DEUXIÈME PARTIE
par Edouard I*', duc d'Aquitaine, au roi de France Philipe m, Sis de saint Louis.
« Nous avons appris que vous vous proposez d'apporter des changements dans Tétat de notre terre de Gascogne et dans les coutumes qu'on y suit; nous sommes prêts , si cette province a effectivement besoin de réforme dans ses coutumes ou autrement, à les effectuer conformément à vos désirs, et nous vous supplions de surseoir, quant k présent, à tous les changements que vous projetez, et d'écouter favorablement J. de Grailly, notre sénéchal de Gas* cogne, chargé d'expédier toutes les affaires dont vous devez prendre connaissance ^ »
Les mœurs, dans ce temps-là, étaient fortement trempées; elles se transmettaient d'un siècle à l'autre sans altération , parce que les frottements entre les populations étaient rares. H y avait, à coup sûr, moins de relations alors entre les habitants du* Bordelais et ceux de la Saintonge, par exemple, qu'il n'y en a aujourd'hui entre la France et l'Espagne. Voyez les coutumes du Bordelais; que font-elles autre chose que rappeler et sanctionner les usages anciens; que transm'ettre à l'avenir les mœurs du {>assé; qu'imposer à la nouvelle société ce qui se pratiquait jadis? On ne voit nulle part dans ces coutLiimes des usages abrogés ou présentés comme tom- «és en désuétude : les compositions, les duels, les
* Ap. Rymer, tom. I, part, ii, p. 191.
châtiments des enchanteurs, des sorciers, tout cela est de coutume , et tout cela est conservé. Quand les mœurs se complaisent ainsi dans leur permanence, il faudraitune action très-puissante pour les faire changer.
Enfin la langue latine reste toujours la langue des chartes; la langue gasconne reste la langue des actes locaux et la langue parlée dans le pays. Si quelques mots anglais se glissent de loin en loin dans cette langue gasconne, ils y sont excessivement rares, et ne s'y maintiennent que très-peu. de temps. Nous n'en avons rencontré, dans les actes anciens en langue gasconne, qu'un très-petit nombre, qui même ont disparu du gascon actuel : tels sont les mots arriota^, dispute, en anglais rioi; ar/ofo ^, femmes de mauvaise vie, en anglais harlots. Il faut en dire autant de quelques noms propres ou plutôt de quelques prénoms, celui de Tony, par exemple^ A cela près, la langue gasconne est toujours restée' ce qu'elle était, espagnole.
Il n'y eut donc presque rien de changé en Aquitaine par ce qu'on a appelé la domination anglaise; c'est qu'il n'y eut pas de domination anglaise , c'est que les Anglais ne dominèrent pas sur le pays; seulement le duc d'Aquitaine était en même temps roi d'Angleterre; ici il était duc, là-bas il était roi: voilà tout.
' Las custamas de la rila de Bordni , S cxx.
' Ihid. S XXVI.