‹ Saint-Etienne et son district pendant la RevolutionChapitre 137 sur 220 · LA GRANDE LETTRE DE JAVOGUES A CILLOT D'HERBOIS · texte numérisé non relu

LA GRANDE LETTRE DE JAVOGUES A CILLOT D'HERBOIS

Feurs, 22 pluviôse (10 fév.).

Citoyen cuUègur,

Je suis occupé à recueillir le reslanl de l'argeulerie pour nie rendre de suite à mon poste» S'il y a une ville coupable, c'est lloanne. Je t'envoie un échantillon de sa scéléralesse : tu verras comme Paris est traité (1). Je suis occupé à recueillir d'autres pièces que je ferai imprimer. C'est un autre Chalon-sur- Saône.

Dorft;ui|le a établi la contre-Révolution à Commune-d'Armes. Dans le temps tpie j'y étols, j'y avois un peu rétabli Tabondance. Le pauvre Girard, cpii a des vues droites, mais cpii s'est laissé mal entourer, n'y a rien fait du tout. Les riches en ont tiré bon parti ; pendant que le peuple mouroit de faim, les riches lui ont fait planter, dans* la maison contre-révolutionnaire de Neyron, des arbres, des ifs où il y avoil des inscriptions à sa louange. I^ Société populaire n'est composée que de riches. Pignon et Chovet sont meneurs. L*iui est praticien ei-devaut persécuté qui aime l'argent et qui cherche à se marier richement, et l'autre est un ouvrier qui aime mieux un plat de poisson que de pommes île terre.

Le .soii des patriotes est à plaindre ; partout ils sont vexés et persécutés, partout le peuple meurt de faim. Les riches sont soutenus puis.sanmicnt dans la Convention. Ceux de Roanne, de Villefranche, voudmient bien perdre le pauvre l^palus, qui a fait arrêter, pour sa part, 1.200 contre-ré vol uthnmaires, à qui on impute des vols et qui est dans la plus extrême misère. Autun qui devroit fixer les regards de la Convention a été méprisé. I^ Convention a accoixlé des sursis en faveur des royalistes de Roanne.

J'ai ramassé plus de trois cents chevaux. Qu'en faire ? Je crois qu'ils seroicnt ti*ès utiles dans les armées du Nord.

Je l'adresse le citoyen Vial qui a fait le siège de Lyon avec moi ; il t'exposera la nii.s4>re du pays, le bouleversement de Commune-d'Armes qui a été tout à coup changé par Dorfeuille. J'ai fait arrêter et ronduire à Communc-Atlranchie le nommé Perier, secrélaire du représentant Girard, employé dans le biu'eau de Ja Maison-Commune durant le siège de Lyon. Il avoit dit que si les Lyonnois gagnoient, il faudroit faire attacher les patriotes en croix au seuil de l'Iiaque maison.

]<a misèi*e est extrême ; tous les départements refusent de donner des grains. (,hrallon.s-nous devenir ? Sous peu de jours je serai à Paris.

Salut et fraternité. Javogues.

J'aurai tieaucoup de renseignements à te donner.

Visiblement, Javogues n'a [)lus le sens droit. Il entretient Collet d*Herboisd*une chronique locale qui devait forcément faire douter de lui. Il est perdu dans sa fièvre de bataille à ce point que des énormités lui paraissent choses simples : « Ce pauvre Lapalus qui afait arrêter, pour sa part, i.200 contre-révolutionnaires ! »

t Sous peu de jours je serai à Paris ». Javogues ne croyait pas dire aussi vrai.

(I) n s'agit d'une adresse des Roannais à la Convention au lendemain du 31 mai. J'ai ciié les passages qu'incrimina Javogues dans cette adresse : Tome I, p. 499. -

Page 1