‹ Saint-DomingueChapitre 13 sur 115 · Lettre de Du Casse, du 27 juin 1698 (Ibid · texte numérisé non relu

Lettre de Du Casse, du 27 juin 1698 (Ibid

4. Dès 1701, le P. Labat, en même temps qu'il nous expose très claire-

M. de Paly, commandant la partie de l'ouest et du sud de rile, pour apprccier enfin justement ce que valurent trop souvent en fait ces fameuses Compagnies coloniales de l'ancien régime dont on nous vante si pompeusement l'action bienfaisante. Critiquant « la Compagnie de Saint- Louis » et « les ordres ridicules des directeurs qui sont à Paris, qui ne servent qu'à faire rire le public, voulant enseigner aux peuples de l'Amérique la manière de défricher leurs terres, la plantation de leurs vivres, la manière d'élever des chèvres et des cochons^ », « si cette Compa-

ment le fonctionnement de la Compagnie, nous donne les raisons du peu de faveur obtenue par elle parmi les colons. « Les conditions, dit-il que la Compagnie faisoit à ceux qui vouloient s'établir sur les terres de sa concession étoient si avantageuses qu'elles auroient dû y attirer une infinité de gens s'ils avoient été tant soit peu raisonnables. Mais ils ne pouvoient souffrir qu'on les obligeât de vendre leurs marchandises et leurs denrées à la Compagnie privativenient à tout autre, et d'acheter d'elle ce dont ils auroient besoin. En cela, comme en beaucoup d'autres choses, j'ai remarqué que la prévention a ordinairement plus de lieu que la raison. Car la Compagnie leur donnoit des terres de la même manière que le Roi les donne aux autres lieux de son domaine en Amérique , c'est-à-dire gratis , sans redevances, droits seigneuriaux, lods et ventes, ni aucunes charges. Elle leur donnoit des esclaves selon leurs besoins, et les talens de ceux qui les demandoient à, raison de 200 écus pour les hommes et de 150 écus pour les femmes, payables dans trois ans sans qu'ils pussent être contraints à avancer aucune partie du payement avant le terme expiré. Elle leur donnoit encore le même terme pour les marchandises qu'elle leur foui^nissoit et qu'elle leur laissoit au prix courant qu'étoient ces mêmes marchandises à l'Esterre ou au Petit-Goave; et si la Compagnie en manquoit, elle leur permettoit, sans aucun délai, d'en acheter où bon leur sembloit et de vendre leurs marchandises et denrées au prorata de ce qu'ils dévoient payer pour ce qu'ils avoient acheté. Elle s'engageoit encore à prendre généralement tout ce qui se fabriqueroit sur leurs habitations au même prix que ces mêmes choses auroient été vendues dans les autres quartiers. L'interdiction du commerce avec d'autres qu'avec elle, excepté dans les cas que je viens de dire, étoit la pierre d'achoppement. Voilà à peu près le système de cette Compagnie, dont il me semble que toute personne de bon sens se devoit contenter. » (Labat, Nouveau Voyage aux Iles, 1742, t. VII, p. 246-248.)

1. Lettre de M. de Paty, de l'Artibonite, du 28 avril 1719 (A. M. C, Corr. gén., Saint-Domingue, C*, vol. XVI).

gnie, écrit M. de Paty, avoit été gouvernée par des gens de commerce, au lieu d'être régie par des gens d'affaires, elle seroit une des plus florissantes de l'Amérique ; au lieu que, ayant été régie par des gens d'affaires, ils y ont donné peu d'attention, outre que ces messieurs sont dans l'usage que, quand ils mettent un écu dehors, ils le voient revenir au bout de l'an avec trois autres en croupe. Il n'en est pas de môme des colonies que l'on établit. Il faut semer pendant dix ans pour faire une ample récolte. Ils ont un faiseur de mémoires à Paris, qui s'est imaginé qu'il suffit d'envoyer des mémoires pour entretenir une colonie... Il faut que ce faiseur de mémoires soit d'une ignorance crasse sur les affaires de l'Amérique. De trois cents et tant de mémoires, il n'y en a pas un seul qui se puisse mettre en pratique. Il propose de raffiner les sucres en pains carrés comme des briques de savon. Il faut demander à tous les raffîneurs de France si cette méthode est praticable. Il veut enseigner aux habitants le défrichement de leurs terres, et pour mettre cette méthode en pratique, trente nègres ne feroient pas l'ouvrage de deux. Il veut enseigner la méthode de planter des patates. Si on la pratiquoit, on n'en recueilleroit jamais de fruits. Il veut que l'on sache combien un nègre doit manger de patates par jour. Il y a des patates qui sont grosses comme les deux poings et il y en a d'autres qui ne sont pas plus grosses que le pouce ' . »

•1. Lettre de M. de Paty, du fort Saint-Louis, 21 juin 1719 (Ibid.). — Le P. Labat nous révèle, dès 1701, d'autres causes de l'échec de la Compagnie. « Jamais, écrit-il, je n'avois vu un si grand nombre de commis et d'offlciers pour un si petit lieu et un si petit commerce. Ils avoient tous des appointemens considérables et bouche à cour à la table du directeur, qui étoit bien servie et fort abondamment. On entretenoit pour cela des cbasseui's avec une grande meute de chiens.

