Ibid., p
puisque les salles de spectacle ne sont fermées que pendant la quinzaine de Pâques*, qu'on y vient des plantations avoisinantes de cinq à six lieues, qu'en 1766, il y a trois troupes au Port-au-Prince ^ et que, pendant l'année 1787, la comédie de cette ville réalise 340.000 de recettes contre 280.000 seulement de frais '^
Il faut bien le dire, toutefois, une cause moins avouable de cette vie plus animée des villes, c'est la débauche, la débauche due principalement à la présence, à l'entassement dans ces villes, au Gap surtout, des mulâtresses, qui donnent aux rues, aux places, aux lieux de plaisirs, une physionomie vraiment pittoresque. Ces femmes vivent la plupart sans aucuns préjugés et spécialement sans aucune religion : Moreau de Saint-Méry note comme une chose tout à fait extraordinaire, qu'à la Martinique, au contraire de Saint-Domingue, beaucoup font leur première communion et se marient*. Et partout on les voit s'étalant en leur costume classique, « portant avec un art exceptionnel le madras étincelant qui orne leur tête. Cette coiffure, haute de six à huit pouces, étranglée au niveau du crâne, s'élargit dans la partie supérieure en forme d'éventail ; elle est très penchée sur l'avant, de manière à laisser à découvert tout l'arrière de la tête, en voilant presque entièrement le front jusqu'au ras des sourcils. Ce madras, assujetti aux cheveux par le moyen d'épingles, est surchargé de
1. Moreau de Saint-Méry, Note.i historiques... (A. M. C, F^ 1H3,
p. ii42).