurs au siècle de » Constantin. Deux, en particulier se tinrent à Lyon, » sous l'épiscopat de saint Irénée. Le premier, qui » condamna les hérésies de Yalentin et de Marcion, se
1 Proinde hsec epistola referri debuerat inter conciliai Galliae, ut olim monui Jacobum Sirmondum, verum doctissimum , etc. Etenim iile editionem suam Conciliorum Galliœ a Constaatini temporibus exorsus est. (Henri de Valois, Comment, sur Eusèbe , note 71. — Patrol. grœc.j t. XX, col. 498.)
» composa , suivant la tradition , de douze évêques : » treize assistèrent au second, qui décréta, contre les » quartodécinians , que la fête de Pâques devait être » célébrée le dimanche1. »
Nous n'ajouterons rien à l'évidence que de pareils témoignages portent d'eux-mêmes dans les esprits les plus prévenus. La conclusion que nous pourrions en tirer, se formule naturellement pour tous les lecteurs. Si saint Irénée a présidé à Lyon un concile de treize évêques des Gaules, il y avait donc, dans les Gaules, de son temps, au moins treize évêques, en supposant, ce qui n'est nullement vraisemblable , que tous les évêques des Gaules, sans exception , aient assisté à ce concile. Or saint Irénée présidait cette illustre assemblée vers l'an 188. Nous sommes bien loin de l'an 250, auquel on veut reculer la prédication de la foi dans les Gaules !
Lettre de saint 6. Puisque cette date de 250 vient de se retrouver 'sSintVtLnT sous notre plume, nous voulons la mettre de suite en
présence d'un texte contemporain, tiré d'une lettre de saint Gy prie il au pape saint Etienne, écrite en 254. Voici les paroles de l'illustre évêque de Carthage : « Faustiu, évêque de Lyon, notre collègue, m'a écrit » à deux reprises pour me faire des communications » qui vous ont été eu même temps adressées à vous- » même, je le sais, et par lui et par les autres évêques » nos collègues, établis dans cette province , au sujet
1 Non eraui nescius antiquiores alias Galliaî synodos rnemorari, atqae in his Lugduuenses duas S. Irenœi episcopi; quarum in altéra, quam episcoporum XII fuisse tradimt, Valentiui, Marcionis et aliorum liaereses dauanarit; in altéra cum episcopis XIII, Pascha die dominico celebrandum adversus quartodecimanos decrevit. (Sirmond, Concilia antiqua Galliœ. Prœfatio.)