Veut-on savoir d'ailleurs le résultat final des opérations de la Compagnie en ce qui touche la question qui nous intéresse en particulier, la question du peuplement? La Compagnie s'était engagée à transporter quinze cents blancs et trois mille nègres dans l'espace de cinq ans et, après les cinq ans, cent blancs et deux cents nègres tous les ans. Or, un mémoire de 1717 des habitants du quartier du fonds de rile-à-Vache constate qu'à cette date la Compagnie n'a introduit à Saint-Domingue que quatre cents blancs au lieu de deux mille neuf cents et que, des cinq mille trois cents nègres qu'elle devait fournir, elle n'a pas importé la moitié*. Il faut avouer qu'il serait difficile, après cela, de voir dans l'établissement de la Compagnie de 1698 le plus brillant effort colonisateur de la monarchie à Saint-Domingue % Et y a-t-il lieu de

11 y avoit aussi des pécheurs, et on élevoit quantité de volailles et de moutons dans l'habitation particulière de la Compagnie. Un malouin nommé M. de Bricourt étoit directeur de la Compagnie... Il étoit brouillé avec le gouverneur M. de Bouloc, gentilhomme des environs de Toulouse. La Compagnie avoit entretenu une compagnie d'infanterie pour servir de garnison. Elle étoit sous les ordres du gouverneur, qui étoit par cet endroit en état de se faire obéir. Le directeur venoit de casser cette compagnie afin que le gouverneur n'eût plus à qui commander et que cela le rendît plus accommodant... Je voulus travailler à leur réconciliation, mais je vis bientôt qu'il n'y avoit rien à faire. » (Labat, Op. cit., t. Vil, p. 243-245.)

1. P. BonnassieuXjLe* grandes Compagnies de commerce. Étude pour servir à l'histoire de la colonisation, 1892, in-S", p. 419.

2. On doit reconnaître que les difficultés rencontrées par les Compagnies en général et par celle dont je parle en particulier étaient souvent très grandes. Un mémoire d'un certain M. d'Armigny, joint à une lettre du 9 février 1714, en fait preuve : « Ceux, dit ce mémoire, qui se présentent ou qu'on envoie à Saint-Domingue pour s'y habituer sont d'ordinaire gens sans aveu et dénués de tout bien. On leur donne gratis un terrain comme de 700 à 800 pas en carré pour y faire leur habitation ; on leur avance depuis deux jusqu'à douze nègres. Ce n'est pas un petit travail que de défricher un terrain inculte depuis au moins deux cents ans, si ce n'est depuis la création du monde. On ne tire presque aucune utilité de ces nègres nouveaux et maladroits la pre-

s'étonner de la joie qui salua récroulement de cette compagnie en 1720 et le retrait définitif de son privilège fait par l'État en 1724 à la Compagnie des Indes, qui lui avait succédé dans Tile ^ ?

Mais si ses pratiques commerciales, aussi bien que la protection accordée par elle aux Compagnies, ne doivent valoir décidément que des critiques à la monarchie, par quoi donc, au point de vue qui nous occupe, mériterat-ello nos éloges? Très francliement, je répondrai que ces éloges ne me semblent pouvoir mieux s'adresser qu'au dernier des trois principes dont s'inspira notre ancienne politique coloniale, je veux dire à sa méthode de peuplement, ou plus explicitement à la très réelle et

mière année; ils n'entendent pas la langue et il leur faut un temps pour se faire au climat et pour apprendre à manier la cognée; ils tombent malades, il s"en estropie et il en meurt. 11 faut de plus nourrir l'habitant pauvre comme eux: on lui donne de la farine, du vin, des outils pour travailler, bas, souliers, etc.. pour lui et pour sa famille, s'il est marié, de la toile pour ses nègres, des remèdes en cas de maladie et généralement tout ce qui est utile pour le soutien de la vie et le défrichement de son habitation. Il se passe quatre ans avant que ce pauvre habitant puisse entrer en payement sur ce qu'il doit, et au bout de ce temps, en remettant d'une main au magasin de la Compagnie les fruits qu'il a recueillis, il y prend de l'autre ses nouveaux besoins, et enfin il se passe douze à quinze ans avant que cet habitant se voie une sucrerie roulante avec 30 nègres, franc et quitte envers la Compagnie. Ce récit est à la lettre. Je parle ici d'un habitant sage, attentif et bon économe ; si, au contraire (comme il n'arrive que trop), c'est un ivrogne, un joueur et un négligent, que croit-on que deviennent les avances de la Compagnie ? » (A. M. G., Corr. gén., Saint- Domingue, 2" série, carton II.)

