SCÈNE II
SERISAYj CHAPELAIN, SILHON, BOÎS-ROBERT.
sERisAY à Chapelain.
Vous attendiez ici cette heure fortunée Où la Réforme enfin doit être terminée.
CHAPELAIN
Depuis plus de huit ans nous attendons ce jour
Où doit être réglé tout langage de cour.
Mais que les ignorants vont nous dire d'injures!
SERISAY.
Nous saurons mépriser de sots et vains murmures.
BOIS-ROBERT
Nous allons bientôt voir Un de nos mécontens, Résolu de se plaindre et de nous, et du temps.
CHAPELAIN
C'est Silhon irrité contre l'Académie, Et prêt à la traiter de mortelle ennemie.
SERISAY.
Et de sa haine encor quel est le fondement?
CHAPELAIN
Nous reformons un mot propre au raisonnement, Il laissera sans Or, tous discours politiques, Et n'écrira jamais des affaires publiques, Silhon est violent : s'il parle contre nous...
SERISAY
Monsieur le Chancelier calmera son courroux.
LES ACADÉMISTES
BOIS-ROBERT
Faut-il un Chancelier pour calmer sa colère ? Godeau m'a répondu d'entreprendre l'affaire : Il doit attaquer Or, que Silhon aime tant, Aussi bien que parfois^ pour-ce-que, et d'autant.
SILHON entre, A dire vrai, Messieurs, c'est une chose étrange : On a beau mériter honneur, gloire, louange. Affermir tant qu'on peut l'autorité des lois, Faire service à Dieu, travailler pour les Rois, Prescrire le devoir et du Peuple, et des Princes, Instruire un Potentat à régler ses Provinces, Il faut avoir l'affront de voir des esprits doux Gagner chez nos Auteurs plus de crédit que nous.
SERISAY.
Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on voitcette injustice,
BOIS-ROBERT
Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on a vu du caprice.
SILIION.
Les siècles, Bois-Robert, sont assez différens : On blâmait autrefois les hommes ignorans. La science aujourd'hui donne fort peu d'estime. En savoir plus que vous n'est pas un petit crime.
BOIS-ROBERT
J'aime les ignorans d'avoir tant de bonheur.
SILIION.
Vous n'avez pas manqué d'acquérir cet honneur.
SERlSAY.
Eh I pour l'amour de moi, finissez la querelle : Soyons, soyons unis d'une amitié fidèle.
Encor, monsieur SilhoD , de quoi vous plaignez-vous ?
BOIS-ROBERT
Un mot qu'on veut changer, lui donne ce courroux*
SILIION.
C'est un mot, il est vrai, mais de grande importance-
BOIS-ROBERT
On pourroit s'en passer bien mieux que de finance.
SILHON.
Il est pourtant utile, et le sera toujours. Or trouve bien sa place en de graves discours, En affaire, au Barreau, dans la Théologie, Or çst fort positif, et de grande énergie.
SERISAY.
Je vois venir à nous la sibylle Gournai!
Quel supplice, bon Dieu, m'avez-vous ordonné !
SILHON.
Elle mérite bien que vous fassiez cas d'elle.
BOIS-ROBERT
A soixante et dix ans elle est encor pucelle. SCÈNE III.