VNE MISSION A PARIS — ÉPURATION DE LA COMMUNK
Puisque Javogues n'avait pas réussi, il fallait tenter autre chose.
Aussi bien, je Tai dit plus haut (1) Girard (de l'Aude), le 27 nivôse (16 janvier), deux jours après le départ de Javogues, avait annoncé avoir reçu de TElatl .500.000 livres, pour la fabrication des armes et il avait ajouté que des sommes < plus considérables » allaient suivre bientôt. La Commune pouvait donc, devait même emprunter à la Manufacture pour assurer l'alimentation des ouvriers. Il ne restait plus qu'à courir les marchés, trouver le grain. On avait des commissaires : on les relança.
A ce moment, on tenta la réalisation d'une idée émise quelques fois, quelques fois examinée : obtenir des comités de la Convention, le classement de la ville au nombre des places de guerre que l'Administration avait, en ces circonstances, le devoir de tenir approvisionnées, comme en présence de l'ennemi. Le paradoxe était soutenu par celte considération que Saint-Etienne était la source importante de l'armement de la République et qu'on s'exposait à la trouver tarie si les ouvriers étaient obligés de courir la campagne à la recherche de leur pain.
La Commission des Armes et le représentant Girard décidèrent d'envoyer à Paris une délégation (2) pour obtenir la mesure qui eût été le salut. C'est sur un ordre de Girard que le District donna 1.000 livres pour les frais de mission (3). La Commune s'associa peut-être à ce projet, mais je ne vois pas de délibération.
On choisit pour délégués Fauriel de la Commune, Catelan et Desgrands du Comité révolutionnaire. Ces deux derniers me sont peu connus. Catelan était instruit (4). La délégation partit aussitôt. Le 27 nivôse (16 janvier), Fauriel préside la Commune; au procèsverbal suivant du 5 pluviôse (24 janvier), il est absent pour ne plus reparaître que le 9 floréal (28 avril).
Je dirai plus loin ce que je sais de cette mission (5). Le classement de Saint-Etienne, comme place de guerre, était-il bien le seul mandat de la mission? Très émus des conséquences que pouvait avoir la courte mais violente dictature de Javogues, les municipaux ne sentaient-ils pas la nécessité de dégager leur responsabilité? On verra plus loin que dès les premières lettres échangées entre Fauriel et la Commune, il est dit que celle-ci (n a été indignement
(1) Voir page 326.
(2) Voir la séance de la Commune du 25 pluviôse (13 février).
(3) District 21 ventôse (Il mars).
(4) UneleUre de lui est conservée dans les papiers de Fauriel à Tlnstitut.
(5) Voir le paragraphe XXI F de ce chapilre.
KKTES DÉCADAIRES — THEATRE 403
persécutée et calomniée par la malveillance et l'aristocratie 2> ; on verra aussi que Fauriel y a témoignait la plus grande inquiétude t>. Je reste convaincu que les délégués eurent mandat, non de dénoncer Javogues, mais de faire savoir que la municipalité Tavait subi plutôt que servi.
Aussitôt après le départ de la mission, les municipaux sentirent la nécessité de faire consacrer leurs pouvoirs par le corps électoral de ce temps : la Société populaire où les amis étaient réunis.
Le 7 pluviôse (26 janvier) sous la présidence du représentant Girard, le peuple procéda « à Tépuration » de la Commune. Tous les municipaux furent jugés assez purs, pour être maintenus. Piaud fils qui, avec le titre de !SubslUut exerçait les fonctions de Procurew* de la Commune, fut nommé Agent national. Il ne conserva pas longtemps cette fonction. Dans une lettre datée du 26 pluviôse (14 février), les municipaux écrivent à Fauriel :
Nous t'annonçons avoc bien de sntisfnclion que le peuple de celle commune a rendu justice à tes lalenls, à tes verlus el à Ion patriolisme en te nommant à la place vacante d'Agent national.
Je ne vois pas que le District ait été (n épuré ». C'est, sans doute à ce moment qu'il s'en alla, rue Neuve, dans la maison Neyron, prendre la place de Javogues. Il y fut attiré par une installation plus spacieuse et peut-être par le souci d'y veiller aux dépôts de papiers ou d'objets saisis qu'on venait d'y accumuler. Il quittait les bâtiments de l'Hôpital qu'il avait eu, en juin 1793, l'intention d'abandonner.
