LETTRE A M. LE COMTE D'OLONNE
celui-ci résolu, comme Sidias de mourir sur son opinion ; celui-là soutenant le parti de l'ignorance avec beaucoup d'honneur et de fermeté.
Tel était l'état de la dispute, quand un Prélat charitable voulut accommoder le différend; ravi de trouver une si belle occasion de faire paroitre son savoir et son esprit, il toussa trois fois avec méthode, se tournant vers le docteur, trois fois il sourit en homme du monde à notre agréable ignorant : et lorsqu'il crut avoir assez bien composé sa contenance, Digitis gubernoMtibus vocem^ il parla de cette force.
« Je vous dirai, Messieurs, je vous dirai « que la science fortifie la beauté du natuc< rel ; et que l'agrément et la facilité de « l'esprit donnent des grâces à l'érudition. « Le génie seul, sans art, est comme un « torrent qui se précipite avec impétuosité. « La science, sans naturel, ressemble à « ces campagnes sèches pt arides, qui sont
« désagréables à la vue. Or, Messieurs, il « est question de concilier ce que vous « avez divisé mal à propos ; de rétablir « l'union où vous avez jeté le divorce. La « science n'est autre chose qu'une parfaite <( connoissance : l'art n'est rien qu'une c( règle qui conduit le naturel. Est-ce, « Monsieur (s'adressant au Commandeur) < que vous voulez ignorer les choses dont « vous parlez, et faire vanité d'un naturel « qui se dérègle, qui s'éloigne de la per- « fection ! Et vous, monsieur de Beautru, « renoncez-vous à la beauté naturelle de « l'esprit, pour vous rendre esclave de prête ceptes importuns, et de connoissances « empruntées? »
— « Il faut finir la conversation, reprit « brusquement le Commandeur : j'aime « encore mieux sa science et son latin, que « le grand discours que vous faites. »
Le bonhomme, qui n'étoit pas irréconciliable, s'adoucit aussitôt : et pour rendre la pareille au Commandeur, il préféra son
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ignorance agréable aux paroles magnifiques du Prélat. Pour le Prélat, il se retira avec un grand mépris de tous les deux, et une grande satisfaction de lui-même.