‹ Saint-Etienne et son district pendant la RevolutionChapitre 141 sur 220 · FIN DE L'HÉBERTISME — RÉACTION · texte numérisé non relu

FIN DE L'HÉBERTISME — RÉACTION

I. Détente. — Meaulle ù Saint-Etienne. — Administrations c épurées i. — Johannot accusé. — II. La municipalité de Just Fromage. — Les municipaux rétribués. — III. L*armée de Javogues licenciée ; la gendarmerie augmentée. — IV. Girard (de l'Aude) parti. — La Manufacture au printemps de Tan H. — V. La prison de la rue de la Ville au 3 ventôse (21 février). — VI. Les écrous à la prison de la rue de la Ville du !•' ventôse (19 février) au 13 messidor (l»*" juillet). — VII. Les sorties de la prison de la rue de la Ville du 1*' ventôse (19 février) au 13 messidor (l*** juillet).

— VIII. Les mises en liberté jusqu'en messidor. — IX. Les biens séquestrés. — X. L'enquête sur Pignon. — XI. Javogues et Couthon se retrour vent. — XII. Les secours aux k patriotes opprimés ». — XIII. Le demimillion de la taxe de Javogues. ^ XtV. Les dernières sentences à Lyon.

— Les condamnés de Saint-Etienne. — XV. Chute des hébertistes. Contre-coup à Lyon. ^ Les représentants à Lyon remplacés. — Reverchon et Dupuy. -~ XVI. Fin de la just,ice révolutionnaire dans la région. — Le Tribunal criminel de la Loire. — XVII. Lapalus et Duret condamnés à mort. — XVIIl. Sentiment d'une réaction possible. — XIX. Epilogue de la mission de Javogues. — XX. Fauriel agent national. Son organisation de la Commune. — XXI. Une Société populaire à Valbenolte.

DÉTENTE — MEAULLE A SAINT-ÉTIENNE ADMINISTRATIONS « ÉPURÉES » — JOHANNOT ACCUSÉ

Le rappel de Javogues fut pour la région, de Roanne à Saint- Etienne, un extraordinaire événement, capital, une fin de régime. La joie fut grande partout; d'autant que la mesure, inattendue, paraissait frapper le tyran en plein triomphe. On eut l'illusion que le pourvoyeur de Téchafaud parti, tout serait à peu près fini et qu'on allait sortir du mauvais rêve... N'avait-on pas, d'ailleurs, fermé le prétoire ensanglanté de Feurs ?

5i4 DÉTENte — meàullb: a sAiNT-értENi^Er

L6 citoyen Puyforéal, ofûcier municipal, n'a pas eu le même bonheur, plusieurs membres lui ayant reproché qu*il n*avoit pas la confiance.

Le peuple Ta rejeté I

Après cette décision la demanfle a été faite au peuple pour qu'il choisisse, dans sa sagesse, un successeur au citoyen Johanqot ex-maire.

On a proposé deux candidats qui ont été les citoyens Desvemeys Talné et Just. Fromage marchand de rubans.

Après répreuve de censure, le peuple a voulu, pour remplir les fonctions de maire de la commune, le citoyen Just Fromage, marchand de rubans. En conséquence, au milieu des applaudissements, il a été proclamé maire.

A la place de Puyforéal, le peuple a nommé le citoyen Grangonnet notable.

On passe après cela à la censure des citoyens notables.

Le peuple a choisi ceux désignés ci-après : Tournier forgeur, — Enneroond Luzier, — J. Verrier, — L. Roux, — Brunon, — Gonon, — Perret, — Chovin, — Pupil, — Lhospital, — Dulours, — F. Garde, — Chapelle, — Ponceton flls, — Bonnel, — Javelle, anciens notables.

Michel neveu remplacera Poujols ; — Gabriel Royet remplacera Peyronnet; — Jacques Soleil à la place de Grangonnet ; — Antoine Vemey et Antoine Egallon pour remplacer ceux qui manquoient.

Cetle épuration finie, le peuple assemblé a passé à l'épuration des autres corps constitués (1).

Le peuple ayant fait toutes les épurations et choix sous la surveillance du citoyen Meaulle représentant du peuple, on a proclamé au milieu des applaudissements et des cris réitérés de Vive la République ! les membres choisis et épurés. 4

La séance a été terminée par use invitation que le représentant Meaulle a faite au peuple de maintenir la Révolution et les engage à être toujours bien !unis pour déjouer toiis les complots que les ennemis de la République trament continuellement .