1. La concession retirée le 2 avril 1720 à la Compagnie de 1698 fut attribuée le 10 septembre suivant à la Compagnie des Indes (Voir l'arrêt du Conseil, du 10 septembre 1720, dans Moreau de Saint-Méry, Lois et constitutions...., i. II, p. 692-696). Mais les troubles que cette nouvelle cession occasionna enti-aînèrent sa révocation en 1724, et depuis lors il ne fut plus question de compagnie à Saint-Domingue (Petit, Droit public des colonies françaises, 1771. t. I, p. 91 et suiv.). Beaucoup d'auteurs voient dans ce fait, avec raison, me semble-t-il, l'une des causes de la prospérité inou'ie de Saint-Domingue.

féconde activité qu'au temps où nous sommes arrivés, elle sut déployer en faveur de l'émigration humaine opposée à cette émigration des capitaux que si excessivement on veut souvent qu'elle ait réalisée par le moyen des Compagnies. Sans même parler — ce n'est point ici le lieu — de son constant souci de multiplier aux îles cf l'espèce des nègres esclaves », c'est-à-dire, en somme, d'y multiplier la main-d'œuvre nécessaire au développement de la culture en des colonies de plantations — politique qui, nous le verrons, quelque paradoxal que cela puisse paraître, ne fut pas, comme on le prétend trop souvent, la cause première de la ruine de Saint-Domingue — mais à envisager seulement la ferme impulsion qu'il donna à l'émigration de ses nationaux, il faut ici, en effet, reconnaître bien haut le mérite de l'ancien régime. Au moment où, comme je le remarquais, semblait tari le flot d'émigration du xvii" siècle, l'objectif du gouvernement devait être de parer quand même au peuplement de ses nouvelles colonies, d'empêcher, coiite que coûte, qu'elles fussent désertées. A cela le gouvernement ne manqua pas, et de cela Saint-Domingue nous offre un très vivant et très saisissant exemple.

Autant on a exalté la protection bienfaisante, dit-on, accordéepar notre ancienne monarchie aux Compagnies coloniales, autant on a injustement rabaissé son système de peuplement. Ce système consista, on le sait, en une sorte d'enrôlement obligatoire des colons, de racolement forcé des émigrants opéré parmi les éléments jugés inassimilables de la population métropolitaine : gens sans moyens d'existence ou sous le coup de pour-

suites, débiteurs insolvables, aventuriers, individus véreux et tarés qu'on dirige de force sur les colonies, ou à qui l'on montre le chemin de l'émigration comme la seule route qui leur reste ouverte ; application, en somme, de cette idée, dont il est difficile de contester la justesse, que ce qui importe à un moment donné, c'est moins la qualité que la quantité des nationaux qui doivent aller au loin représenter le pays. L'on n'ignore pas, d'ailleurs, quelles virulentes apostrophes a soulevées ce procédé de l'ancien régime, et les belles phrases faites sur les rafles ordonnées par Law et Choiseul pour peupler la Louisiane et la Guyane, erreurs qui, affirmet-on, ont plus fait pour ruiner l'avenir colonial de la France que le traité de 1763 M Mais peut-être, en parlant ainsi, n'a-t-on pas assez réfléchi qu'il n'y eut, dans ces deux cas toujours cités, que la mise en pratique hâtive et exagérée d'un principe qui, poursuivi d'une façon plus raisonnée et plus régulière, put donner ailleurs, comme par exemple à Saint-Domingue, des résultats tout autres '.