Des fêtes de l'importance de celle du 10 nivôse, ne pouvaient être souvent renouvelées ; mais les cérémonies de la décade furent continuées longtemps : hébertistes jusqu'en floréal, plus ou moins spiritualistes jusqu*au commencement de Tan III où elles furent délaissées, puis méprisées par le mouvement réactionnaire.
Le programme était toujours un peu le même : réunion à la Société populaire (1) où on entendait les lois parvenues pendant la
(1) Eglise Saint-Louis.
décade écoulée; formation en cortège, en procession ; prorae&ade en ville avec quelques facéties devant les arbres de Liberté et, enfin, banquet et bal civique, au temple de la Raison (1).
C'est l'église Notre-Dame qui vit ces amusements patriotiques où les Sans-culottes des deux sexes se réunissaient jusqu'à onze heures ou minuit. Un délibération de la Commune du 3 ventôse (21 février), ordonne qu'une inscription soit placée 4c sur le portail » du <( temple y> pour indiquer sa destination nouvelle et aussi qu'un drapeau tricolore flotte sur le clocher. Le clocher des Minimes (la Commune) eut aussi son drapeau. L'orchestre des bals décadaires était composé de quatre violons payés chacun trois livres à Texception de Stieglitz qui, en qualité de c maître > en recevait cinq.
La population — il est à peine besoin de le dire — restait indifTérente. On voit la municipalité faire, à chaque décade, des appels sans résultat appréciable. Les municipaux ordonnent que les rues soient balayées devant le cortège, ce qui autorise à croire qu'elles ne l'étaient pas les autres jours. Le i"^^ floréal, on motive cetle mesure de propreté par une comparaison de philosophie polilique :
On le faisoit aulrcfuis pour des grands qui êloicnl tfùs petits et souvent, par leurs vices, récume de la terre.
L'appel du 20 pluviôse (8 février), convie les gens aisés à apporter « quelques bouteilles de vin pour égayer les danseurs Sansculottes ». L'appel du 30 est d'allure galante : on « espère que les jeunes citoyens et citoyennes s'empresseront de se mêler au cortège ». L'appel pour le 10 ventôse (28 février) annonce le mariage du prêtre Julliard (2) :
Citoyens,
Vous êtes prévenus *que nous célébrons aujourd'hui, suivant l'usage, la félc décadaire qui est bien autrement intéressante pour des républicains que toutes les momeries sacerdotales qui signaloient jadis le dimanche.
Que tous les citoyens et citoyennes s'empressent d'accourir à cette fête dans les élans de la joie et dans les étreintes de la douce fraternité. Plus de haines, plus de divisions entre les patriotes ; les républicains sont tous frères et tous les ressentiments particuliers doivent se confondre dans l'amour de la Patrie.
La fête sera couronnée par le mariage d'un ci-devant prêtre qui a renoncé au charlatanisme religieux pour servir la Révolution. Nous espérons que vous applaudirez à ce grand acte de philosophie et de patriotisme qui doit écraser le monstre hideux de Ja superstition.
(1) Eglise Notre-Dame.
(2) JuUiard François âgé de cinquante ans épousait Claudine Vemardet âgée de vingt ans. Voir page 3i9.
L'on se rassemblera au rendez-vous ordinaire auprès de la maison commune à deux heures après midi.
Le décadi, 10 veniôse de l'an 2«.
Vive la République 1
Ces appels au public deviennent une habitude : on dit c la proclamation décadaire » (!•" thermidor-19 juillet).
Le 18 floréal (7 mai), sur Tinitiative de Fauriel, les bals furent officiellement supprimés :
Sur la réquisition de TAgent national^ le Conseil général arrête que les bals décadaires seront suspendus jusqu'à ce que le comité d'instruction ait présenté, dans un rapport ex prés, les moyens de les faire servir à un délassement honnête ou qu'il ait indiqué le moyen de les remplacer par un autre genre de délassement qui ne compromette point la morale publique.
On peut supposer que € la morale publique » avait été un peu compromise.
