LA SOCIÉTÉ POPULAIRE
Le traitement des membres de ces Comités était fixé à trois livres par jour. Les règlements n'onl pas été sans difficultés. Les repré sentants durent indiquer la règle et les procédés à plusieurs reprises.
17 ventôse an U (7 mars 94).
Je suis chargé de faire savoir aux administrateurs du district que les 3 liv. par jour sont accordées aux membres de tous les Comités et que chacun d'eux peut les exiger à raison de son travail et son assiduité, pourvu qu'il n'ait pas d'autre traitement... DamainE, adjoint des représentants (1).
(3 germinal an II (23 mars 94).
Les représentants. . .
Sur l'exposé des administrateur du district de Commune d'Armes,
Les autorisent à faire payer, sur le produit de la taxe révolutionnaire imposée
aux riches, les indemnités dues, conformément à la loi, aux membres du
Comité de sur\Tillance dans ladite commune.
FoucHÉ, — Meaulle (2).
Des arrêtés de Reverchon des 5 fioréal (24 avril) et 25 prairial (13 juin), pris en suite des pétitions du Comité, rééditent les solutions (3).
Le premier attribue « sur les sommes qui ont pu provenir des taxes révolutionnaires et à défaut d'icelles, sur le produit des biens des rebelles i> ;
Le second dit:
Considérant que la plupart des membres composant les Comités révolutionnaires ne vivent que du produit de leur travail et qu'étant occupés jouniellement au maintien des lois et à la surveillance des ennemis du bien public, ils ne peuvent se livrer à d'autres occupations.
Le 2 prairial (21 mai), il est mandaté — à raison de 3 liv. par jour — des sommes difi^érentes aux membres du Comité, en raison de la longueur de leurs services.
Ancelin Du 12 brumaire au 9 frimaire.
Bichard Du 15 brumaire au 6 nivôse.
Catelan Du 11 frimaire au 6 nivôse.
Chovet Du 11 frimaire au 6 nivôse.
Desgrands Du 12 brumaire au 6 nivôse.
Gillier-Renard Du 12 brumaire au 6 nivôse.
Egalon-Ranchon Du 12 brumaire au 1 1 frimaire.
Marcet Du 5 pluviôse au 6 ventôse.
Reverdy Du 12 brumaire au 8 ventôse.
Trouillet Du 11 frimaire au 9 ventôse.
(1) Archives de la Loire. L. 140.
(2) Ibid.
(3) Ibid.
34 L*AnMKE RÉVOLUTIONNAIRE DE JAVOGUEâ
Dans Tété de l'an II, Tindemnité fut payée très régulièrement ; je le dirai plus loin.
Aux comptes de la taxe révolutionnaire, on voit qu'il a été mandaté 10.564 liv. pour le Comité et pour des réparations à son bureau.
l'aHMKE RÉVOLUTIONNAIRK de JAVOfUJES
En résumant, le devoir administratif tenait dans cette triple formule : application des lois de défense nationale, des lois sur la contre-révolution et des lois sur les subsistances, notamment celle du maximum.
Aucune de ces taclies ne pouvait être tentée sans que la force publique fût ou effective ou sentie. Cette force devait être plus importante que la gendarmerie, moins impressionnable que la ft:arde nationale. Si, pour lo recrutement de rarmce et contre les réfractaires, la garde nationale était utilisable, si elle Tétait encore contre les suspects qu'elle inquiétait surtout, elle ne pouvait l'être pour les subsistances. La garde nationale prenait toujours parti en cette matière pour l'intérêt local, le seul qu'elle pût apprécier.