1. Léon Deschamps, Histoire de la question coloniale en France, 1891, p. 241.

2. Je sais bien que je soutiens là une opinion très hélérodoxe et condamnée par nombre d'auteurs. « Il est une mesure, écrit notamment M. Ghailley-Bert, qu'on a louée ici et là critiquée, qui me semble à moi détestable : c'est celle qui a consisté à envoyer même par force aux colonies les vagabonds et les criminels de droit commun. » (Chailley-Bert, Op. cit., p. 70.) Cependantcesmêmesauteurs vantent volontiers à l'occasion le « système des engagés», et approuvent les encouragements donnés par l'État à l'émigration de ces individus qui acceptaient par avance de se mettre pendant trois ans, ou trente-six mois (d'où leur sobriquet de Trente-six-mois), au service d'un colon, moyennant les frais de leur passage et le versement d'une somme fixe à leur libération. Or, il faudrait une bonne fois s'entendre sur ces engagés et le monde où ils se recrutaient d'ordinaire. Sous le prétexte que des gens comme le chirurgien Esqueraeling ou comme Raveneau de Lussan ont

ORIGINF.S Dlî LA COLONISATION ET PREMIERS COLONS 47

Manquant du recul nécessaire pour juger de la politique de leur gouvernemenl, les représentants de la France à Saint-Domingue, au commencement du XVIII® siècle, ne le cèdent guère généralement, en leurs doléances, aux plus farouches détracteurs de Law et de Glioiseul. Leur correspondance en fait foi. Elle s'exhale en continuelles lamentations sur les envois qui leur

été (.les engagés, on so représente volontiers ces gens-là comme des « nationaux » très lionoi'ables, auxquels il ne manquait que la fortune pour réaliser leurs rêves de colonisation. En réalité, Esquemeling et Uaveneau de Lussan ne paraissent avoir été, l'un qu'un « amateur », l'autre qu'un fils de famille en quête d'aventures ; ce qu'il dit de luimême le prouve assez (Raveneau de Lussan, Op. cit., p. 1 et suiv.). La plupart des engagés étaient en effet au-dessous, très au-dessous de ces deux types. (Cf., ci-après, l'appréciation qu'en donne un gouvei'neur de Saint-Domingue.) Au vrai, beaucoup n'étaient pas autres que ces vagabonds sur le sort desquels on s'apitoie et dont on condamne d'ordinaire sur un ton si indigné la relégation, et beaucoup ne devaient pas appartenir à une catégorie sociale très différente des hommes racolés pour l'armée, puisqu'une ordonnance du Roi, du 17 novembre 1706, constate que « la levée des engagés est devenue difficile par les recrues qui se font en ce moment pour les armées. » (Moreau de Saint- Méry, Lois et constitutions..., t. II, p. 83-84.) Cf. dans Moreau de Saint- Méry, Op, cit., t. I, p. 220-221, un arrêt du Conseil de la Martinique, du 16 février 1671, qui condamne des vagabonds à servir comme engagés. Dès lors, tous les éloges que Ton accorde au système des engagés peuvent aller au système de peuplement qui fut celui de l'ancien régime et qui serait, même de nos jours, j'ose le dire, le meilleur à adopter au point de vue des intérêts de nos colonies.... et de la métropole, si nous prétendions encore créer des colonies de peuplement, ce à quoi nous avons renoncé, fort sagement du reste, disent quelques-uns. A condamner le système de la transportation de force, il ne faudrait pas exagérer d'ailleurs, comme le fait M. Pauliat. Cet auteur se déclare — à contre-cœur, évidemment — hostile à ce système favori de la monarchie. « Il n'est pas besoin de dire, remarque-t-il, quels déplorables colons ces malheureux [les récidivistes] devaient faire, lorsqu'on les avait envoyés aux colonies et qu'ils étaient remis en liberté après cinq ans de galères. » Pourtant, ajoute-t-il, « il est probable qu'ils durent être la pépinière où se recrutèrent ces hommes de sac et de corde auxquels on donna à cette époque [vers 1661, si j'entends bien] le nom de boucaniers et de flibustiers et qui, pendant près de soixante ans, vécurent en véritables forbans dans les Antilles. » (Pauliat, Op. cit., p. 282.) C'est donner là aux boucaniers et aux flibustiers de Saint- Domingue une bien peu glorieuse et bien récente origine.

sont faits de France. « Il ne vient du royaume, écrit l'un d'eux, que des misérables sans chemise que la contagion tue ou accable », ou bien « des gens impropres : les uns usés de vieillesse et de débauche, les autres prisonniers, les autres enfants à charge aux familles par la crainte que leurs méchantes inclinations ne les exposent au supplice^ ». « Ces peuples, mande un autre, sont un ramas de garnements de toutes les provinces, sans éducation et sans connaissance de leurs devoirs^. » « Certes, renchérit un troisième, les colonies n'ont pas coutume de se peupler par gens de mœurs bien épurées », mais « ici il ne se trouve que gens ramassés de toutes parts que le libertinage et quelquefois de mauvaises actions contraignent d'y reléguer'^ ». Et tous de conclure : il nous faudrait des artisans, de bons paysans de France, et on ne nous envoie que le rebut de la population, « la Cour regardant ce pays comme une décharge des libertins du royaume... Il vaudroit mieux y faire passer des gens d'honneur, afin de pouvoir corriger, par leurs exemples et leurs bonnes actions, les malheureuses dispositions de la plus grande partie de notre jeunesse, portée naturellement au libertinage plus qu'en tout autre pays du monde, tenant en cela, tant du côté paternel que du maternel, do leurs premiers parents fondateurs de la colonie^ ». Mais si

