‹ Saint-Etienne et son district pendant la RevolutionChapitre 163 sur 220 · DE LA COMMUNE · texte numérisé non relu

DE LA COMMUNE

La Municipalité n*eut le concours eOectif du nouveau maire que le 18 floréal (7 mai), jour où il fut officiellement installé, deux mois après son élection ou, mieux, sa désignation par la Société populaire.

Peu avant, fin de germinal (vers le 20 avril), Fauriel avait, lui aussi, pris possession de son siège d'agent national. Il revenait de Paris. Il en revenait dans une disposition d'esprit qu'une lettre un peu antérieure à son retour nous fait connaître. La voici :

Au citoyen Arnaud fil* aîné, officier municipal, rue du Chambon.

P&ris, le G* jour de la i<^ décade de germinal (1), Tan 2> de la République, une, indivisible et démocratique.

Démophile Fauriel à son ami Arnaud, salut.

Enfln je vois s'approcher Tinstant où pouvant m*arracher à Tennui et aux plaisirs de Paris, je retournerai végéter dans la douce obscurité dont j'apprends ai bien tous les jours à sentir le prix. Ce n'est pas que notre mission ne dût me retenir ici encore plusieurs jours et, soit dit entre nous, peut-être plus d'une décade, mais ce qui reste à faire n'exige pas ma présence et peut se faire par lequel que ce soit de nous

Je t'avoue franchement que je ne sais que faire ni déterminer par rapport à ma nomination à la place d'Agent national près la Commune. Tu sais que, depuis longtemps, mon intention était de partir pour la frontière. Ce désir est plus loin que jamais de me passer. Un poste sédentaire n'est nullement ce qu'il me faut dans ce moment et tu sens que si je manque Toccassion qui se présente à moi de voir un pays que je mets beaucoup d'intérêt à connaître, elle ne s'offrira plus d'une manière aussi avantageuse pour le but que je m'en propose. Serait-il [un] moyen de donner ma démission et de la faire accepter? Sonde là dessus les dispositions de tes collègues afin que je sache en arrivant à quoi je pourrai m'en tenir.

Si les circonstances, si l'intérêt de la Commune pouvaient exiger de moi le sacrifice que je lui ferais en acceptant le poste où parait m'appeler sa confiance, je déclare que je ne le puis que sous la condition qu'il me sera permis, — lorsque j'aurai, par l'assiduité de mon travail, rapproché les affaires de la Commune du courant, — de servir ma Patrie d'une manière plus conforme à mes goût3 et à mes facultés.

Dans trois ou quatre jours au plus tard, je compte partir d'ici. Ainsi, dans huit ou neuf jours, je serai auprès de toi.

(i) 26 mars 1794.

FAURÎEL AGENT NATIONAL 613

Je t'aurai une bien grande obligation si tu pouvais me découvrir, pendant ce court espace de temps, un petit logement plus sain et mieux aéré que le mien qui n'était guère bon que pour les tristes journées d'hiver. J'aurais besoin maintenant de respirer Tair de la campagne, pour plus d'une raison. Je tâcherai en arrivant de me procurer un coin bien humble et bien paisible à Yillebœuf ou à Beaulieu. (Tout ce que je te dis là, entre nous.)

Démophile Fauriel.

P.'S. — Je te prie de dire à ton collègue Dupré que les circonstances n'ont guère été favorables à la Commission dont il m'avait chargé. Dupré est occupé, dans cet instant, au point de n'avoir pas un instant à donner à ses amis les plus intimes (!}.

A peine installé, le 9 floréal (28 avril), Fauriel avait repris ses exposés de théorie et ses ordonnancements systématiques. Cette fois, c'est mieux : après un discours si admiré qu'on en vota l'impression (2), il exposa tout un plan d'organisation des travaux du CiOnseil. Les opérations administratives y sont décrites avec un sens de l'enchaînement des choses qui ferait croire à une compétence réelle. Ce qui est plus apparent c'est le classement méthodique (3)^ Ce travail est encore remarquable parce qu'il porte la trace des généreuses ambitions du parti républicain : universalité de l'instruction, extinction de la mendicité, hospitalisation des infirmes, etc. : la fin des misères.

Je relève au registre de la Commune ce plan d'organisation (4) :

L*Agent national a dit qu'il conviendroit que le Corps municipal se formât en quatre Bureaux ou Comités de premier ordre, savoir :

1° Un Comité d'exécution des lois ; ^ Un Comité d'instruction publique ; 3^ Un Comité militaire ; 4<> Et, enOn, un Comité d'imposition.

Qu'outre lesdits Bureaux, il s'en formât quatre autres de second ordre, savoir :

lo bis. Un Bureau de police ; 2* bi$. Un Bureau civil ;

(1) 11 s'agit du grand médailleur Augustin Dupré.

(2) Je ne crois pas qu'un seul exemplaire de ce discours soit parvenu jusqu'à nous.

(3) Ce goût pour la méthode et la précision qui, plus tard, devait rendre si lumineux d'admirables travaux historiques, se manifeste dans toutes les décisions de Fauriel. Un mince arrêté du 16 Ûoréal pour la délivrance des certificats de civisme prescrit scrupuleusement une procédure dans toute la précision des détails: enregistrement, examen, affichage, rapport motivé, etc., etc.

(4) Les énumérations sont, au registre, indiquées toujours par des 1'», 2o, 3<*, etc. Pour éviter la confusion des chiffres trop souvent répétés, je lés ai suppléés par des lettres majuscules, minuscules, etc.

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