DEUXIÈME PARTIE
communes; c'est ainsi que de la tyrannie sort ordinairement la liberté. C'est au xii* siècle que commen- ' oèreat à se former, ou plutôt que furent légalement reconnues les premières communes dans les différentes parties de la France.
LâCS choses se passèrent en Aquitaine , sous les ducs de la maison royale d'Angleterre , comme elles se passaient dans le reste de la Gaule; là, comme ailleurs, se formèrent des communes, et entre autres celle de Saint-Émilion.
D est probable que cette commune s'organisa spontanément, et, pour ainsi dire, tout d'une pièce, puis se montra toute formée , et obtint des lettres de confirmation. L'acte le plus ancien que nous ayons pu découvrir où il en soit question la montre en effet comme déjà existante; c'est une charte de Tan 1 199 ^. Cette charte, émanée du roi Jean sans Terre ^, confirme la commune de Saint-Emilion et lui assure toutes les libertés et libres coutumes appartenant à une commune : (( Concessimus , et in^ praesenti carta nostra con- (( firmamus dilectis et fidelibus nostris burgensibus de (( âemelioo \ quod ipsi communiam habeant in villa
^ Vmr pièces justificatives, d* à^
} Cis même rgi Jean signa une charte À Saint-Émilion le 16 avril laiS. tTesIe me ipso, apud S. Emiiianum , 16 die apiilis, anno regni •Aostn XV. » ( Voir GalUa christ tom. II , instr. col. agi.)
' Dans Tidiome gascon , on dit encore Sen-MeUon. Dans un titre gascon du xiii* siècle, dont nous parierons bientôt, le nom de la même ville est écrit Seni-MeUon.
« de Semelion , cum omnibus libertatibus et liberis con- (( suetudînibus ad communiam pertînentibus. » Ainsi la commune de Saint-Émiiion , non-seulement existait , de fait , mais était légalement reconnue à la fin du xii" siècle ^
Or on sait que les droits et les avantages attachés généralement à Tinstitution des communes étaient de s'administrer elles-mêmes, d'après leurs propres lois et par des magistrats de leur choix ; d'avoir leurs milices particulières et leurs revenus propres. Nous verrons plus tard que Saint-Émilion posséda tous ces avantages.
Dès lors, selon toute apparence, ce lieu était entouré de murs et de fossés; du moins une charte de 1 2 2 A ^ parle de la clôture de la ville , clausara viUe Sancti'Emeliani. Or des fossés et des murs comme
^ M. Jouhannet a écrit que Henri II, Henri III, Jean sans Terre et les Edouards accordèrent à Saint-Émilion des privilèges, des immunités; et il prétend avoir retrouvé des chartes octroyées par ces princes dans les ai'chives de la commune; ils érigèrent aussi, dit-il, divers monuments à Saint-Émilion. . ,
Jamaislesrois d'Angleterre n'érigèrent de monuments à Saint-Émilion.
Henri II n'accorda point de privilèges et d'immunités à la commune , qui probablement n'existait pas encore de son temps.
Sans doute M. Jouhannet n'a parié des chartes de Saint-Emilion que par oui-dire ; on pourrait même soupçonner à quelle source il a puisé ses renseignements : c'est probablement dans une espèce d'inventaire conservé à la mairie du lieu , inventaire où les règnes et les dates sont étrangement dénaturés. Le fait est qu'il n'y a à Saint-Émilion aucune charte des règnes de Henri II et de Henri IIL'
^ Voir Recueil des ordonn, des rois de France, tom. XII, p. 817.