1. Lettres de Du Casse du 1" septembre 16'.J8 et du 13 janvier 1699 (A. M. G., Gorr. gén., Saint-Domingue, G", vol. IV).

2. Lettre de M. Joseph Donon de Gallilïct, lieutenant de roi au Gap, du 22 juillet 169!) {IbicL).

3. Mémoire de J.-J. Mithon, premier intendant de Saint-Domingue, du 6 janvier 1712 {Ibid., voL IX).

4. Lettre de MM. de Sorel, gouverneur, et François de Montholon,

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certes il était louable de souhaiter des éléments de colonisation plus honorables, il eût été juste aussi de reconnaître que paysans et ouvriers, « gens d'honneur et de vertu », restant indifférents aux avantages de l'émigration — les documents sont là pour le prouver^ — la politique du gouvernement était ce qu'elle pouvait être, et, avant de condamner sur ce point les procédés de l'ancien régime, nous devons, nous, modernes, ne pas oublier que c'est à des procédés analogues que les Anglais doivent aujourd'hui l'Australie-,

Un seul, peut-être, parmi les premiers gouverneurs de Saint-Domingue, semble avoir entrevu les résultats que devait produire à la longue un système trop décrié. Ce gouverneur était, il est vrai. Du Casse. Sans doute, pas plus que les autres, il ne s'abstient, à ses heures, de plaintes et de protestations. « C'est un hasard, écrit-il en 1699, quand un engagé projette un établissement. Les gens qu'on nous envoie sont si rebutés du travail de la terre et de la misère qu'ils ont soufferte, qu'ils prennent volontiers tout autre parti par préférence. » Il demande pourtant « qu'on fouille les prisons et les hôpitaux, pour en extraire et lui envoyer les vagabonds et les pauvres gens qui s'y trouvent » ; il propose de faire passer des Irlandais à Saint-Domingue, d'autoriser « les Juifs de Curaçao et de la Jamaïque » à venir s'y

intendant, de Léogane, 13 juillet 1722 (A. M. G., Gorr. gén., Saint- Domingue, G^ vol. XX).

1. Cf. notamment laletlre de Du Casse dulO mars 1700 (Ibid., vol. V), — Un mémoire du même, du 12 juillet 1692, constate qu'un ouvrier gagne à Saint-Domingue un écu par jour {Ibid., vol. II). En 1724, un charpentier se paie 10 livres par jour.

2. Paul Leroy-Beaulieu, De la colonisation chez les peuples modernes, p. 256,

établir. Car, ajoute-t-il, « les îles se formeront de cette manière, par une suite de temps considérable ; la succession de vingt hommes en établira un, et insensiblement elles deviendront florissantes' ». C'est bien, en effet, ce qui se réalisa, et assez vite. Mais il faut avouer que, comme je le disais, la quantité des colons est très disproportionnée à leur qualité, et que c'est vraiment un singulier monde que celui qui, pendant la première moitié du xviii" siècle, se superpose peu à peu au monde déjà si étrange des flibustiers et des boucaniers. Un coup d'œil jeté sur cette société nous en convaincra, et ce coup d'œil, il serait dommage assurément de nous en priver.

« De tous les besoins de la colonie, écrit un gouverneur, il n'y en a point de plus pressant que d'établir des prisons et des geôliers », car, ajoute-t-il, « il faut ici tenir aux gens le cordeau roide - ». Ne voyons là aucune exagération. Les mômes choses nous sont confirmées par d'autres. « Tout le monde à Saint-Domingue, dit M. de Galliffet, en 1701, court à ses propres affaires ou à ses plaisirs, préférablement au service, et l'habitude de ce procédé-là estant establie en règle estimée si juste qu'on passeroit pour tyran si on entreprenoit de la changer en religion, en discipline, en justice et en police, on ne peut imaginer un pays plus licencieux \ » L'on se doute d'abord que, môme transformés en habi-

1. Lettres de Du Casse, des Ib novembre 1691, 30 mars '1694, 1" mars 1699 (A. M. G., Corr. gén., Saint-Domingue, C% vol. II, III, IV).

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