DEUXIÈME PARTIE
passés avec le verbe substantif ser, être. » Tout cela convient parfaitement à la langue gasconne. De ce côté-ci des Pyrénées on renipiaça aussi les cas par des prépositions; dans les verbes on suivit aussi en partie les conjugaisons latines, mais on abandonna le mode passif et on employa, pour le remplacer, les participes passés avec le verbe ser ou estar, être.
Les Visigoths, en Espagne, cédèrent la place aux Arabes , et la domination arabe introduisit quelques mots nouveaux dans la langue espagnole : ce fait ne peut être méconnu; mais il ne faut pas cependant lui donner plus d'importance qu'il n'en mérite , et que ne lui en donnent les philologues espagnols, a La langue latine altérée par les Goths , continuent les rédacteurs de la grammaire , souffrit (g^elque altération par suite de l'irruption des Arabes, l'an -71 4; mais comme les Espagnols commencèrent presque aussitôt à secouer le nouveau joug, à mesure qu'ils obtenaient des avantages, leur langue acquérait aussi des forces et de la cîulture. »
Le latin altéré par les Goths reste donc la langue ^e l'Espagne , après comme avant l'arrivée des Arabes.
En définitive , il résulte de tout ce qui vient d'être ^it , que les deux langues gasconne et espagnole sont ^œurs jumelles; elles sont nées des mêmes éléments ^^t se sont développées sur deux lignes à peu près l^arallèles. Tout doit aous porter à penser que, jos-
qu au viii* siècle au moins, elles fiirent à peu près identiques.
II. Anahgie du gascon et de l'espagnol au xjji' siècle. — Deux langues mal formées encore doivent nécessairement se modifier chacune à sa manière , et se Ion les circonstances particulières qui viennent influer sur leur marche. Si donc nous trouvons, en comparant la langue gasconne du xiii* siècle avec l'espagnol , non-seulement du même siècle , mais encore de nos jours, si nous trouvons, dis-je, que les deux langues conservent toujours une analogie complète, les mêmes mots , la même construction , nous devrons dire que les caractères généraux identiques qu'elles nous offrent tiennent à leur nature , à leur essence; et que les légères différences qu elles présentent sont l'ouvrage du temps et des circonstances.
Gomme il nous serait impossible de trouver une suite de phrases écrites dans les deux langues, à la même époque ,. nous transcrirons le commencement de la transaction passée entre la commune de Saint- Émilion et le vicomte de Fronsac, qui est la pièce la plus ancienne qui soit à notre disposition en langue gasconne, et nous traduirons cette même pièce en espagnol, en rapprochant autant que possible notre version espagnole de l'original gascon, et pour la tournure des phrases et pour les expressions. Nous emploierons même deux façons de parler irrégu-
lières, parce qu elles ont de même été eniployées dans l'original.