‹ Saint-DomingueChapitre 14 sur 115 · Lettre de Du Casse, du 27 juin 1698 {Ibid., voL IV · texte numérisé non relu

Lettre de Du Casse, du 27 juin 1698 {Ibid., voL IV

3. Lettre de M. Joseph de Galliffet, gouverneur intérimaire de la colonie, du 15 mai 1701 (Ibid., vol. V). Galliffet mourut en 1706 (Charlevoix. Op. cit., t. IV, p. 208).

ORIGINES DE LA COLONISATION ET PREMIERS COLONS til

tants, beaucoup de flibustiers n'ont répudié complètement ni l'esprit ni les mœurs de leur ancienne profession. Je le notais tout à l'beure, certains ne répug'nent nullement à reprendre, à l'occasion, leur première manière de vivre, et cela forme une population ampliibieS c'est bien le cas de le dire, de mœurs extrêmement libres. Il n'est pas un habitant qui refuse une avance à un flibustier ou qui, du moins, ne lui accorde toute sa sympathie. « On ne sauroit croire en effet, écrit un gouverneur, l'indulgence qu'on a ici pour les forbans. On les y regarde comme on regarde en France la jeunesse qui s'enrôle pour faire une campagne. Une partie des anciens habitants a fait ce métier. Tout le monde leur donne retraite et protection ^ » Quant aux boucaniers, s'ils ont diminué dans de plus notables proportions que les flibustiers, ils subsistent encore en groupes isolés, vivant par bandes dans les bois sous le nom de « gens des bois », « garçons chasseurs et volontaires », « gens fort libertins, accoutumés à la débauche et à vivre indépendants'' ».

A ce fond de la population primitive viennent donc, comme je le disais, s'adjoindre peu à peu les arrivants d'Europe. Or, à voir quels ils sont, on ne trouve pas forcée l'indignation des gouverneurs à leur endroit. Ce

1. Le mot est de Burney, History of the buccaneers of America, p. 40.

2. Lettre de M. de Galliffet, du 15 mai 1701 (A. M. C, Corr. gén.. Saint-Domingue, G", vol. V).

3. Mémoire de M. de Gabaret, chef d'escadre du Roi, du 4 juin 1671 {Ibid., voL I). Cf. : Lettre de M. de Gussy, du 3 mai 1688 [Ibid.); lettre de M. de Gharritte, lieutenant de roi au Gap, du 22 décembre 1711 [Ibid., vol. IX). En 1736, il se trouve encore de ces « gens des bois ou chasseurs » dans le quartier du Gap (Lettre du marquis de Fayet, du 12 juin 1736. Ibid., vol. XL}1I).

sont d'abord les « engagés », c'esl-à-dire ces misérables dont chaque navire en partance se charge et qui, n'ayant pas les moyens de payer leur passage, acceptent par avance d'être, à leur arrivée, vendus en quelque sorte pour trois ans à des habitants qui les traitent aussi durement que leurs esclaves et ne leur remettent, leur temps fini, qu'une indemnité dérisoire, « gens qu'on prend sous les halles, fainéans qui s'abandonnent au moindre mal ' » et que le métier de « régaleur », c'est-à-dire de vagabond, tente beaucoup plus que le travail de la terre ". On pourrait espérer mieux d'une autre catégorie d'émigrants : les protestants. Mais il paraît n'en être venu que bien peu à Saint-Domingue. En 1687 seulement, j'en vois débarquer 58^. Et sait-on en quelle compagnie ils arrivent ? En compagnie de 18 forçats condamnés à vie, de 12 qui n'ont pas fini leur temps et de 20 faux-sauniers. Ce sont là, du reste, ordinaires envois. En 1686, M. de Cussy, prenant livraison de 150 galériens : « J'en aurois eu 300, écrit-il, que je les aurois placés; ce sont des gens industrieux et les habitans sont fort contents d'eux'». » Ce qui, soit dit en passant, jette un jour assez singulier sur une population susceptible de se contenter d'un tel cadeau !

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