‹ Saint-DomingueChapitre 66 sur 115 · IbicL, doss. Chapuzet · texte numérisé non relu

IbicL, doss. Chapuzet

2. Mémoire sur la prétention des issus indiens et de sang mêlé (A. M. C, Moreau de Saint-Méry, Notes historiques...., F^ 144, non paginé).

Ministre M. de Cussy ^ Cent ans plus tard, le 23 décembre 1783: (( Une colonie à esclaves, écrivait M. du Rouvray, brigadier des armées du Roi, et propriétaire à Saint-Domingue, une colonie à esclaves est une ville menacée d'assaut ; on y marche sur des barils de poudre ^.. » La dure contrainte, sinon la cruauté, à laquelle sont soumis les noirs doit forcément en efTet faire naître en ces êtres frustes des désirs passionnés de révolte et de vengeance. Révolte et vengeance, qui se manifestent souvent par des suicides isolés ; car, — et cela est un trait caractéristique de la nature des noirs, — le suicide d'un esclave est bien moins inspiré d'ordinaire par le désespoir que par l'idée très arrêtée de nuire à son maître, de lui faire perdre le capital qu'il représente. « Ils se détruisent, écrivait déjà en 1701, le P. Labat, il se pendent, se coupent la gorge sans façon, pour des sujets fort médiocres, le plus souvent pourfaire de la peine à leurs maîtres''.» Ces suicides s'exécutent parfois de la manière la plus bizarre. « Un nègre, écrit, en 1701, M. de Galliffet, vient de s'étouffer la nuit dernière avec la langue, durant que son maître le faisoit fouetter. Cela arrive assez fréquemment, y ayant des nègres assez désespérés pour se tuer en vue de causer cette perte à leurs maîtres '. » D'au-

1. Lettre de M. de Cussy, du 18 octobre 1685 (Arch. du min. des Col., Moreau de Saint-Méry, Historique de Saint-Domingue, F^ 164).

2. Lettre de M. de Rouvray, brigadier des armées du Roi, propriétaire à Saint-Domingue, 23 décembre 1783 (A. M. C, Gorr. gén., Saint- Domingue, 2<= série, carton XXXIII).

3. Le P. Labat, Nouveau voyage aux lies, édit. de 1742, t. J, p. 446.

4. Lettre de M. de Galliffet, du 24 sept. 1701 (A. M. G., Gorrespondance générale, Saint-Domingue, vol. V). — Quelque invraisemblable que paraisse ce genre de suicide, il est confirmé par nombre d'auteurs. On

très fois le suicide se pratique par le poison. Mais saiton par quel poison ? Par la terre que le nègre absorbe en petites quantités, particulièrement pendant la nuit, en choisissant de préférence celle oi^i il entre du plâtre ou du salpêtre'. « Aussi dans presque toutes les habitations on constate quelque dégradation aux murailles, dans les coins obscurs et perdus dans l'ombre, ou bien encore sous les nattes. Dans les pièces carrelées ou à sol de marbre, on trouve presque toujours un carreau déchaussé, sous lequel l'épiderme de la terre est égratigné par des ongles avides. Cette étrange absorption détériore les organes digestifs et produit ce qu'on appelle le mal d'estomac^ à la suite duquel vient inévitablement Thydropisie, presque toujours incurable. Le premier symptôme de la maladie se révèle chez le nègre par une grande tristesse, une nonchalance invincible de corps et d'esprit ; puis les gencives enflent, et les dents désertent leur alvéole. La mort n'est jamais loin... Dès qu'on remarque donc quelque accès à.Q, spleen chez un nègre, le premier mouvement est de lui saisir les mains et d'examiner les ongles sous lesquels on découvre presque certainement la présence de la terre -. »

signale aussi assez fréquemment l'exemple de nègres se coupant les parties viriles pour nuire à leurs maîtres (Moreau de Saint-Méry, Notes historiques, aux A. M. C, F^ 132, p. 474).

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