On sait que, sur une statistique des récolles, cbaque commune était comptable de l'excédent de ses grains et en devait livraison sur Tordre de l'administration supérieure. Source de contestations et de querelles — de petites batailles quelquefois. On peut voir dans une délibération du Département (20 brumaire-10 novembre), le tableau de toutes les communes dans lesquelles la ville de Saint- Etienne était autorisée à acheter par réquisition 16.180 boisseaux de froment, 7.730 boisseaux de seigle et 2.530 boisseaux d'avoine. Les délégués envoyés pour faire exécuter ces réquisitions n'étaient pas sans appréhension et devaient se préparer à de pénibles débats. Que de peines pour réunir la réquisition — quelquefois faire battre le blé — la charger et, enfin, la conduire à destination !
L'exécution de ces mesures de ravitaillement motiva — l'armée étant tout entière devant Tennemi — l'organisation d'une force publique spéciale qui, de suite, fut chargée aussi de prêter main-forte contre les suspects, et devint l'armée de la politique, l'armée révolutionnaire.
Ces considérations avaient motivé un décret du 17 septembre
L^ ARMÉE RÊVOLbTÎONNAIRE DE JAVOGUES ^
constituant une armée révolutionnaire nationale avec des hommes ayant dépassé l'âge de la réquisition militaire. Cette armée avait été assez vite organisée pour que, le HO octobre, le Comité de Salut public ait pu en diriger sur Lyon, une part importante : 1.200 fantassins, 600 canonniers et 150 cavaliers. Arrivé à Lyon le 5 frimaire (25 novembre) ce détachement y remplit le rôle de troupes de garnison et remplaça, dans la ville conquise, les hommes du siège envoyés à la frontière, les hommes de Valenciennes, notamment, qui étaient déjà devant Toulon et dans la Lozère.
Un peu partout, les représentants eurent la pensée de créer, sur cet exemple, une force publique au service de leur autorité. Les représentants à Lyon, des premiers exécutèrent ce projet, dans les départements de leur ressort, par un arrêté du 9 brumaire ^30 octobre). Cet arrêté montre bien que la préoccupation première fut d*assurer les réquisitions de subsistance : neuf des articles sur seize, ordonnent le recensement et la battue des grains par les soins des administrations départementales et autorisent les visites domiciliaires et les poursuites contre les agriculteurs qui dissimuleraient leurs récoltes. Ces articles prescrivent encore l'approvisionnement des marchés sur les ressources d'un arrondissement agricole attribué à chacun d'eux.
Pour l'exécution de toutes ces difficiles mesures, l'arrêté instituait, dans chacun des départements de la mission, deux commissaires et une armée révolutionnaire dans laquelle des compagnies de batteurs de blé.
Art. i". — Il sera formé, dans le délai de quinzaine à compter du jour de la réceplion du présent arrêté dans cha<'un des déparlements de l'Ain, Jum, Côte- U'Or, Haute-Saône, Saône-et-Loire, Rhône, Loire, Isère, Mont-blanc et Drôme une armée révolutionnaire composée de mille hommes.
Art. 2. — Sur ces mille hommes, quatre cents seront organisés en compagnies de batteurs et employés à battre les grains jusqu'à ce que celte opération ait été consommée; alors ils se réuniront à leurs autres frères d'armes.
Art. 3. —Cette armée sera composée de républicains bien prononcés; ils seront nommés par les administrateurs des départements sur les lisles qui leur seront envoyées par les sociétés populaires ; ils seront choisis dans la seconde classe de la réquisition, si le registre qui sera ouvert dans chaque société populaire n^offre pas un nombre suffisant de volontaires.
Art. 13. — L'armée révolutionnaire assurera, dans chaque département, reflet des réquisitions qui seront envoyées par les représentants du peuple, protégera la libre circulation des grains, et maintiendra l'approvisionnement des marchés.
Art. 14. — Cette armée sera commandée par un chef de brigade et sa paye sera la mérae que celle des autres volontaires, mais elle sera acquittée en assignats au lieu d'être faite en nature.
36 L^ARMÉË RÉVOLUTtONNAmE DE JAVOGCES
Art. 15. — Los femmes, les enfans, les pères et mères de ceux qui composeront celte armée recevront les secoui*8 que la loi assure aux ciloyens qui .««ont dans les autres armées de la République.