La suppression des bals n'entraîna pas la suppression des fêtes. Le 49 floréal (8 mai), Tappel pour la cérémonie du 20 est pressant : on ne peut se dispenser d'être à la fête civique c sans se ravaler au-dessous des brutes ^, Le 30, on éclaire ceux qui ont cru qu'il n'était plus de fête sans contredanse et sans violon : on réorganise, ce sera mieux.
L'efTet produit sur la population par ces cérémonies de barrière est bien indiqué dans le récit de Morel : on attendait la punition céleste qui ne pouvait manquer de frapper les impies. Morel sait bien que des filles qui dansaient toutes les décades sont mortes percluses et muettes et que celles qui ne sont pas mortes font triste figure.
On se tromperait si on jugeait que ces fariboles aient répondu à quelques convictions chez des stéphanois. Quelques individus un peu lettrés mis à part comme Arnaud, CouUet, tous ces braves Sans-culottes, signant à peine et très mai, sans y comprendre grand chose, suivaient la mode et ne demandaient qu'à ne pas dévier de l'orthodoxie républicaine qui leur en faisait voir de belles! Quelques mois plus tôt, ces Sans-culottes étaient fort catholiques. Après le 10 août 92, une demande de fêle funèbre, faite à la Commune, porte les signatures des avancés : Gauche, Courbon, les deux Gonon, etc. ; or cette demande dit expressément : « Il est nécessaire qu'à la face des autels nous adressions des vœux ardents au Dieu des armées pour la prospérité de cet empire >.
Mais, quelques semaines en avant, en novembre 93, les municipaux nommés par Javogues n'avaient-ils pas décidé de renouveler
le vœu des consuls et de placer la ville sous la protection de la sainte Vierge? (V. plus haut, page 149.)
La simplicité d'esprit de ces ignorants est incontestable.
Que les populations aient été impressionnées un instant *? Je n'en crois rien. Partout où elles échappaient aux regards de Tautorité, elles suivaient le penchant de leurs vieilles habitudes et même sans esprit de protestation. Pas seulement dans les campagnes, mais dans les villes. Sur ce point une prescription de la commune de Montbrison est explicite :
5 nivôse ("25 diVembre 93 — NutU).
Sur l'avis donné à la Miinicipalilé que l'on célêbroit la fesie de Noël ce qui est une contravention à la loi qui n*admet d'autre feste que celle de la décade,
Klle arrête que de suite sera fait et aniché un placard portant injonction à tous marchands de tenir leurs boutiques ouvertes et defîenses à tous citoyens de célébrer autres festes que celles de la décade aux peines de droit.
4 pluviôse (23 janvier M).
. . . Les marchands se permettent de fermer leurs boutiques d'autres joui-s que celui de la décade; ils vendent publiquement à un prix supérieur à celui de la taxe...
Ainsi, à Montbrison, on manifestait en Thonneur de Noël et des dimanches au moment où la bourgeoisie venait de payer une douloureuse contribution à Téchafaud, au moment où on attendait Javogues et même alors qu'il venait de s'y montrer à nouveau plus irrité que jamais, gardé par Tarmée révolutionnaire parisienne! N*est-on pas assuré que dans les communes rurales la manifestation était bien autrement générale et empressée ?
Il me reste à ajouter un dernier trait à cette pénible histoire. Eu même temps qu'on poursuivait ceux qui chômaient le dimanche, on obligeait de chômer le décadi. Pour contraindre les armuriers (le plus grand nombre des ouvriers à Saint-Etienne) à travailler le dimanche on invoquait — assez jésuitiquement — le salut de la Patrie. Le 18 brumaire (8 nov.) le Comité de Salut public avait donné la règle. Après avoir constaté que les chômages s'étendaient aux décadis, aux dimanches et aux fêtes, le Comité avait arrêté que les ouvriers des forges, mines, ateliers, arsenaux et autres établissements, employés directement ou indirectement à la fabrication des armes et de l'artillerie pour la défense de la République ne pourraient être distraits par l'observation d'aucun culte, ni par les cérémonies d'aucune confrérie, religion, association quelconques. Tous ces ouvriers étaient considérés comme appartenant à l'armée. Le Comité dit :
Il serait honteux qu'ils obseiTassent des fêles et des dimanches lorsque leurs frères d'armes, en face de l'ennemi, versent, tous les jours indistinctement, leur sang pour la République.
