Ibid
4. Lettre de M. de Cussy, du 13 août 1686 [Ibid., vol. I). Cf. Ja lettre du niêP4e, du 13 août 1689 [Ibid., vol. II),
Un honnête homme est d'ailleurs exposé, à SainL- Domingue, à bien des promiscuités de ce genre, sans même s'en douter quelquefois. Voici, par exemple, un galérien évadé, dont on ne découvre la véritable qualité que longtemps après son établissement, et qui est devenu d'ailleurs un citoyen si honorable et si riche qu'il peut acheter sa grâce 10,000 livres, « lesquelles 10,000 livres, mande le gouverneur, seront employées à bastir des prisons au Gul-de-sac ^ ». On ne pouvait donner à ces fonds une meilleure affectation. Un autre, condamné à mort par contumace et exécuté par effigie, acquiert dans l'Ile, oi^i il s'est réfugié, un joli bien, et meurt possesseur de vingt-deux nègres, sans avoir jamais été inquiétée Le gouvernement ferme d'ailleurs les yeux aussi bien que les habitants, et, pour éviter des poursuites, il suffit à un autre criminel de changer de nom ; « bien qu'il soit connu de tout le monde dans son quartier », il est suffisamment protégé par cette simple modification d'état civiP. Qu'on joigne à ces étranges colons les jeunes gens que leurs familles expédient à Saint-Domingue, n'en sachant plus que faire.
1. « Le sieur Louis Ladvocat avoit été condamné, il y a plus de vingt ans, aux galères par arrêt du Conseil supérieur de Saint-Christophe, du 23 janvier 1699. Il trouva le secret de s'échapper des prisons et se rendit à Saint-Domingue, où il est bien établi ; il y a femme et cnfans et y vit assez paisiblement au quartier de Jacmel. Comme pexL de personnes étoient informées de cette condamnation, on l'a laissé tranquille; aujourd'hui on pourroit lui donner sa grâce à la condition qu'il donne 10 000 livres pour bâtir des prisons au Gul-de-Sac. » (A. M. C, Corr. gén., Saint-Domingue, S" série, carton "V*, lettre de MM. de Chàteaumorand et Mithon du \" août 1719.)
2. Lettre de M. Gaspard-Charles de Gousse, chevalier de la Rochalar, gouverneur, du 25 août 1730 {Ibid., vol. XXXII).
3. Lettre de M. Maillard, intendant, du Pctit-Goave, août 1744 (Ibid., vol. LXV).
comme ce M. de Bragelonne envoyé par ses parents, « qui ne devroient jamais le rappeler, n'y ayant pas un pays au monde de si méchant exemple^ », ou comme ce M. Le Roy de Valleroy qui, venu à Saint-Domingue en 1710, est successivement maçon, charpentier, précepteur, économe, titulaire d'une « handollière » de maréchaussée, se fait voiturier et colporteur, tient les comptes d'un cabaretier et finit par s'engager, pour déserter en 1728" ; — qu'on rapproche de ces mauvais sujets quelques maris indignes ou malheureux : tel cet Alexandre Charles, « valet de charrue, condamné aux Iles » et dirigé sur Saint-Domingue, pour avoir épousé à Bruxelles Marie-Adrienne-Françoise d'Authies, noble fille, mais « peu favorisée de la nature et de la fortune, n'a3^ant que 250 livres de revenu, et qui, âgée alors de trente ans et sans aucun goût pour le célibat, avoit engagé le dit Charles à certaines familiarités qui furent suivies d'une fécondité ^ » ; ou tel encore ce Pierre Cottin, de Dugny, que « son épouse, sa famille et les habitans, de sa paroisse » supplient M. de Sartine d'expédier sur les colonies, de Bicêtre, « où ses débauches et ses violences l'ont fait enfermer * » ; — qu'on y ajoute les soldats libérés ou déserteurs qui presque tous se font « chasseurs » et qui sont nombreux, à en juger au moins par les continuels envois faits par les gouverneurs à la Cour de procédures de désertion ; — qu'on mette en ligne de compte, enfin, les nègres libres et les mulâtres,