Akt. 16. — .Vussitùt que les années révolutionnaires seront organisées, celle de la Côte-d'Or se rendra dans la Haute-Saône, celle de la Ilaute-Saone dans la Côte-d'Or ; colle du Jura dans l'Ain, celle de l'Ain dans Saône-et-Loire ; celle de Saône-et-Loire dans le Jura; celle de Rhône dans Loire; celle de Loire dans le Rhône ; celle de l'Isère dans le Mont-blanc ; celle du Mont-blanc dans la Drôme ; celle de la Drônie dans l'Isère.
G. COUTHON, — MaIUNET, — SÉB. DELArOBTE, — ChATKAUNEUF-RaNDON,
— Albitte.
Le département de la Loire devait donc recruter un millier d'hommes et les envoyer dans le Rhône; il devait, par contre, recevoir du Rhône, une troupe de contingent égal.
Mais Javogues n'avait pas attendu l'initiative de ses collègues. A lui seul, il avait constitué son armée révolutionnaire de la Loire et pour la Loire et cela par un arrêté du 20 octobre, de dix jours antérieur à celui des représentants de Lyon. De telle sorte que deux arrêtés sur la même création purent parvenir aux autorités de la Loire à dix jours d'intervalle. Mais Javogues n'était pas homme à reculer : son projet fut réalisé.
Je ne connais pas son arrêté signé aussi de Bassal ; mais, le 21 octobre, les deux représentants informaient le Comité de Salut public de leur nouvelle création faite « pour la santé du pays, la dispersion des malveillants et la garde des biens séquestrés ». On voit que ce court exposé des motifs est sensiblement différent de celui qui est allégué dans l'arrêté de Lyon. Il est certain, en effet, que la nouvelle « force armée » ne distingua pas entre les besognes révolutionnaires qui lui furent commandées.
L'arrêté de Bassal et Javogues servit aussitôt à faire l'enrôlement d'une petite troupe immédiatement disponible. Le 23 octobre, un sieur « Descombes, commissaire général de l'armée révolutionnaire », de Saint-Etienne annonce au Département, à Feurs, l'arrivée de 150 hommes pour faire provisoirement le service (i).
Le 9 brumaire (30 octobre), sur une lettre de Javogues, le Département arrêtait :
Art. 1". — Les administrateurs lï'Armeville, Montbrison et Roanne pourvoiront sans délai à l'armenienl, équipement et habillement des soldats de la force armée révolutionnaii*e du département de la Loire que chacun d'eux doit fournir.
(t) Archives de la Loire. L. 79.
l'armée révolutionnaire de javogues 37
Art. 2. — Confonnément à Tarlicle 14 de l'arrêté des représentanls du peuple en date du 20 octobre 1793, rhabillement complet pour chaque soldat est composé d\m habit, d'une veste, de deux paires de culottes, de deux paires de bas, d^une paire de guestres en étoffe et une en toile, deux paires de souliers, d'un sac en peau et un en toile, d'un chapeau, de trois chemises et deux cols.
Le i3 brumaire (3 novembre), on sait au Département que « bientôt l*armée révolutionnaire sera organisée » et comme pour démontrer l'urgence de cette organisation, des délégués de Saint- Etienne sont introduits devant le Conseil général qui écoute leurs doléances et les autorise à ordonner aux municipalités du district de Boën de faire battre le blé destiné à leur ville.
Le 15 (5 nov.), le Département impose au district de Saint-Etienne la charge d'équiper 50 canon niers de la force armée révolutionnaire. Le 23 (13 nov.), impatienté par les longueurs d.e l'organisation, il décide que, dans chaque district, un commissaire lui fera un rapport sur Tétat de la formation.
