‹ Saint-DomingueChapitre 92 sur 115 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

suffire à eux-mêmes V » « Il faut du temps, note enfin M. de Wimpfïen, pour s'acclimater au ton de ce qu'on nomme ici la société... Comme tout le monde est habitant, ou a la prétention de le devenir, il est tout simple que chacun parle de ce qui l'intéresse, de sorte que Ton n'a pas plutôt cessé de parler de ses nègres, de son coton, de son sucre, de son café, que l'on reparle coton, sucre, café, nègres. Toutes les conversations commencent, se soutiennent, finissent, et recommencent par là... Vous vous imaginez bien que chacun apporte là sa dose de prétention. Mais sur quoi la croyez-vous fondée? Sur l'étendue de ses possessions, sur les progrès que la culture doit à ses lumières ? Non, mais bien sur Fespèce de denrées qui fait son revenu, de sorte que le cultivateur cafetier ne manque pas de rendre au cultivateur cotonnier le dédain avec lequel le cultivateur sucrier l'écoute. Le nombre de nègres entre aussi pour beaucoup dans le degré de considération auquel il est permis de prétendre. Le mélange des sexes, qui fait ailleurs un des premiers charmes de la société, lorsqu'aucun n'usurpe le caractère de l'autre, n'ajoute ici rien à son agrément. Les femmes européennes ne voient guère les créoles que pour se moquer d'elles, surtout lorsqu'elles n'ont pas été élevées en France ; celles-ci ne voient guère dans les autres que des bégueules ; tandis que les hommes, qui ne trouvent que rarement, et chez les premières surtout, le degré de sensibilité dont les mulâtresses se piquent, les laissent gémir entre elles sur la décadence de l'ancienne courtoisie et la dépravation des goûts de notre

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