CONCLUSION
La question de la représentation coloniale, ainsi résolue en juillet 1789^ se trouvait dépasser singulièrement la plupart de celles que la grande Assemblée réformatrice eut à examiner. Soulevéepar une minorité aristocratique de planteurs, mécontents de l'administration de lapremière de nos colonies et préoccupés des périls que couraient leurs intérêts, elle amena des résultats qu'ils n'avaient pas prévus et
provoqua un formidable ébranlement dont ils n'avaient pas eu la moindre prescience.
A cette occasion, il fallut en effet soumettre à Texamen d'un siècle épris de raison et de logique les problèmes les plus délicats de l'organisation politique, économique et sociale. L'opinion eut à se prononcer, d'abord sur les principes du droit constitutionnel, sur les fondements de la représentation nationale, sur la validité d'élections faites en violation des formes légales et en vertu des seules prérogatives du droit naturel, puis sur le pouvoir souverain dévolu aux assemblées pour la vérification des mandats législatifs, sans intervention de la sanction royale.
La discussion s'ouvrit sur des questions plus importantes encore, celles du système administratif des colonies, du pacte économique entre la métropole et ses possessions, base de toute la politique coloniale de l'ancien régime, et même sur le principe de l'utilité des Empires coloniaux créés par les Etats européens.
Enfin, l'attention des réformateurs se trouva appelée sur deux vices séculaires qu'aucune société, depuis les origines de la civilisation, n'avait eu le courage de condamner et de détruire: l'inégalité légale des races et la servitude humaine. En abordant résolument leur examen, en leur donnant une place dans les débals que suscita l'admission des députés de Saint-Domingue, la Constituante prit, en même temps que le Parlement d'Angleterre, une initiative qui est l'une de ses gloires, et elle donna au monde civilisé un exemple dont l'influence dure encore, pour le plus grand bien de la cause de la justice et de l'humanité.