CHAPITRE
» de Marcien, évêque d'Arles , qui s'est jeté dans le
» schisme de Novatien... Il vous faut donc adresser les
» lettres les plus explicites aux évêques, nos collègues
» établis dans les Gaules, pour qu'ils ne laissent pas
» plus longtemps insulter à l'honneur de Fépiscopat,
» par Marcien, cet esprit obstiné et superbe, ennemi
» de la divine piété et du salut de ses frères. Il ne
» conviendrait pas qu'il fut supporté davantage par
» nous, quand, dans son orgueil, il se vante, depuis
» longtemps, de son adhésion à la secte de Novatien,
» et de sa rupture ouverte avec notre communion
» Adressez donc à la province et au peuple d'Arles
» des lettres où vous ordonnerez de déposer Marcien,
» et d'élire un évêque à sa place, afin que le troupeau
» du Christ , aujourd'hui scandalisé et dispersé par
» lui, soit de nouveau réuni au bercail. C'est déjà trop
» que dans les années qui viennent de s'écouler, un si
» grand nombre de nos frères soient morts sans avoir
» reçu la paix de l'Eglise 1 . »
1 Faustinus collega noster Lugduni eonsistens, seniel atque iterum mihi scripsit, significans ea quœ etiam vobis scio utique nunciata, tam ab eo quam a cseteris coepiscopis noslris in eàdem provincià constitutis, quod Marcianus Arelate consistens, Novatiano se conjunxerit... qua propter facere te oportet plenissimas litteras ad coepiscopos uostros in Galliis constitutos ; ne ultra Marcianiun pervicacem et superbum, et divinse pietatis ac fraternae salutis inirnicuin, collegio nostro insaltare patiantur ; quod necdum videatur a nobis abstentus, qui jam pridem jactat et prsedicat, qnod Novatiano studens, et ejus
pervicaciam sequens a comniunione se nostra segregaveril Diri-
gantur in Provinciam et ad plebem Arelate consistentem a te litterse, quibus abstento Marciano alius in locum ejus substituatur, et grex Gbristi, qui in hodiernum ab illo dissipatus et vulneratus contemnitur, colligatur. Sufficiat multos illic ex fratribus nostris , annis istis superioiïbus , excessisse sine paee. ( Epistola S. Gypriani Garthag. episcop. ad Stepbanum Papam. — Patrol. lat., t. III, col. 990, 991, 993, 994.)
Voilà comme saint Cyprien parle en 254 de la chrétienté d'Arles, qui n'eût été, dans l'hypothèse, établie que depuis quatre ans seulement, en 250, par saint Trophime! Est-ce possible! Comment saint Trophime, arrivé à Arles en 250, avait-il en 254 un successeur qui depuis longtemps se faisait gloire de couvrir le schisme de Novatien de son autorité épiscopale, et qui avait laissé mourir, dans les années précédentes, un grand nombre de frères séparés de la communion de l'Eglise? Qu'il nous soit permis d'insister un peu sur ce passage de saint Cyprien pour en découvrir toute la portée. Si l'on songe à l'état des communications entre l'Afrique et les Gaules, si accéléré aujourd'hui, mais si lent en 254, combien n'avait-il pas dû s'écouler de temps entre la lettre de Faustin de Lyon à Cyprien de Carthage, et la lettre de ce dernier au pape saint Etienne? Et quand Faustin écrivait la lettre à laquelle saint Cyprien fait allusion, il réitérait une instance précédente : Semel atque iterum mihi scripsit. Précisons, par un calcul approximatif, la durée vraisemblable des négociations qu'entraîna cette affaire. En 254, saint Cyprien écrit la lettre que nous avons citée au pape saint Etienne. La dernière lettre de Faustin de Lyon, qui l'y détermine, devait bien avoir trois ou quatre mois de date.
Ce n'est pas peu présumer de la rapidité de la correspondance, si l'on tient compte de la nécessité où se trouvaient les évêques de confier leurs lettres à des exprès, qui devaient attendre souvent l'occasion d'un navire dont les départs n'étaient point réguliers. Or Faustin avait déjà écrit une première fois à saint Cyprien sur le même sujet : Semel atque iterum mihi