‹ Saint-Etienne et son district pendant la RevolutionChapitre 157 sur 220 · X... est-il auteur ou complice de cette conspiration · texte numérisé non relu

X... est-il auteur ou complice de cette conspiration

Le jury répondit affirmativement pour les 19 accusés suivants : Chaumelte, — Tévêque Gobel, — Diilon, — Grammont père, et Grammont fils, aides de camp de Ronsin, — Simond, l'ami de Fabre d'Eglantine, — Beysser qui avait défendu Nantes, — Lacombe, — Lacroix, — LapaluSy — Lebrasse, — Barras, — Ernest Bûche, — veuve Hébert, — veuve Camille Desmoulins, — Lambert, — Lasalle,

— Dxirety — Rameau.

Il répondit négativement pour les sept autres : Lambin, — Barbe,

— Dumas, — Chenaux, — Prangey, — Bereytler, — Chardin.

En conséquence, les premiers furent condamnés à mort, les autres acquittés.

Au jugement, Duret est nommé le treizième : et Lapalus le dixhuitième ; l'un et l'autre qualifiés comme à leur interrogatoire, c'est-à-dire pour Lapalus :

Jean-Marie Lapalus âgé de vingt-six ans, natif de Matour district de Cliarolles, dépailement de Saône-et-Loire, assesseur du juge de paix de Thizy, commissaire du Comité de Sûreté générale de la Convention, juge de la Commission révolutionnaire de P'eurs, demeurant ordinairement à Mardore, district de Villefranche, département de Rhône-et-Loire.

C'est du Tribunal sans doute et le jugement à peine prononcé que Fouquier-Tinvilie adressa ce billet à Henriot commandant de la place.

Paris, ce 24 germinal.

Citoyen, comme il y aura une exécution sur les quatre heures de relevée de ce jour, je t'invile à donner des ordres pour qu'il y ait une force armée nécessaire en cet

Salut et fraternité. A. Q. Fouquier.

Le dernier mot manque à ce billet écrit à la hâte.

Lapalus faisait, pour son compte l'expérience de la justice rapide qui était dans ses rêves. Son exécution et celle de Duret, qui semble un étranger promené en cette lugubre aventure, sont bien de véritables assassinats juridiques. Les deux exécutés étaient sans doute peu intéressants ; leur mort appelle sur eux quelque pitié. C'est une étrange ironie du sort que celte condamnation à mort de deux Sans-culottes exaspérés, présumés coupables d'avoir voulu rétablir la monarchie, avec la complicité de gens qu'ils rencontrèrent au prétoire et dont ils ignoraient certainement l'existence ! . Le jugement est signé de Uumas, Foucault, Masson et Denizot, juges.

SENTIMENT d'uNE RÉACTION POSSIBLE

L'exécution des Hébertistes, quarante jours après le rappel de Javogues, fut, dans la Loire, la démonstration évidente que la politique révolutionnaire était bien définitivement condamnée. Les populations catholiques en reçurent cette impressionque lespér-' sécuteurs de l'Eglise, les fauteurs de sacrilèges, déjà, avaient été châtiés. Le procès de Pignon ne devait pas peu contribuer, dans le district de Saint-Etienne, à répandre cette opinion que l'épreuve touchait à sa fin puisque l'impiété était punie.

La chute des Dantonistes ne pouvait donner la même impression : elle fut un incident de la violente politique de la Révolution ; elle ne parut pas, comme celle des Hébertistes, la fin d'un système. L'admiration pour Robespierre parait, d'ailleurs, avoir été grande dans les Sociétés populaires. J'en ai un témoignage pour Saint- Etienne. Soviche écrivait à Marcell in Beraud lel4germinal(3avril) :

J'ai reçu avec plaisir le rapport de Saint-Just ; j'y vois briller le génie de Robespierre et l'éloquence de Cicéron. Je ne puis me lasser de lire cet ouvrage.

4e n'idolâtre pas les hommes, mais j'idolâtre la vérité. Qu'elle t»st belle quand elle est aussi bien peinte et avec tant de simplicité ! A ces traits, on ne peut la méconnoîlre.

Je t'aurois des obligations infinies si tu me faisois passer les pièces de ce genre qui sortent de la Convention (1).

(!) Communiqué par M. Michel, marchand de soies.

604 SENTIMENT d'uNE RÉACTION POS59IBLE

Tant d'enthousiasme devait traduire une pensée assez commune parmi les Jacobins stéphanois. Mais, je le répète, la mort de Danton n'intéressa pas le peuple. Cest l'exécution des Hébertistes, à la suite du rappel de Javogues et de l'arrestation de Pignon, qui fut considérée comme la fin d'un régime qu'on détestait.

Et, dans les campagnes, on se demandait déjà pourquoi, Javogues étant parti et Pignon sous les verroux, on ne revenait pas au culte, pourquoi les curés n'étaient pas réinstallés dans leurs paroisses. On l'espérait et l'espérance prit vite le caractère d'une certitude. La fête de Pâques fut généralement chômée et, malgré tout, dans les villes même, on mit ce jour-là les vêtements du dimanche, les vêtements neufs qu'on a étrennait » (1).

