LA CAUSE DE SAINT ELZÉAR
Nous avons dit qu'en 1827, l'évêque Raymond Bot et les Aptésiens avaient présenté au pape Jean XXII une supplique pour obtenir la canonisation d'Elzéar. Quatre années seulement s'étaient écoulées depuis la mort du saint comte. Ce délai parut-il insuffisant pour une affaire de si haute importance? Le Souverain Pontife futil occupé par des questions plus pressantes? On l'ignore; mais la demande, quoique favorablement accueillie, resta pour le moment sans résultat.
En i35i, les Aptésiens, ayant décidé de faire de nouvelles démarches, s'imposèrent de deux cents florins d'or pour subvenir aux frais du procès, et députèrent l'évêque de Senez et Giraud de Simiane, baron de Caseneuve, auprès du pape Clément VI. En réponse à la requête de ces ambassadeurs, le Saint-Père chargea les évêquesde Carpentras et d'Uzès, avec l'abbé de Saint-Ruf, près de Valence, de prendre les informations utiles sur la vie et les miracles du comte d'Ariano. Au mois de décembre de la même année, les commissaires se réunirent dans l'église des Cordeliers d'Apt, où le notaire Ni-
KT LA UIKNIIKUKKUSE DELPHINK DK SIONR Io5
colas Laurency comparut en qualité de procureur des archevêques et év(}qucs des provinces d'Arles et d'Aix, ainsi que (ks barons et seigneurs des comtes de l'rovence et de Forcalquier. Ayant promis par serment sur les saints Kvangiles de ne rien déguiser, maître Laurency produisit pièces et témoins pour établir la vérité des miracles attribués au saint comte. L'enquête portait sur cent soixante-dix articles. Deux notaires, Jean Alègre de Cahors et Etienne Flonati du diocèsede Saint-Flour, travaillèrent, pendant près d'un mois et demi, à la rédaction du procèsverbal, qui fut présenté, en l'année i352, au Souverain Pontife. Ce fut dans cette circonstance que Delphine reçut audience de Clément VI, qui rendit un éclatant hommage à sa science théologique.
Le manuscrit du procès formait, d'après le P. Pag3% un volume de 476 pages. Après la canonisation il fut conservé d'abord dans le couvent franciscain d'Apt, d'où il passa ensuite dans les archives de la commune. L'abbé Ga3% continuateur de Borély, rapporte qu'il fut cédé plus tard à M. Sollier, vicaire général d'Avignon, et tomba, à la mort de ce dernier (i838), en des mains inconnues. Combien cette perte est regrettable, nous pouvons en juger par la supplique au pape Jean XXIL rédigée par Mayronis, où nous lisons que le tombeau du saint comte fut illustré par de grands et nombreux miracles, que des morts furent resouscités, des aveugles rendus à la lumière, des possédés déli-
lOG SAINT ELZÉAR DE SABRAN
vrés du démon et beaucoup d'infirmes guéris d'une manière surnaturelle (i).
A défaut du procès-verbal de canonisation, le P. Suyskens extrait de Raphaël quelques miracles, puisés vraisemblablement par celui-ci dans ledit procès, et dont Técrivain boUandiste cherche la confirmation dans le sommaire que possède la bibliothèque vaticane, sous le n°40i8. Malheureusement ce sommaire, d'une brièveté désespérante, ne donne souvent que des références au procès- verbal lui-même; parfois cependant il ajoute les dépositions des témoins. Citons quelques cas :
Raphaël rapporte que Béatrix Royne d'Apt fut atteinte et tuée par une pierre qu'avait lancée un jeune homme, ainsi que l'affirmèrent vingt-cinq témoins oculaires dignes de foi. Mais, après un vœu fait pour elle au saint comte par une vertueuse femme, nommée Bertrande, Béatrix revint à la vie, sans conserver aucune trace de son horrible blessure.
Que ce miracle soit relaté dans le procès de canonisation, la chose résulte clairement du sommaire dans lequel, au chapitre Des morts ressuscites, on lit ce qui suit : Sur l'article 47 qui commence ainsi : Iteyn Bcatrix, il existe un acte (instruinentum), folio 70, vers le milieu de la seconde page. De même, le vingt-sixième témoin, savoir Burgonde Sabaterie d'Apt, fol. 181,
i. .< Sunt mortui suscitati, Crieci illuminati,a dcemoniis obsessi libcrati, et quam plurimi infirmi praetor naturalem ordinem sanati. - [ActaSanct. S. Elz. 177.)
i:r LA niicNiiKUKEUsF-: dklpiiink dk signk 107
vers le milieu de la première pnp^e, dit dans sa déposition ciu'clle la vit morte, ainsi qu'on pouvait en juger par son aspect, et ensuite valide. On avait promis audit Saint de lui ofTrir le suaire, et elle vit revenir quelques personnes qui portèrent le suaire au Saint.
Do même, le vingt-septième témoin, savoir Guillelma Sabaterie, dépose qu'elle la vit morte, comme c'était manifeste. Elle entendit une Temme vouer la morte à saint El/éar, promettant de lui porter le linceul, ce qu'elle fit en effet, et au retour Béatrix fut trouvée vivante et en parfaite santé (1).
En i3-2(), dit encore Raphaël, vivait au village de Vachères, une enfant nommée Bertrande, dont le visage était presque déformé par une fistule des yeux. Béatrix, la mère, ayant entendu parler de la sainteté du comte d'Ariano, s'adressa à lui avec grande dévotion et promit, s'il guérissait sa fille, d'aller vénérer ses reliques et de lui oftVir une tête de cire. Bientôt elle se rendit à l'église de Vachères pour y confirmer son vœu, et, de retour à la maison, elle trouva sa fille parfaitement guérie, sans que le mal eût laissé la moindre cicatrice.
Dans le sommaire, l'enfant est nommée Ber-
I. «» Item vigesima septima testis, videlicet Guillelma « Sabateriœ, deponit quod vidit illam mortuam, ut « apparebat: et audivit quod quœdam mulier vovit «• eamdem mortuam sancto Elzeario, et quod deportaret « sibi sudarium suum : quod et fecit, et in reditu reperta « fuit viva et multum bene sana. » Sur quoi il existe un acte (instrumentum) fol. 70, page 2.