‹ Saint Elzéar de Sabran et la bienheureuse Delphine de SigneChapitre 25 sur 29 · MORT ET FUNÉRAILLES DE DELPHINE · texte numérisé non relu

MORT ET FUNÉRAILLES DE DELPHINE

Les dernières années de la comtesse d'Ariano ! furent des années de douloureuse maladie, sup- i portée avec une patience sans égale. «Ah! : disait-elle, si nous connaissions le prix des souf- ; frances, nous les achèterions au marché^ si ] c'était possible, comme on y achète les choses i précieuses, i Delphine était revenue habiter sa ; petite masure d'Apt, voisine du tombeau de son cher époux, et, sur son lit de douleur, elle > continuait son apostolat, comme du haut d'une i chaire éloquente, en même temps qu'elle se ! faisait lire TEcriture Sainte et surtout la Pas- ' sion de Notre-Seigneur. Vers la fin de l'année i36o, Fétat empira, et, aux yeux de cette ] chrétienne avide du ciel, l'heure de la déli- \ vrance prochaine parut comme une aurore 1 lumineuse. Deux jours avant sa mort, Tévéque | d'Apt, Elzéar de Pontevès, son parent, lui i apporta les derniers sacrements. '

Recueillons pieusement les paroles suprêmes i

de cette bouche sainte. A un prêtre de Vins, qui :

l'engageait à implorer le secours de son ange '

gardien et à chasser toute crainte, Delphine ré- !

pond avec calme: «Celui-làn'a rien à craindre qui !

s'en va dans la maison de son père. > Puis, dans '

i:t la iueniieui\i:use ukumunk de signb loi

sa filiale confiance, s'acircssant à ce Père céleste : « Domitic, dit-elle encore, Domine, aperi nobis. Seigneur, ouvrez-moi la porte de votre royaume, pour que j'y trouve le repos éternel.»

A tin de soutenir les forces de la malade, maître André, son confesseur, qui était à la fois prêtre et médecin, lui fit donner un oubli trempé dans le vin, puis lui demanda si elle ne voulait pas autre chose : « Non, répondit-elle, je ne veux plus rien que Dieu. » Sur ces mots, elle fut réunie à fobjet de son amour le 26 novembre i36o. Elle était Agée de soixante-dixhuit ans environ, et en avait passé trente-sept dans le veuvage.

Rien que Dieuî ces mots résumaient la vie entière de Delphine, car elle avait immolé à Dieu tout ce que le monde recherche et estime. Sa haute naissance jetait sur ses pas jouissances et plaisirs ; elle avait préféré le renoncement et la bonne souffrance. Ses richesses, elle s'en était dépouillée, après quoi on l'avait vue donner aux malheureux, même sur son indigence, et leur faire l'aumône fleurie du pauvre {aumorno fiourido), suivant la gracieuse expression provençale. Sa jeunesse, sa beauté, Delphine les avait consacrées au Seigneur, et maintenant le Seigneur était sa récompense magnifique, et les anges accueillaient comme une sœur cette àme angélique, en lui disant : € Venez, épouse de Jésus-Christ ; veni, sponsa Christi. > Et la terre elle-même retentissait de leurs chants d'allégresse.

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En effet, deux heures après sa mort, le corps de Delphine, revêtu de la robe franciscaine, fut transporté dans le monastère de Sainte-Catherine, et, à ce moment, un concert suave remplit les airs. Les témoignages, sur ce fait merveilleux, abondent dans le procès-verbal dressé en vue de la béatification. Le Frère Giraud Reybaud apporte ceux des PP. Albert Manent et Bertrand de CJermont, qui accompagnaient le corps. De son côté, Louis Manent, de la ville d'Apt, déclare avoir entendu de ses propres oreilles la céleste harmonie, ayant été présent à la translation.

A son tour, Marie d'Evenos affirme devant les commissaires apostoliques, que, le 26 novembre au soir, alors qu'elle se trouvait dans sa chambre, elle entendit, aussi bien que les femmes de sa compagnie, un grand nombre de violons. Supposant que la sérénade est donnée parles musiciens ordinaires de son mari, elle le fait appeler et lui reproche, en un jour de deuil pour la ville et pour leur maison, de se divertir comme si on était en carême prenant : « Je suis trop affligé par cette mort, répond Giraud de Simiane, pour l'oublier si tôt, et je serais le premier à châtier les insolents qui penseraient à se réjouir. » On s'informe auprès des histrions, et leur chef répond qu'ils n'ont pas eu l'idée déjouer, et ne l'auraient pas pu d'ailleurs, ayant laissé leurs instruments à Caseneuve. M. de Simiane ne s'en tient pas là, .et dépêche à la découverte son écuyer; qui par-

i:t I-V IUKNIIKUUKUSK DKLIMIINK DK Sir.NK 10.'^

court les rues de In ville snns trouver de musiciens. Miiitreset serviteurs, comprenant alors que l'harmonie est toute céleste, se mettent aux fenêtres, montent même sur les toits delà maison pour mieux en j(ajir.

Or, toute la ville accourait il la chapelle de Sainte-Catherine, afin de contempler les restes vénérés et de leur rendre hommage. La curiosité poussa une femme de mauvaise vie, nommée Guillemette, à suivre la foule. Elle entre, approche ses lèvres impures des pieds de l'angélique Delphine, et voilà qu'à ce contact purificateur, la pécheresse est transformée. Elle se repent, confesse ses fautes et les expie dans la suite par une vie nouvelle.

Présidées par Tévêque Elzéar de Pontevès, les funérailles se firent au milieu d'un immense concours, et les restes de la sainte comtesse furent inhumés dans la chapelle des Cordeliers, auprès de ceux d'Elzéar et de Garsende.

Un ancien tableau, placé maintenant dans la sacristie de la cathédrale, reproduit ces diverses scènes. On voit, au centre, la Bienheureuse dans son cercueil, et Guillemette lui baisant les pieds. De chaque côté sont groupés des Frères-Mineurs et des religieuses de Sainte- Catherine. Dans le ciel, les anges donnent leur concert, qui excite la surprise et l'enthousiasme des Aptésiens.

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