Il faut cependant lire entre les lignes que si les ouvriers ne doivent pas être c distraits t^ pour la célébration du dimanche, ils devaient l'être pour celle du décadi. A Saint-Etienne, comme partout, le chômage du décadi était une preuve de civisme qu'on ne tarda pas à exiger. Le 20 ventôse (10 mars), la Commune prévient ceux qui ne chômeront pas le décadi qu'ils seront « notés comme « suspects et ennemis de la République ». Le curé de Saint-Héand Alexandre Montagnon et sa servante Catherine Lagé furent écroués le 30 ventôse (20 mars), prévenus d'avoir conseillé le chômage du € ci-devant dimanche » aux gens de la paroisse parmi lesquels bon nombre d'armuriers. Le District motiva ainsi l'ordre d'arrestation :
29 ventôse (19 mars).
Considérant que c'est attaquer la Liberté et se rendre coupable envers la République que d'empêcher secrètement la fabrication des armes par des menées sourdes et les ouvriers de travailler pendant les jours que la superstition avait consacré au culte de ses idoles.
Pour la célébration du décadi, les Comités de surveillance envoyaient des missionnaires dans les campagnes. Barge dit que, de Saint-Chamond, on en envoyait à La Valla :
Les membres du Comité de surveillance venaient tous les jours de décade pour obliger les gens à chômer ce jour-là, et les dimanches pour s'opposer aux exercices religieux. Ils couraient par les champs pour verbaliser contre ceux qui osaient entreprendre quelque travail le jour de décade.
C'était une confusion lyrannique. Les gens de campagne ne savaient que devenir.
Pour les fêtes du culte qu'on inaugurait, on eut, à Saint-Etienne, l'idée d'une installation spéciale, quelque chose pouvant permettre une réunion-concert, l'exécution d'un programme où se succéderaient l'orateur civique et la chanteuse avec accompagnement d'orchestre. On utilisa l'église des Minimes, siège de la Société populaire, toute retentissante des clameurs des élections à la Convention nationale. Le 14 nivôse (3 janvier), à la suite d'une adjudication, on confia à Jacques Moulin menuisier, pour 877 liv., la construction de gradins qui devaient permettre d'assez importantes réunions.
L'église avait la disposition qu'elle a encore, la façade exceptée. De chaque côté, le long du mur de la nef, contre les arcatures des
4G8 FÊTES DÉCADAIRFS — THÉÂTRE
chapelles qu'ils obturaient, des gradins étageaient cinq bancs de 60 pieds de longueur (20 mètres) (1). C'était pour la salle entière 600 pieds (200 mètres) de bancs, près de 400 places. Tels étaient la précipitation de Javogues (2), son zèle, que, adjugé le 14, le travail était réclamé pour le décadi suivant, c'est-à-dire le 20 nivôse (9 janvier). Pour encourager l'entrepreneur, on lui donnait une prime de dOO iiv. et le droit de réquisitionner les ouvriers qu'il jugerait utile d'appeler à son aide. Ce n'est cependant que le 27 pluviôse (15 février) qu'il fut procédé à la réception de cette cbarpenterie par l'ingénieur Busson qui accorda à Jacques Moulin 268 Iiv. de majoration (au total 1.145 Iiv.)
Cette dépense fut acquittée par le District réservant son recours à la Nation parles considérants qui suivent :
16 floréal (5 mai 9\).
Considérant que les rebelles lyonnois, loi-s de leur invasion dans celte commune ont brisé les tables, bancs et chaises et autres meubles qui garnissoient les quatre appartements où les différentes Sec! ions de la Société populaire de cette commune lenoient leurs séances ;
Considérant qu'il existe un décret qui ordonne que le lieu des séances des Sociétés populaires qui auront été dévastés par les rebelles ou autres ennemis de la République seront rétablis aux frais du Trésor national...
On verra que, peu après, on allait imaginer de faire payer les dévastations par les contre-révolutionnaires sur les fonds de la taxe de Javogues.