Le calendrier républicain était aux yeux des simples la marque officielle de l'impiété des pouvoirs publics. Après la chute des Hébertistes, le bruit courut qu'il allait être abandonné et la rumeur prit une lelle importance, fut si générale, que la Convention ellemême, intervint. A Lyon, les représentants Nfeaulle, de Laporte et Reverchon prirent un arrêté véritablement méchant et odieux, mais bien rédigé pour ne laisser aucune incertitude.

Il était précédé d'une proclamation aux deux départements du Rhône et de la Loire (2).

27 germinal (16 avril).

Oui, le fanatisme reparoit avec sa tête hideuse et hypocrite. l\ avance avec ses armes ordinaires. Toujours précédé du mensonge, de la fourberie et de la dissimulation, il insinue d'abord que le calendrier républicain est proscrit, qu'il doit être remplacé par les faux almanachs et par leurs prophéties insensées. Il prétend ramener ainsi ses liturgies stupides, ses rubriques ridicules imaginées par la fourberie des prêtres. Déjà, certains jours dont le souvenir devroit être passé ont été marqués par la suspension des travaux champêtres et par la parure affectée de quelques femmes.

Qui donc oseroit tenter de replonger les François dans les ténèbres de la superstilion?... ]

Et après avoir rappelé ce qui avait été dit à la Convention :

(1) C'est l'explication d'une phrase de la proclamation des représentants citée quelques lignes plus loin : « Déjà, cerlains jours dont le souvenir devroit être passé ont été marqués par la suspension des travaux champêtres et par la parure affectée de quelques femmes ».

Il est sur qu'il ne s'agit pas là d'un dimanche ordinaire et que la « parure affectée » vise l'exceptionnelle toilette des jours de Pâques. Pâques, en 1794, élait le 23 mars (3 germinal).

(2) Papiers du Comité de Salut public.

Malheur à ceux qui, après un averti^^sement aussi formel, déserteroient les temples consacrés à la Raison, pi*ofaneroient les fêles décadaires. Ils seroient, ajuste titre, soupçonnés d'incivisme et de conspiration. . . *

L'arrêté réalisait la menace.

Art. l". — Toute personne qui fera circuler des faux bruits ou des décrets supposés sur la suppression du calendrier républicain sera saisie et mise en état d'arrestation pour être punie suivant la rigueur des lois.

2. — Seront pareillement arrêtés ceux qui interrompent les travaux de Tagriculture, les exploitations des mines, des* salpêtres, des établissements publics et les fabrications d'armes, comme suspects de complicité dans les projets de l'étranger.

De pareilles menaces ne pouvaient apaiser les esprits. Pouvaientelles réduire les opposants déjà audacieux? Impossible de le supposer. Le combat s'engage en une obscure équivoque. Contre les Sans-culottes, désavoués et presque poursuivis par le Gouvernement, les opposants peuvent maintenant se réclamer d'un patrietisme officiel. Aussi, en certains lieux, les rancunes se manifestentelles déjà redoutables. Avoir été autour de Javogues, de Pignon, c'est être au nombre des ennemis de la République; c'est être de la faction Hébertiste. C'est au nom de la République que les persécutés vont courir sus à leurs persécuteurs.

Quelques incidents témoignent, à mon sens, que le mouvement, dans le sens de la réaction fut plus profond qu'on ne supposerait.

Le premier intéresse le royaliste Nicolas Courbon-Ravel, dit de Montviol. En rapportant la participation à la révolte des Sections et de la Municipalité stéphanoises, j'ai eu l'occasion de citer quelques fois le nom de Nicolas Courbon. Il avait été président de la Section aristocrate de VEgalilé du le"" juillet au 8 août, c'est-à-dire pendant les jours où les compromissions coupables s'accomplirent et il avait eu, dans ces événements, une grosse responsabilité. Dès avant la prise de Lyon, pour se soustraire aux poursuites, il se cacha; il demeura caché tout l'hiver. Son nom figure en bon rang au Tableau général des conspirateurs (voie page 355) et Pignon dans ses notes (voir page 437) le désigna pour la guillotine :.« Au pot ! )», justifiant son vœu avec une ardeur méchante : a Scélérat achevé, un des premiers contre-révolutionnaires »... Les notes de Pignon sont datées du il pluviôse (30 janvier).

Voilà que, deux mois plus tard, le 13 germinal (2 avril), on voit ce même Courbon déjà réintégré dans la garde nationale, de service à la maison d'arrêt, « surpris à correspondre avec les détenus »,

Non seulement il ne craignait plus les poursuites; mais il reprenait son action politique, se portant au plus pressé, aidant les détenus par des informations. Ce qui est caractéristique c'est qu'on n'ose pas le toucher. Saisi d'un procès-verbal du commissaire de police, le Tribunal de police municipale n'ose pas le faire arrêter et juge l'afTaire a d'une telle importance » qu'il la renvoie a au Corps municipal d (i). La Commune saisie aussitôt ne le fait pas arrêter davantage, et ordonne une enquête près du Comité révolutionnaire pour savoir si Courbon « doit être classé parmi les gens suspects j», auquel cas on procéderait à l'arrestation (2). Cependant, en outre du fait incriminé, l'arrêté de la Commune énonce des motifs de suspi* cion légale : . .