Je ne trouve que quelques noms d'officiers. Un citoyen Descombes, « commissaire général de l'armée révolutionnaire », auquel le Département s'adresse le 3 brumaire (24 oct.) « pour accélérer le plus promptement l'organisation ». Il me paraît avoir été le grand chef. Je vois encore : 1® un citoyen Escoffier qualifié « commandant en second de la force armée » (1) et qui est probablement celui qui, un peu avant, faisait le recrutement dans le district de Saint-Etienne ; 2« un citoyen Escomel, de Saint-Chamond, quartier-maître, qui fut poursuivi en prairial de l'an II pour avoir en cette qualité <sc diverti à son profit les deniers de la République » (2) ; 3® un citoyen Elle Egalon (de Polignais) qui, capitaine de la garde nationale au siège de Lyon, était passé, avec son grade, à la deuxième compagnie de la nouvelle troupe ; 4« un autre citoyen Egalon Mathieu ; b"" un citoyen Revollier; 6* un citoyen Mourgiies, capitaine; 7° les officiers qui conduisirent les colonnes à la revue de Feurs : Thivet, adjudantmajor; Ârchimbaud, Philippon et Siveton, capitaines, et enfin 8" un citoyen « Montagnie Jean-Baptiste, capitaine de l'armée révolutionnaire de la « commune de Saint-Chamond » (3).
Une des raisons qui avaient retardé le recrutement de la nouvelle troupe, composée des hommes de plus de 25 ans, c'est qu'on ne manquait pas de prévoir l'éventualité d'une mobilisation à la fron-
(t) Corre:»pondance du Département, 15 frimaire (5 décembre).
(2) Livre d'écwn de la prison de la rue de îa Ville.
(3) Les Egalon, Revollier, Mourgues et Monlagnie ont signé au registre d'êcrou de la prisoQ de Saint-Kti^nne.
38 l'armée révolutionnaire de javogues
tière. C'est pour rassurer les enrôlés que le 23 brumaire (13 nov.X le Département leur adressa une chaude proclamation pour les mettre en garde contre ceux qui, « sous le voile du patriotisme..., plus dangereux que les aristocrates et les royalistes » tenteraient de les décourager.
Cette proclamation indique bien pourquoi a été organisée la ce force armée » : la Convention et les représentants, disent les administrateurs, <( vous ont délivré des brigands qui, au nom de ce que vous avez de plus sacré, vous assassinoient... ; la horde lyonnoise vous a dessillé les yeux sur les dangers que vous avez courus. Eh bien I profitez-en, poursuivez les traîtres jusqu'à ce qu'ils seront anéantis et que la Liberté soit affermie ! »
Le 1" frimaire (21 novembre), le Département constate qu'on a appelé à Feurs 100 hommes des «c volontaires » ; il décide qu'Escofiier, commandant en second de l'armée révolutionnaire, donnera les ordres pour le service des détenus.
Le 9 frimaire (29 novembre, on put passer en revue la troupe révolutionnaire à peine armée (1), réunie à Feurs. Elle s'y rendit en quatre colonnes de Roanne, de Montbrison, de Saint-Rambert et de Saint-Etienne. Les onze compagnies mirent en ligne à cette revue 1.148 officiers et soldats, alors que 260 avaient été laissés dans leurs cantonnements. Au total 1.408 hommes ainsi répartis :
Saint-Etienne 635 hommes en 5 compagnies
Saint-Hambert 102 — l
Montbrison 282 — 2 —
Roanne 389 - 3 —
TuTAL'X ... l. 408 hommes en 11 compagnies
Le drapeau avait été fait à Saint-Etienne (2).
Suppléée à Saint-Etienne par un détachement de Tarmée révolutionnaire parisienne, celte troupe eut à Feurs la garde des prisons et le service des premières exécutions. Elle y avait Tun de ses casernements à la maison d'Assier.
(1) Le 28 brumaire (18 novembre) le Département avait demandé pour elle aux représentants du peuple un milier de poudre et deux quintaux de plomb ; le Il frimaire (1" décembre), il réquisitionna pour elle, à Saint-Etienne, 450 fusils.
(2) Correspondance! du Département. 21 brumaire (M nov.).