Une hymne chantée en l'honneur de la mère des François, la Liberté, a terminé entièrement cette intéressante séance.

Qu'étaient cess faits inciviques x> reprochés à Johannot ? Impossible de savoir. A coup sûr aucun de ceux que les adversaires de la Révolution lui reprocheraient aujourd'hui ou lui ont reprochés. L'assemblée électorale qui conservait sa confiance à Vital Âvanturier^ l'un des derniers juges de Feurs, ne pouvait reprocher à Johannot son zèle à poursuivre les contre-révolutionnaires. Ce sont d'autres reproches qui furent faits. Les expressions employées ce beaucoup de faits inciviques » n'indiquent rien ; nulle mention plus vague. C'était un acte incivique de siéger à la Commune sans bonnet rouge ; c'était un acte incivique d'avoir oublié à son chapeau la cocarde tricolore, etc., etc.

Sans aucune preuve, je suppose que l'un des faits qui lui furent reprochés fut l'arrestation de i'or^vre Revier. Je dois le rapporter.

(1) Cette partie du procès-verbal ne figure pas au registre de la Commune.

DÉTENTE — BtEAÙLLÉ A ÔAIKT-ÉtIENNÈ 5^

L'orfèvre Revier Barthélémy était souvent employé à des expertises de poids et d'estimation des objets précieux saisis ou donnés. Le procès-verbal du District du 12 pluviôse (31 janvier) apprend que cette administration étant à la recherche d'une horloge pour son bureau, Revier en indiqua (n une très bonne dans une des maisons séquestrées i^y qui était la maison Neyron ; l'un des administrateurs fut aussitôt délégué pour faire transporter ladite horloge au District et la délibération dit : c il prendra avec lui le citoyen Revier». Deux jours après, le 14 pluviôse (2 février), Revier était écroué à la prison de la rue de la Ville <l par ordre du citoyen Girard représentant du peuple d. Que s'était-il passé ? La lettre suivante adressée à Javogues par Revier le jour même de son arrestation (1), nous l'apprend :

14 pluviôse (2 février).

Citoyen représentant,

La présente est pour l'assurer de mon respect et de mon attachement et pour te dire que je suis victime aujourd'hui de toutes les semonces qu'a reçues de toi Je citoyen Johannot qui s'est imaginé que c'étoit moi qui t'avois dit tant de choses contre lui, comme ii me voyoit tous les jours dans ta chambre et que j'ai eu le malheur de combattre devant toi son projet et ses plans de forge sur la place.

Voici le fait pour lequel je suis dans la maison d'arrêt.

Les administrateurs m'ayant fait appeler pour peser de l'argenterie, ils me demandèrent si je leur procurerois une pendule. Je leur dis : Voua en avez une chez Neyrotiy il faut la lever du scellé. Ils me répondirent : Il n^'y en a point. Je leur dis : J'en ai vu une dans la chambre de Neyron ; même on m'avoit dit que Johannot Vavoit portée chez lui ; maiê il l'a rapportée. Donnez-moi le$ clefs et nous irons la chercher avec un administrateur. Nous y sommes allés et ne l'ayant pas trouvée, le citoyen Chorel (2) l'a fait demander à Johannot ; de quoi il s'est formalisé et a fait contre moi les rapports les plus indignes.

Citoyen représentant, je viens te prier d'avoir la bonté d'écrire pour moi au citoyen Girard ou au Comité de surveillance, ou au citoyen Johannot pour qu'il veuille oublier l'inconséquence que j'ai eu de rapporter ce qu'on m'avoit dit.

Tu m'obligeras infiniment. Revier, orfèvre.

Une histoire comme celle qui est ici rapportée suffit pour établir le soupçon et, par conséquent, ternir la réputation politique la mieux établie. Nous sommes trop peu informés pour juger et le dire de Johannot ne nous est pas connu. Mais, à prendre le récit de Revier, de quoi s'agit-il ?

Revier a vu dans la maison Neyron une pendule : on lui a dit que Johannot l'avait « portée )» chez lui, mais il affirme que Johannot l'a

(1) Archives de la Loire.

(2) Chorel la Plagny, du District.