Pendant l'exécution de ces travaux, un plus vaste dessein avait été conçu : utiliser le chœur pour une estrade formant scène; au bas, on pourrait placer un orchestre. Le devis daté du 25 pluviôse (13 février) exigeait 2.018 Iiv. On y relève celte indication : l'adjudicataire « démolira avec soin le mur en marbre qui sépare la nef du chœur et il en transportera avec soin les matériaux en un lieu désigné ». Quelle valeur artistique avait ce « mur en marbre » qui pouvait être de la création du couvent?
Sur les dessins qui accompagnent le devis, on voit la disposition de l'estrade : elle occupait tout le chœur ; elle était élevée d'un peu
(1) Les chapelles, séparées par des murs, restaient condamnées ou avalent dû être reliées par des l)aies ouvertes dans ces murs mêmes. Les tombeaux, les édilices funéraires qui y étaient alors (des Saint-Priesl notamment) étaient-ils déjà démolis ?
(2) Un arrêté que Je cite plus loin dit que ces travaux ont été commandés par Girard : je ne puis m'empéclier de croire que Girard ne fut là que l'exécuteur des désirs de Javogues.
plus de deux mètres (7 pieds) ; son plancher, un peu incliné en avant (9 pieds au fond), était couvert de bancs, avec un passage dans l*axe. Sa façade — la rampe de la scène — était ornée d'une barrière de bois, bâtie à claire voie, en carrés et en losanges alternés. On y arrivait par deux escaliers latéraux qui, d'un large accès central, s'en allaient à droite et à gauche vers des paliers d'où, en longeant les murs du chœur, on montait à l'estrade. Entre les escaliers, au bas de la rampe, l'orchestre.
Le 28 prairial (16 juin), sur les fonds de la taxe révolutionnaire, on paya à un menuisier, Dacier, 2.617 liv. pour la construction de cette installation scénique. Un arrêté du District du 7 prairial (26 mai) attribue au représentant Girard la responsabilité de la dépense et indique les raisons qui en motivèrent l'imputation sur les fonds provenant d'une taxe payée par des contre-révolutionnaires amis des Lyonnais:
Considérant que toutes ces dépenses ont été nécessitées par les dévastations et spoliations qu'ont faites les rebelles lyonnois dans le lieu des séances des Sociétés populaires de celte commune lors de leur incursion dans ces contrées ;
Considérant que ces constructions ont été ordonnées par le citoyen Girard...
Au moment même où ces travaux s'achevaient, les fêtes décadaires changeaient de rituel : les cérémonies du culte de TEtre suprême et des vertus civiques remplaçaient les fêtes du culte de la Raison. Cette installation inutile allait devenir — très modifiée — le Théâtre municipal pendant le Directoire, le Consulat et l'Empire jusqu'en 1810 où on rétablit la chapelle pour le collège inauguré dans les bâtiments des Minimes (1).
(1) En mars 1798, le 14 ventôse an VI, la Commune fut saisie de la demande d'un citoyen Kloquenmnn qui désirait continuer l'exploitation des spectacles publics par lui commencée dans la « ci-devant église ». Kloquemaini avait déjà fait des installations et réparations pour 8.879 liv. La Commune traite : « Kloquemann jouira de la salle de spectacle qu'il a construite à ses frais dans la ci-devant église des Minimes, pendant la durée de quatorze ans » jusqu'au l*""" vendémiaire an XX. On donne à l'entrepreneur de spectacles, gratuitement, à charge d'entretenir Timmeuble, Téglise, le chœur et les quatre chapelles au Midi. La Commune se réserve les quatre chapelles au Nord pour y faire, le long de la rue du Chambon, à la liautcur du premier étage une salle de réunion avec façade et balcon sur la place l'escalier d'accès étant prévu dans l'une des chapelles ainsi réservées. Le silence gardé sur les trois autres chapelles du rez-de-chaussée implique un ein[iloi différent. La Commime se réservait encore de disposer de la « sallo de spectacle » hors des heures de représentation, pour les fêles publiques, nationales, etc.
Les considérants méritent d'être rapportés :
« Considérant que l'entreprise du citoyen Kloquemann offre de grands avan- « tages à la Commune sous les rapports de l'agrément et de l'utilité publique
Il est à peine besoin d'indiquer que le budget des cultes sombra dans le tragique carnaval de frimaire à pluviôse. Ni le premier, ni le second semestre des traitements et des anciennes pensions ne furent payés. On verra plus loin comment ce service fut repris.