COL'THON CONTRE JAVOGUES
COUTHÔN CONTRE JAVOGUES
La proclamation de Javogues parvint à Couthon aussitôt : avant sa réception au Comité de Salut public.
Il en fut vivement touché : à ce point qu'il se crut obligé de relever publiquement Toutrage, de la tribune de la Convention.
Le 20 pluviôse (8 février) il saisit T Assemblée. Avec une modération hautaine, il vint se plaindre de «r ce méchant hommes» qu'était Javogues, exposer, réfuter les imputations calomnieuses et prendre la Convention à témoin. Son succès fut très grand. X deux reprises, Thuriot, qui lit son éloge, fut couvert d'applaudissements. Par décret, la Convention rappela impérieusement Javogues et annula son arrêté.
Je ne puis ni*empécher de remarquer qu en lisant les alinéas de la proclamation où il est personnellement incriminé, Couthon — à en juger par le procès-verbal — passa sous silence les assertions qui auraient pu impressionner. Il lit : « Tu as la perfidie, Couthon, de i( renvoyer l'apurement des comptes nombreux des Comités de (( Salut public de Montbrisé, d'Ambert, de Sainte-Foy par devant (( les administrateurs de ton département, tes créatures, etc. » ; il oublie de lire : « par devant les administrateurs du Puy-de-Dôme « qui avaient éiéy ou membres du Comité, ou commissaires, ou « étapiers, en un mot tes créatures, comme si le désin*éressemenl « et Vintégrité n'eussent pas dit te prescrire de faire apurer des « dépenses aussi énormes et aussi compliquées devant toute autre « administration que celle qui était ton ouvrage y>. Il est apparent que l'omission supprime les motifs de l'accusation qui se trouve, là, résumée.
Un peu plus loin^ Couthon lit : « Tu voulais sacrilier à la ven- « geance des riches les zélés jacobins »... au lieu de : c< Tu voulais « sacrifier à la vengeance des riches, à la haine des prétendus <( pa(rîofe?s (iu jour, les zélés jacobins»... L'incidence omise rend vraisemblable une accusation qui, sans elle, ne porte pas.
Voici d'ailleurs le procès-verbal :
COUTHON CONTRE JAVOGUES 507
Séance du 20 Pluviôse.
Cou t hou, Ja viens dénoncer à la Convention nationale un imprimé atroce publié parle représentant du peuple Javogues qui se maintient en Commission contre le vœu de la loi et exerce avec la cruauté d'un Néron des pouvoirs qui lui sont retirés.
Je savois bien que ce méchant homme me calomnioit, me dilTamoit, me déchiroit de la manière la plus horrible par des propos que je méprisois autant que lui ; mais je n'aurois jamais cru qu'il eût porté Taudace jusqu'à imprimer et pmclamer partout, dans son caractère de représentant, que j'élois Veiinetni le plus dangereux du j)euple el du pauvre^ Vami, le prolecteur déclaré des vonire-récolutionnaires et des riches égoïstes, un monstre qui savoit cacher habilement ses projets liber ticides, qui mériloit mille et mille fois d*être étouffé.
L'ennemi du peuple et du pauvre ! moi qui depuis que je me connois, n'ai l>eiisé, parlé, agi et senti que pour le peuple et le pauvre ! moi qui ai déjà perdu au service du peuple la moitié de mon corps et qui lui sacrifie tous les jours avec tant de plaisir Tau Ire moitié. Ole plus infâme des calomniateurs ! être aussi vil que féroce ! puisque tu veux que je sois Tennemi de mon pays et de mes semblables, articule donc ce que j'ai fait contre, ou plutôt dis ce que je n'ai pas fait pour eux.
Quoique je vous ai nommé Javogues et moi, ne croyez pas cependant citoyens, qu'il ne soit ici question que d'une querelle d'individu à individu ; 8'il ne se fût agi que des eiïets d'une de ces petites passions qui se sont quelquefois mêlées à nos discussions et leur ont fait perdre le caractère de grandeur et de dignité qu'elles doivent avoir. Ton me rendra la justice de croire que je n'en aurois pas entretenu la Convention.
Mais l'on ne doit jamais oublier que lorsqu'un patriote, qui a fait ses preuves est persécuté et outragé, c'est la République qui l'est dans sa pei'sonne. Il y a entre le patriote et la République identité parfaite qu'il faut maintenir pour \v salut des deux. La Hépubli({ue est le corps dont les patriotes sont l'àme.
Je ne tiens point à la vie ; j'en ferois sans efl'ort le sacrifice si le bien de ma patrie l'exigeoit ; mais l'honneur et ma réputation me sont plus précieux et je ne souffrirai pas qu'on cherche à nie les enlever impiniémenl. L'on m'a connu depuis que j'existe, dans ma vie publique conmie dans ma vie privée, j'ose le dire, pour un homme de bien, ami passionné de la Liberté et de ses semblables ; j'invoque à cet égard, le témoignage de tous ceux qui m'ont suivi dès ma plus tendre enfance. Je ne mérite pas d'autre réputation; mais celle-là est une pi*opriété que je défendrai jusqu'au tombeau : c'est le seul héritage que je puisse transmettre à mes descendants ; ils le recevront, je l'espère, pur et intact comme je l'aurai conservé.
Il faut bien prendre garde au reste qu'il existe un système bien connu de diffamer les aiuis les plus purs et les plus ardents du peuple ; afin que le peuple, trompé |»ar ce moyen perlide leur relire sa contlance et que les Mrélérats qui auront préparé ce malheur puissent ensuite nous en amener sans obstacle, de plus grand encore.
Javogues a con^u encore un autre projet qui ne fait que fortitter le premier et qui doit avoir les mêmes résultats: c'est de soulever son département contre le mien, c'est damier ces deux départements limitrophes l'un contre l'autre, c'est de provoquer à force d'atrocités quelque acte ostensible d'une juste indignation qu'il appellera un acte de révolte contre la puissance nationale