6i(î DÉTENTE — IIEAIlLE A SAINT-ÉTIENNE

« rapportée ». Il ajoute qu'il est prêt à aller la chercher ; il y va et ne la trouve plus. Il n'émet pas la supposition que Johannot l'ait emportée une seconde fois ; mais le membre du District, Chorel, réclame à Johannot qui se récrie et fait contre son dénonciateur c les rapports les plus indignes » le traitant sans doute de calomniateur. Revier n'insiste pas. Il voudrait même que Johannot oubliât son « inconséquence », la faute qu'il a commise en rapportant très légèrement ce qui lui avait été dit. Il prie Javogues d'intervenir pour faire oublier l'histoire.

Cependant, deux points sont précisés: Revier a vu la pendule ; il ne l'a plus retrouvée. On peut soutenir que Revier n'est peut-être coupable que d'avoir, maladroitement et sans preuve, divulgué le détournement. . . Tenter d'expliquer serait peine perdue. La pendule a*t-elle été vraiment enlevée? par qui? pourquoi? Impossible de répondre, ni pour accuser, ni pour disculper Johannot.

Ce qui le disculpe, c'est l'impression des témoins. Je tiens pour assez peu que le représentant Girard, le 14 pluviôse (2 fév.), ait fait écrouer Revier (1) qui — sur ses excuses — fut mis en liberté le 16 (4 fév.). Mais, après l'incident, Johannot resta à la mairie près d'un mois. Mais, le représentant Meaulle devant qui, le 9 ventôse (27 fév.), on reprocha à Johannot « beaucoup de faits inciviques », n'hésita pas, le lendemain, 10 (28 fév.), à appeler Johannot à l'administration départementale. Mais ses collègues du Département n'hésitèrent pas à l'appeler à la présidence peu après, en messidor (juillet).

Il est d'ailleurs à remarquer que, sous des prétextes divers, bien des jacobins furent poursuivis, vers la fin de l'an II et le commencement de l'an III, alors que Johannot ne fut l'objet d'aucune mesure.

On peut donc affirmer que l'accusation de Revier — si elle fut rendue publique et si elle donna lieu à des reproches — ne fit aucune impression sur l'esprit de ceux qui, par situation, durent apprécier les faits.

B). Le District.

Le procès-verbal de la Société populaire — en ce qui concerne les autres administrations et les magistratures — ne m'est pas connu. Au registre du District, je relève :

Dans la séance populaire de cetle commune tenue le 9 ventôse, où étoit le citoyen MeauUe, représentant du peuple, et envoyé dans ce département pour

(1) Voir le registre d'écrcu de la prison de la rue de la Ville. «

DÉtENTÉ '— MEAULLE A SAlNT-ÉTIENNE 517

faire épurer les diverses aulorilés constituées, le peuple, lors de la censure sur les administrateurs du District, voulut pour président le citoyen Foujols, médecin, à la place de Misson qui est ingénieur du déparlement et qui, par la loi, ne peut posséder ces deux emplois ;

Il conserva dans leurs places les citoyens Chorel vice-président, Voyiier^ Paret et Fontvieille pour le Directoire ;

Pour le Conseil, il conserva également Antoine Fontvieille, Nicolas Desvetifieys, Taulieux, Leclerc, Bajatxl^ Grandjean et Lacroix;

Pour agent national, le citoyen Laforest fut continué.

A Commune-d' Armes, le 12 ventôse Tan deux de la République française.

Pour extrait : Jourjon-Robert, secrétaire,

La rentrée aux afTaires du docteur Foujols au lendemain du rappel de Javogues est une preuve nouvelle de son patriotisme républicain el de sa modération. Sa présidence du District fut très effective.

C). Le Dépmitement.

Le lendemain de la séance de la Société populaire, le 10 ventôse (28 février), Meaulle réorganisa par arrêté Tadminislration départementale et y appela Johannot et un citoyen Durand, de Chandieu (1). Le Département enregistra mention de l'arrêté le 10 ventôse (6 mars) et ce même jour les deux nouveaux administrateurs furent admis après leur serment.

Vital Avanturier qui sortait du Tribunal révolutionnaire de Feurs fut aussi appelé au Département par un arrêté qui ne m*est pas connu.

Le Département, sous la présidence de Gaulne, départit ses travaux de la manière suivante :

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