‹ Saint-DomingueChapitre 94 sur 115 · Girod-Chantrans, Op. cit., p · texte numérisé non relu

Girod-Chantrans, Op. cit., p

3. « Il y a au Gap [en 17881, 12.149 habitans : 2.738 blancs, 1.264 affran-

2.000 au Port-au-Prince \ et que, dans ces deux centres au moins, l'existence doit être autrement variée, autrement mouvementée, autrement agréable que dans le reste de l'île. Je suis ainsi amené à décrire la physionomie des « cités » à Saint-Domingue. Je l'avoue par avance, il n'y aura pas là de quoi me faire revenir sur ma thèse.

Assurément, en ces deux ports surtout, du Cap et du Port-au-Prince, les principaux de la colonie, la vie est plus imprévue, plus diverse, plus tumultueuse qu'ailleurs. Il serait superflu, en particulier, de dépeindre l'extraordinaire animation du Cap, où peu de jours s'écoulent sans amener plusieurs navires de France ou de la côte d'Afrique, où débarquent continuellement de nouveaux arrivants, où affluent « les gens de l'intérieur », qui y apportent les produits de leurs plantations. Mais cela veut-il dire que la vie matérielle et sociale soit là très différente de ce que nous l'avons vu être ailleurs? Il ne le semble pas.

De multiples descriptions et inventaires, — de la description de la maison Gentil, au Cap, par exemple, — il ressort tout d'abord que l'aspect et l'aménagement des habitations urbaines ne diffèrent pas sensiblement de ceux des habitations de la plaine -. Et le contenu répond

chis. 8.147 esclaves. » (Ducœurjoly, Manuel des habilans de Saint-Domingue, 1802, t. I, introd., p. clxviii.)

4. « Au Port-au-Prince, il y a [en 17S3], 1.800 blancs, 400 affranchis, 4.000 esclaves. » {Ibid., p. clxvui).

2. « La maison Le Gentil, au Cap, est composée d'une avant-cour, avec un grillage en bois peint, sur un appui de maçonnerie ; la porte est en grillage. Deux pavillons aux deux côlés font les encoignures de dedans, de 10 pieds carrés de maçonnerie avec I.jurs charpentes couvertes d'ais-

VIF, I:T MOKITIIS CllKdLRS 329

au contenant. Au dedans de ces demeuics, îuiI conl'orlal)le, en effet, nulle superfluiLé, nul arrangement de luxe. Cherchant à nous « représonlei' le lahleau mouvant d'une ville de colonie, d'une ville de Saint-Domingue », « on n'y voit point, écrit Malouet, on n'y voit point d'homme assis sur son foyer, parlant avec intérêt de sa ville, de sa paroisse, de sa maison, de ses pères ; on n'y voit que des auherges et des voyageurs. Entrez dans les maisons de ces hommes ; elles ne sont ni commodes, ni ornées. Ils n'en ont pas le temps, ce n'est pas la peine, voilà leur langage'. » Et ailleurs : « Dans les cités la commodité, la salubrité, remarque le même auteur, manquent, en général, aux locaux d'habitation, parce qu'on n'y met rien de ce qui peut plaire, séduire, attacher ; tous ne songent qu'à les quitter ;

santés. Ladite cour est fermée des deux côtés Est et Ouest d'un mur de S pieds de haut. Le corps do la maison est en bois de charpente palissade sur un solage de 3 pieds en maçonnerie, avec un perron de quatre marches régnant sur la façade de Tavant-cour.

« Cette maison est composée d'une salle de 21 pieds de largeur sur 27 de longueur. A droite, sont deux cabinets de 10 pieds carrés, dans l'un desquels est un escalier de charpente pour monter à une chambre haute; à gauche, sont deux chambres ou cabinets de 10 pieds sur 18 ; ensuite une chambre de 20 pieds carrés et une autre de 10 pieds sur 18 qui forme une aile en dedans de la deuxième cour, vis-à-vis laquelle est un salon de 12 pieds carrés : et, entre ladite aile et ledit salon, est un perron de 12 pieds de large avec plusieurs marches, le tout bien carrelé. Dans le haut, sont une chambre et deux cabinets ensemble de 21 pieds sur 27, et au-dessus de la salle, un grenier.

« Dans la seconde cour, allant au jardin, sont deux pavillons de 20 pieds carrés de maçonnerie, l'un servant de cuisine, l'autre d'office, attenant auquel est une chambre pour nègres de 10 pieds carrés sur 18, aussi en maçonnerie, un puits et une balustrade sur un mur d'appui et la porte du jardin, entre iesdils deux pavillons. Au delà, est une remise, et un jardin au bout duquel est un cabinet de commodité, le tout entouré de murs. » (A. M. G., Gorr. gén., Saint-Domingue, G", vol. CLVI.)

1. Malouet, Essai sur Saint-Domingue, dans Collection de Mémoires sur les colonies, t. IV, p. li'0-l:"îj.

chacun se hâte, se dépêche ; ils ont Tair de marchands dans une foire ^ »

D'autre part, l'aspect général des villes est-il vraiment de nature à justifier les enthousiastes descriptions de quelques auteurs contemporains de nous? « Au Cap, écrit Dubuisson, — à la fin du xviii^ siècle, qu'on le remarque, — les rues sont infectées par les eaux croupissantes des ruisseaux qui les coupent |transversalement... ; car, quoique pavée, la ville Fest si mal... Quant au Port-au-Prince, c'est une agglomération de cinq à six cents cases, la plupart en terrasses et n'ayant que le rez-de-chaussée, perdues dans une enceinte quipourroit comprendre 20.000 maisons. S'il a plu la nuit, vous ne pouvez marcher le matin dans les rues, d'une immense largeur, qui ressemblent à de grands chemins boueux et sont bordées de fossés où Ton entend coasser les crapauds. On les a recouvertes d'un tuf blanc et poreux, qui se gonfle au moindre grain, devient adhérent au pied et rend la circulation impraticable jusqu'à 10 ou llheures^ » «Le Port-au-Prince, confirme M. de Wimpffen, ressemble vraiment à un camp tartare''. » Et Moreau de Saint-Méry, lui-même, déclarant « que cette expression, pour avoir un peu perdu de sa vérité, ne peut pas passer cependant pour entièrement inapplicable ' », ajoute qu'en ce qui concerne le Cap : « Il est peu de villes, où il existe aussi peu de pohce. Les rues

Page 1