Frédéric Masson, Joséphine de Beauharnais, p
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piquer bien des curiosités el. dos lanlaisies, redorer bien des blasons, séduire bien des blasés. En fait, l'on ne compte plus bientôt les mariages entre les grands seigneurs de France, — les Ségur, les Noailles, les Lévis, les La Rochefoucauld, les Rohan, les Brancas-Céreste, les Paroy, les Gouy d'Arsy, les Gliabannes, — et ces charmantes filles créoles, auxquelles, à leur arrivée en France, un court séjour en quelque couvent aristocratique, — au couvent de Panthemont par excellence, — permet bien vite d'acquérir ce qui leur manque d'habitude du monde, une entrée dans la société, des relations pour plus tard. « Sire, écrivent, en 1788, au Roi, les représentants à Paris des planteurs de Saint-Domingue, Sire, toute votre cour est devenue créole par alliance; les liens du sang, ces liens que rien ne sauroit rompre, ont pour jamais uni votre noblesse avec Saint-Domingue ^ ! »
Mais, si se refont ainsi les fortunes épuisées du vieux monde, ainsi se forme, par contre, une nouvelle classe de colons, colons-amateurs, planteurs d'occasion, comme on l'a dit, dont les uns n'ont jamais mis les pieds dans la colonie et dont les autres y ont fait de trop courts séjours pour en rien connaître. « C'est par son procureur ou son gérant d'habitation, constate avec regret un vieux colon, celui-là, M. de Rouvray, que ce grand propriétaire, qui ne vint jamais à Saint-Domingue, est éclairé sur ses intérêts et sur ceux de la colonie, c'est-à-dire par l'homme le plus disposé à l'entretenir dans une ignorance complète de ses affaires et de celles
1. Lettre adressée au Roi par les commissaii-es à Paris de la colonie de Saint-Domingue, 31 août i788 (Arch. nat., B III, 135, p. 155).
du pays. » « Et sont-ils plus avancés, ajoute ce même M. de Rouvray, ceux que nous voyons courir d'un bout à l'autre de la colonie en quinze jours, pour avoir le droit de dire en arrivant à Versailles qu'ils sont parfaitement instruits de l'administration, des finances, de la partie militaire, de la culture de la colonie?... Que peuvent-ils cependant y avoir vu ? De grands dîners que les procureurs d'habitation leur ont donnés, de grands respects, de bons lits, de bons chevaux pour voyager. Aussi, tout a dû leur paroître prospérité et bonheur à Saint- Domingue. De superbes barrières, dont le propriétaire n'a quoi faire, qui n'ont aucune solidité et qu'il faut refaire tous les trois ou quatre ans, d'assez beaux bâtimens en apparence, mais mal commodes et fort mal entendus, qui ont coûté le double de leur valeur à leurs propriétaires, c'est encore à peu près ce que ces messieurs y ont vu. Mais sont-ils descendus dans les détails qu'on a eu bien soin de leur cacher ? Se sont-ils informés du malheureux esclave, comme il y étoit traité, s'il trouvoit dans les hôpitaux les soins nécessaires, si le gérant ne lui voloit point ses vivres, si les châtimens n'y étoient point excessifs, si on ne lui enlevoit point sa femme ou sa maîtresse ?... A les entendre pourtant, ils ont tout vu, tout approfondi, et des gens de Paris, des gens considérables les croiront peut-être sur parole * ! »
Car voilà à quoi aboutissait l'admirable effort colonial de plus d'un siècle , à une ploutocratie qui ne voyait plus dans Saint-Domingue qu'une mine inépui-