II. Les documents publiés, tels que
1" Débats entre les accusateurs et les accusés dans l'affaire des colonies, imprimés en exécution de la loi du 4 pluviôse, Paris, Imprimerie nationale, pluviôse à fructidor an III, 9 vol. in-S»;
2° Les papiers du général A.-N de la Salle (Saint-Domingue, 1792-1793), publiés par le D'' A. Corre, Quimper, 1897, in-8».
III. Toute la série des mémoires, ou des histoires rédigées d'après des souvenirs personnels, comme : Dalmas, Histoire de la révolution de Saint-Domingue, Paris, 1814. 2 vol. in-8° ; Grouvel, Faits historiques sur Saint-Domingue, 1814, in-S» ; etc., etc..
IV. Les ouvrages de seconde main enfin. On peut considérer comme le premier en date de ces ouvrages le Rapport sur les troubles de Saint- Domingue fait au nom de la comynission des Colonies, des Comités de Salut public, de Législation et de Marine 7-éunis, par J.-Ph. Garran (de Coulon), député du Loiret, Paris, Imprimerie nationale, ans V-VII, 4 vol. in-8». C'est en somme le travail le plus complet qui ait été composé sur la révolution de Saint-Domingue, d'après les documents
CONCLUSION 3b9
tion et le développement de la société créole sous l'ancien régime, je voudrais seulement indiquer comment la perte de la plus belle de nos colonies des Antilles, bien loin de n'avoir eu, comme on le croit en général, que des causes politiques, a été surtout la résultante de l'état social que j'ai essayé de peindre.
Ces grands planteurs, dont je viens de parler en dernier lieu et qui pour la plupart ne connaissent Saint- Domingue que de réputation ; — ce monde si mêlé de la justice, de l'administration, des affaires et du commerce, qui peuple les villes et les bourgs ; — enfin cette noblesse de cultivateurs et de soldats dont les membres forment comme les cadres ou l'ossature de la population, telles sont en 1789 les diverses classes sociales qui vivent de la colonie ou dans la colonie. Chacune d'elles, pendant la révolution, jouera exactement le rôle que l'on pouvait prévoir, si bien qu'exposer ce rôle sera esquisser l'histoire de la révolution de Saint- Domingue et en tirer la philosophie.
Par les « grands propriétaires » résidant en France, Saint-Domingue entre, tout d'abord, dans la Révolution. Par eux, en effet, est créé le Comité colonial, dont « aucun
officiels, et un très pi'écieux recueil de faits. Les idées en sont, il est vrai, souvent tendancieuses; mais la bonne foi de l'auteur ne peut être suspectée. Cet ouvrage a d'ailleurs été la source principale où ont puisé la plupart des historiens de la révolution de Saint-Domingue, qu'a racontée en dernier lieu H. Gastonnet des Fosses, La Révolution de Saint-Domingue, Paris, 1893, in-l2.
des membres, dit un contemporain, n'a habité de suite à Saint-Domingue, et dont les deux tiers n'y ont jamais été^ », mais qui n'en prend pas moins, dès le début de 1788, l'initiative de demander la représentation de la colonie aux États généraux : grave question que l'ignorance de leurs véritables intérêts pouvait seule pousser ces imprudents à soulever. Réclamer l'admission des députés des colonies à la Constituante, n'était-ce pas en effet mettre à l'ordre du jour de la Révolution les grands problèmes politiques, économiques et sociaux qui se posaient à propos du régime de ces colonies, n'était-ce pas accepter par avance de se soumettre à toutes les solutions qu'y donnerait l'Assemblée, n'était-ce pas en un mot préparer la ruine d'un état de choses que les membres du Comité colonial ne pouvaient que désirer consolider? « Cela est si vrai que les contemporains euxmêmes ont vu, non sans raison, dans cette agitation imprudente l'origine de la chute de l'empire colonial créé par l'ancien régime. « Aujourd'hui, dit, en 1802, (c un observateur sagace, Beaulieu, on s'arrête à cette « démarche inconsidérée des habitants de Saint-Domin- « gue et on y voit la source des malheurs qui les ont « perdus et, avec eux, la branche la plus importante « du commerce français. Si les habitants de Saintce Domingue n'eussent point envoyé de députés aux « Etats généraux, il n'y aurait pas eu de point de con- « tact entre eux et l'Assemblée nationale, c'est-à-dire
1. Correspondance secrète inédite sur Louis XVI, publiée par M. de Lescure (t. II, p. 527). Citée dans Boissonnade, Saini-Dommg'Me à la veille de la Révolution, et la question de la représentatio7i coloniale aux États généraux, Paris, I'J06, in-8». p. 43.
CONCI,USION 301
« entre eux et le foyer de la Révolution , ou flu « moins la communication eût été ])]us (lillicilc et plus « lente \ »
Vainement, aux vœux du Conii/c colonial tente de s'opposer une autre société mieux informée, la Société correspondante des colons français, plus connue sous le nom de Club Massiac. Beaucoup de ses adhérents sont sans doute aussi des habitants intermittents ou tout à fait occasionnels de Saint-Domingue ; mais ils acceptent du moins la direction d'hommes expérimentés, Duval-Sanadon, Malouet, Moreau de Saint-Méry. Ceuxlà leur exposent sagement qu'il faut craindre de voir l'émancipation des noirs ou l'abolition de la traite devenir la rançon de l'octroi d'une représentation aux colonies, que provoquer des débats sur le système colonial serait se soumettre à des jugements précipités et incompétents qui pourraient être pour les colons des arrêts de mort, que l'avenir des colonies serait livré aux décisions d'une assemblée où les députés de Saint-Domingue en particulier ne figureraient que dans la proportion de un contre deux cents". Mais ces prophétiques avertissements ne sont point entendus du Comité colonial^ qui finalement, le 7 juillet 1789, obtient de l'Assemblée constituante six sièges de représentants pour Saint- Domingue. Désormais, le sort de la colonie est lié à celui de la métropole qui va lui imposer ses lois auxquelles elle essaiera vainement de se soustraire.
1. Beaulieu, Essais sur la Révolution, t. I, p. 269, cité par Boissonnade, Op. cit., p. 274.