Considérant que le ciloyen Courbon-Montviol tient, par les liens du sang à des conspirateurs en fuite ou déjà tombés sous le glaive de la loi, à des émigrés ou des ennemis de la Révolution.

Je ne vois pas la suite. Mais la sécurité de ce « conspirateur » la reprise de son action et la mollesse de la Commune à son égard me paraissent des preuves que les temps sont changés. L'opinion est telle que les royalistes comme Courbon se sentent protégés.

Un autre incident témoigne d'une sorte d'impatience de représailles qui se manifeste par des provocations. Le 11 floréal (30 avril), paraît devant le Tribunal de police municipale (3) un sieur Terrasson fils, accusé d'injures et de sévices envers la citoyenne Vernay-Vial femme de l'officier municipal :

Accusé et convaincu d'avoir marché sur le pied de ladite citoyenne et de ravoir traitée de putain et d'autres mauvais propos.

Aucune circonstance, si ce n'est que l'offense a été faite <3c dans le temple de la Liberté > ce qui pourrait bien vouloir dire à la fête décadaire de la veille, 10 floréal (4). Il se pourrait que l'insolent

(1) Registre audienciev du Tribunal de police mutiicipale conservé à la Cham-. bre de commerce.

(2) Archives de la Commune. ~- Arrêtés.

(3) Registre audiencier.

(4) Autre circonstance singulière. Vernay-Vial était juge au Tribunal de police municipale. On s'attendrait à le voir se récuser. C'est le contraire qui apparaît. C'est le mari qui punit l'injure faite a sa femme et le jugement n'est signé au. registre que par lui et le secrétaire.

Mais ce jugement n'est pas dur. Le ministère public réclamait le renvoi a la Correctionnelle. Il n'est ordonné que vingt-quatre heures de prison « jusqu'à demain midi ».

personnage dit € Terrassûn fils -» fut le Terràsson Jacques, jeune muscadin de Saint-Ghamond, apprenti armurier (pour échappera la réquisition militaire), qui, pendant la Terreur blanche de Tan III, âgé de vingt et un ans, trouva la mort dans l'entreprise d'assassinat des jacobins détenus dans la prison de Sainte-Marie. Il se pourrait que ce jeune homme qui aspirait à assassiner les patriotes désarmés eût fait ses premières armes en insultant leurs femmes.

Un événement qui se produisit à Rive-de-Gier vers cette fin de germinal, le 25 germinal (14 avril), montre que, là même, dans un milieu patriote, la bataille était déjà engagée. Un arrêté du District rapporte les faits :

27 germinal (16 avril).

Vu le procès-verbal par le Comilé révolutionnaire de Rive-de-Gier à la date du 25 germinal,

Le Conseil général,

Considérant que le mouvement insurrectionnel — dirigé contre des patriotes énergiques qui, dans les circonstances difficiles, ont fait leups preuves de civisme — porte le caractère d'une odieuse oppression et paroit être une trame méchamment ourdie par la turbulente aristocratie pour comprimer les élans révolutionnaires de l'amour de la Liberté ;

Considérant que cette levée de boucliers, faite par les intrigants et des hommes égarés par les suggestions perfides des meneurs qui se tiennent der^ j-ière la toile, tient à un sysléme général de persécutions qui est formé contre les vrais patriotes par les nouveaux-nés de la Révolution, par les républicains du 8 octobre 1793(1);

Considérant que l'audace des séditieux en est venue à un tel excès qu'ils ont violé la liberté individuelle et le droit sacré de l'asile en allant chercher chez eux plusieurs patriotes et les mener à la Société populaire dominée alors par des hommes qui n'en étoient pas membres et qui, dans le temple auguste de la Liberté, les ont frappés, abreuvés d'outrages, accablés de menaces en poussant des cris de sang et en menaçant de les égorger ;

Considérant qu'il importe de prêter au patiûotisrae menacé l'appui de la loi contre les persécutions de l'aristocratie et de livrer à l'examen de la Justice la conduite coupable des meneurs de cette petite révolte ;

Ouï l'agent national ;

Arrête, par mesure révolutionnaire :

Art. 1". — Que les citoyens Cancade, Colansson, Matrat Jean-Marie, Revol dit Tatas, Jean Merle, accusés d'avoir violenté, menacé et frappé des patriotes, d'avoir troublé la Société populaire par des cris séditieux, d'avoir été les auteurs des désordres qui ont éclaté dans la séance du 25 germinal où les républicains furent exposés à tous les genres de persécutions et leur vie même fut menacée, seront mis en état d'arrestation et traduits dans la maison d'arrêt de Communed' Armes.

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