DEUXIÈME PARTIE
et firanchises de la commune , à peu près dans les mêmes termes que l'avait fait Henri IV, son père. La charte octroyée par Louis XIII n exprime qu'im fait de plus que la précédente : c'est que la commune de Saint-Émilion avait déjà payé la finance à laquelle elle avait été taxée en conseil du roi, pour le droit de confirmation de ses privilèges et franchises , et , en effet, à la charte est jointe une quittance conçue en ces termes : « JPay receu des habitants de Saint-Émilion la somme de deux cents livres , à laquelle ils ont été taxés au conseil du roy, pour le droit de confirmation deub à sa majesté , à cauâe de son advénement à la couronne, pour les octrois, privilèges, foires et marchés dudict heu ^ » La quittance est datée du 1* juillet 161 5, et la charte du mois de septembre i6ao.
Cette même année 1 6 1 5, les guqrres de religion se ranimèrent , et produisirent quelque agitation , mais très-peu de troubles dans le Bordelais. Saint-Emilion, à ce qu'il paraît, en fut quitte pour quelques alertes. Nous devons à l'une de ces alertes des détails curieux &ur l'équipement militaire des bourgeois de la ville à ttette époque. Le ad juillet 1620 , le maire et les juc*àts de Libourne donnèrent avis au maire de Saint- Émilion qu'ils «faisaient guarde en leur ville, par c^mmendement de monseigneur le duc de Mayenne [rfors gouverneur de la province) et qu'il y debvait
^ Arch. de Saint-Émilion.
passer grand nombre de gens de guerre dans la juridiction. » Le maire assembla les jurats et les principaux bourgeois; et tous ensemble arrêtèrent que Saint-Émilion prendrait les mêmes précautions que Libourne, et que le premier jurât se transporterait près du duc pour recevoir ses ordres. Le duc répondit qu il engageait , en effet , les bourgeois à se bien garder, et qu'il les protégerait de tout son pouvoir*. Ordre fut donc donné aux habitants de la ville de monter la garde « en personne nuîct et jour, pourter armes à feu , comme aussi pourter l'espée au costé , le tout à peine de cinquante livres et de prison. » Les magistrats municipaux arrêtèrent aussi qu'ils se transporteraient uen maisons et domicUes de tous les habitants de la présent ville , pour faire inventaire des armes, poudres et aultres munitions de guerre qu'ils auront dans leurs maisons ^. » Dans cet inventaire, où paraît manquer un feuillet, sont recensés deux cent quarante-neuf individus possédant :
^ Voir un registre municipal des années 1574-1631; dates 25 et 28 juillet 1620.
' J. Dubosc, maire; J. Berthomieu, avocat; P. Grangier, H. Des-tieu, B. Simard, jurats; F. Barbot, J. Pipaud, S. Àndraud, avocats ^^ anciens maires; J. Sallat, F. Jourdan, J. Delabayme, J. Dymens^ J. Legrand,!*. Sarrails, A. Dymens, P. Bouquey, anciensjurats;D. Gua— det, clerc, prennent part à la délibération.
Parmi les individus recensés figurent : P. Dubroca, avocat; L. d^ Bonneau, J. Letard, M. Durbet, J. Reynaud, P. Voysin , avocat; H. Rul-^ ]eau, H. Gaburiaud, H. Gréau, J. d'Ipaigne, R. Barbot, J. Trapen^ P. Grasseval, H. Dupuy, H. Cosie, J. Guadiot, H. Biays, B. Trimoulet»
108 arquebuses à mèches; 8a arquebuses à rouet; 5 1 mousquets ; 26 carabines; 56 pistolets; 1 (iemi-mousquet.
Total : 3a4 armes à feu.
69 pertuisanes; 89 hallebardes; a 6 demi-piques; la piques; la javelines.
Cest-à-dire i58 armes d*hast.
Les boui^eois de Saînt-Emilion possé'daient encore seize cuirasses.
Du reste, ces armes étaient distribuées très-înégale- '^ont : deux cent une personnes seulement en possé- ^^ent; quarante-huit n'en avaient d'aucune espèce. ^vu les deux cent une personnes armées , quelques- ^^^^€8 avaient de petits arsenaux, tandis que d'autres '^ avaient pour toute arme qu'une pique. Par exemple,
^- Dopny, A. Amaudeau, M. Reynaud, P. Peguan, avocat; J. Biays, ^* Cuadiot, M. Chevalier, P. Guadet, J. de Labat, M. Chevalier, "^^ Êérthomieu, A. Lavau, H. Vidau, J. de Saintgens, chirurgien; P. La- ^^, juge; J. Boursault, tailleur; M. Boisnart [sic)^ A. Desèze, P. de ^"•^taye, M. Limouzin, P. Deiescure, G. Guadet, maître-chirurgien; '^* Dezèse, avocat; P. Berthomieu, avocat, etc. etc.
174 SAINT-ÉMIUON.
on trouva chez le maire deux arquebuses à rouet, un demi-mousquet, trois pistolets , une perluisane', une javeline et une cuirasse. Le lieutenant royal déjuge de Saint-Émilion possédait deux corps de cuirasse, une pique, une demi-pique, un mousquet, trois arquebuses à mèche, deux hallebardes et une pertuisane. . Des prêtres mêmes étaient armés de toutes pièces; ainsi le chanoine théologal du chapitre avait un mousquet, une arquebuse à rouet, une carabine et un pistolet; le chanoine-aumônier, deux mousquets, une arquebuse à mèche et une pertuisane. Ceux qui n'avaient pas d'armes en proportion de leurs moyens devaient en acheter ; ainsi Jehan Legrand , qui possède déjà un. corps de cuirasse, une salade et une pertuisane, sera obligé d'avoir encore un mousquet; J. Martin possède une javeline , il y ajoutera une pique; enfin tel autre ne possède qu'une hallebarde, et on n'exige de lui rien de plus. Quant aux quarantehuit individus sans armes, il leur fut enjoint de s'en procurer, et toujours proportionnellement à leurs moyens : maître Estienne Desèze aura un mousquet; maître Jehan d'Ipeigne, vicaire, un mousquet, tandis que Arnaud Anthoine et Marc Mestayer auront seulement une pique chacun , Johannot une demi-pique.
L'alerte donnée à Saint-Émilion n'eut, à ce- qu'il paraît, aucune suite.
La guerre civile amena l'année suivante Louis XID dans le Bordelais : aux premiers jours de juillet, ce roi.