Ibid., vol. 136, p
jXÉGKESSES et MULATRESSE,
D'après une gravure en couleur de A. Brunias.
(BiblioUicque nationale, Cabinet des estampes).
broclu'S cL de bijoux, oL on no peut faire une plus sanglante injure à une mulâtresse que do lui arracher sa coiflure; elle est sacrée à ses yeux. Une clieinise de la batiste la plus fine, bordée d'une dentelle haute d'un doigt, cache à peine toute la partie supérieure du corps jusqu'à la ceinture... et dans l'intérieur, sur la poitrine, on aperçoit une masse de fleurs de toute espèce dont ces femmes s'emplissent le corsage '. » « Car elles aiment passionnément les fleurs, elles s'en parent, elles en tiennent dans leurs mains, elles en jonchent leurs têtes et les armoires où elles placent leurs vêtements, elles ont plaisir à en envoyer à l'objet qu'elles aiment, peut-être parce qu'elles savent, par leur propre expérience, que le parfum des fleurs éveille la volupté". »
Mais achevons la description de leur toilette. « Les manches de cette chemise, vêtement donc si indiscret, s'arrêtent au coude, qu'elles dépassent un peu en s'échancrant à la saignée ; plissées à petits plis, elles sont boutonnées à leur extrémité par des boutons en or massif de la grosseur d'une noix... Autour des reins est nouée une jupe en étoffe à ramages, à dessins Inrges et à couleurs criardes, quelquefois en madras et toujours très ample et très large par derrière, comme une robe à queue, et courte par devant... Par-dessus la jupe deux petites pochettes en toile de batiste brodées ou élégamment travaillées pendent à la hauteur des hanches... Pour compléter cette toilette, il ne faut pas oublier les bijoux qui sont toujours nombreux et volumineux : des bou-
1. Xavier Eyma. Les Femmes du Nouveau Monde, Paris, 1888, nouvelle édition, in- 12, p. 4!i.
2. Moreau de Saint-Méry. Notes historiques (A. M. G., F' 138, p. 258).
des d'oreilles en or massif, extrêmement épaisses et si lourdes quelquefois que leur seul poids déchire l'oreille, des colliers de grenat ou de corail, des broches, des épingles \ »
En quelques endroits, au Port-au-Prince, par exemple, ces «créatures» ont, comme guidon et comme enseigne, « de petits parasols avec des crépines d'or ou d'argent, garnis de cordelliëres, de cordes à puits, de graines d'épinards-» ; mais « les choses qui conviennent à toutes et en tous lieux, c'est cette démarche lente, accompagnée de mouvemens de hanches, de branlemens de tête, à la manière des chevaux enharnachés et panachés ; c'est le mouchoir à la main agité par un bras qui se meut le long du corps ; c'est l'habitude d'avoir presque toujours à la bouche un morceau de bois pour se frotter les dents" » ; et ainsi s'en vont-elles, fredonnant quelque refrain en patois créole, tel que celui que nous a conservé Moreau de Saint-Méry :
N'a rien qui dous tant comme la ville ! Vini longer coté moin.
Gnia point dans morne, ma chère, Gnia point des métiers qui doux.
Femme qui sotte ne sait com'yo sa fair, Ça fait à nous grande piquié ^ Comment toi vlé gagner cott j ^^ Si toi pas gagner l'argent.