RÉTRIBUÉS
C'est le 12 ventôse (2 mars) que Johannot quitta la Commune, remit officiellement ses pouvoirs et déposa sur le bureau la clef de la caisse où dormaient les assignats et les titres de la Taxe de Javogues.
Le nouveau maire, Just Fromage, était à Lyon au moment de son élection. 11 était marchand de rubans. On peut le juger de caractère conciliant, sans énergie, incapable de décision, plutôt timoré. Il est clair qu*il eût mieux aimé cent fois refuser une tâche aussi lourde, mais qu'il n*osa. Le 26 ventôse (16 mars), quinze jours après son élection, il fit parvenir son acceptation et sa promesse devenir bientôt. Un mois plus tard, ce maire malgré lui n'était pas encore venu. Le 24 germinal (13 avril), les Officiers municipaux ses collègues lui écrivaient :
... Si tu t'en rappelles, cependant, il s'esl écoulé trois décades depuis que tu nous a donné par écrit l'assurance formelle et positive que, dans six jours au plus, tu viendrois paiiager les travaux de tes collègues.
Nous attendions de jour en jour Teffet de ta promesse, au moins à cette époque, et lu nous obliges de te rappeler, pour la troisième fois, les devoirs que t'impose ta place et la confiance de tes concitoyens, devoirs auxquels, on seroit tenté de le croire, un fonds de pusillanimité seule a pu l'engager à te soustraire ; et la pusillanimité, tu le sais, est un crime dans un magistrat du peuple, et la pusillanimité n'approche jamais du cœur d'un magistrat du peuple sans compromettre la chose publique.
Courage, union et fermeté, ce sont là .les ancres salutaires à Taide desquels, nous, magistrats du peuple, devons fixer le vaisseau de l'Etal au milieu des tempêtes et, jusqu'à présent, il ne nous paroit pas que tu te sois beaucoup empressé de remplir cette tâche républicaine, vu l'isolement dans lequel tu vis par rapport à nous depuis plus d'un mois. Tes collègues sont républicains, ils te dévoient la vérité et, quoi qu'il leur en coûte, ils le la disent toute entière.*
Reviens donc au plus tôt...
Ces sévères appréciations n'étaient pas pour venir à bout de la c pusillanimité » du pauvre maire. Bien qu'il connût l'absence de
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l'agent national Fauriel qui, lui aussi, ne revenait pas de Paris, il résista encore par force d'inertie. Le 0 floréal (28 avril), quand Fauriel prit possession de son siège, le maire n'était pas là encore. Il ne vint que le 18 floréal (7 mai), plus de deux mois après son élection !
Les Offlciers municipaux étaient, à coup sûr, des patriotes énergiques et résolus ; mais, privés de leur maire Johannot, ils semblent un peu désemparés. La tête fixement obstinée n'est plus là. Elle est remplacée par une faible tète très accessible à toutes les voix et peut*ètre apeurée. Que Fromage n'ait pas osé entrer dans la bataille et ne s'y soit résolu qu'à toute extrémité, c'était tout le cou* rage civique dont il était capable.
Je veux dire ici comment les municipaux furent rétribués.
C'est à la séance du l*"*" nivôse (21 déc.) qu'on parla pour la première fois de rétribuer les municipaux : ils devaient c se livrer tout entiers à leurs fonctions :». On fit, ce jour-là, une pétition qui resta sans effet. Reprise sans plus de succès à la séance du 10 pluviôse (29 janvier), elle fut, en partie, résolue à la séance du 29 (17 fév.). A ce moment, on est d'accord qu'il faut au moins indemniser les Officiers municipaux « pauvres ». Le !•' ventôse (19 fév.), Vernay- Vial et Grangonnet sont envoyés à Lyon pour obtenir la sanction des représentants qui la donnent, en effet, pour tous les Officiers. Sans désemparer, de nouveaux délégués, Johannot le maire et Bonnet notable, font une nouvelle démarche et obtiennent sanction pour les notables.
C'est conformément à cette décision que, le 15 ventôse (5 mars), il fut payé à Johannot 35 livres pour dix jours d'administration (3 livres 10 sols par jour). Ce payement doit être l'appoint d'un solde; car, l'indemnité avait un effet rétroactif. Le 7 prairial (26 mai), il est alloué à Fauriel, sur sa demande, 525 livres représentant l'indemnité à lui due pour l'exercice de sa fonction du 1*' brumaire, jour de son installation au 1" germinal suivant (22 oct.-21 mars), soit 150 jours à 3 liv. 10 sols.
La mesure fut, par la suite, continuée. Le 26 prairial (14 juin), Fauriel figure sur un état qui lui attribue 315 liv. pour l'e^tercice de sa fonction en germinal, floréal et prairial (90 jours à 3 1. 10 s.) et, enfin, le 19 fructidor (5 août), il lui est payé 238 liv. pour 68 jours de fonctions échéant le 8 fructidor (25 août), date de sa nomination au Tribunal du district.*
De ce que je viens de dire, il résulte que du 1*' brumaire aa 8 fructidor, Fauriel perçut 1.078 livres à titre d'Officier municipal
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ou d'agent national. A celle indemnité, il ajouta, pendant quelques mois, un traitement de « Commissaire ordonnateur des paiements de la Ck)mmission des armes ». Fauriel n'était pas seul à bénéficier d'un emploi rémunéré ajouté aux fonctions publiques indemnisées. Johannot, en même temps qu'il était maire, était aussi « Directeur de la Commission des armes i^ et recevait déjà, à ce titre, un traitement (ou indemnité?) de 250 livres par mois. Mais ces cumuls étaient si apparemment suspects à l'opinion que, dans la séance du 10 pluviôse (29 janvier), quand il fat question de rémunérer le maire comme les officiers municipaux, Johannot offrit à la Commune d'abandonner son poste de Directeur (250 liv.) pour accomplir son devoir de maire avec la maigre indemnité prévue (105 liv.). Ce sont les municipaux qui l'invitèrent à conserver sa Direction et à cumuler par conséquent.
Les arguments donnés en faveur de la rétribution des municipaux étaient déjà ceux qui sont encore donnés de nos jours : on les connaît.
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