PHILOSOPHIE ADMINISTRATIVE
conception religieuse, mais qui, dénués de toute tradition historique ne pouvaient être que des abstractions incomprises du peuple et utiles tout au plus à des effets de littérature politique. Le discours du 18 floréal parut beaucoup moins l'avènement du déisme du Vicaire savoyard que la protestation contre les folies des six derniers mois.
A Saint-Etienne, Técho répondit aussitôt. Le 25 floréal (14 mai), Fauriel présentait à la Commune un projet pour la décoration des cimetières à ouvrir (plus de vingt ans après) : on y trouve une formelle affirmation de l'immortalité. Signées d'un nom retenu par l'histoire de la pensée française, les dispositions du projet méritent d'être relevées.
D'abord ce considérant :
. . . Convaincu que le dernier asile de rhumanlté, cher au peuple ami des mœurs et de la philosophie, embelli par les monuments de la piété fraternelle peut devenir une source féconde de méditations utiles sur la destination et les devoirs de l'humanité. . .
Puis le dispositif : le cimetière sera clos de murs, planté d'ormeaux ; sur la porte : Lieu des sépultures publiques ; au dessus, cette inscription : L'homme ne meurt pas sans avoir fait quelque chose pour la Patrie et pour V Humanité lorsqu^ il songe qnHldoit revivre au delà de la tombe. Au centre, une pyramide triangulaire avec une inscription sur chacune de ses faces :
A). La mémoire de llwmme vertUreux ne demeure pas tout entière emevelie dans la poussière de sa dépouille; le souvenir de ses vertus reste commeun dépôt sacré dans le cœur de ses semblables pour les encourager au bien.
B). Respect à Vasile des morts.
C). On cède sans effroi à la puissance de la Nature lorsqu'on a observé ses lois avec respect.
Le 21 germinal (10 avril), la Ck)mmune décida de planter deux chênes verts, l'un sur la grande place, l'autre sur la place Chavanel. Depuis février 93, la première était appelée place de la Liberté; c'est à ce moment que la seconde prit le nom de place de V Egalité. Je ne vois d'autre signification à ces plantations que celle de symboliser le triomphe et la force de la République par le robuste développement de ces arbres qui — on l'espérait — devaient traverser les siècles et dont les rameaux couronnent d'habitude lès vertus civiques.
LA FÊTE DE L*ÊTRE SUfRÉME (20 PRAIRIAL) 62l
LA FÊTE DE l'ÉTRE SUPRÊME (20 PRAIRIAL)
Le 25 floréal (14 mai), la Commune arrêta qu'il lui serait présenté un projet pour la fête de TEtre suprême qu'elle se proposait de célébrer avec la « majesté convenable y> puisqu'il s'agissait, pour le peuple français, d'adresser a une réponse solennelle à tous les peuples de l'Univers contre les calomniateurs de sa vertu j».
C'est le 5 prairial (24 mai) que Fauriel apporta le plan de la fête et une adresse à la Convention pour la féliciter de son initiative. Je n'ai pas retrouvé le texte de l'adresse lue à la Convention le 19 prairial (7 juin). Le plan, mieux écrit que les autres documents de ce genre, paraîtrait inspiré par un juvénile enthousiasme si on ne retrouvait dans toute la littérature du temps les mêmes « élans de sensibilité ». Voici le procés-verbal ou plutôt le projet de Fauriel :
L'Agent national a prononcé un discours sur la fête de l'Etre suprême qui doit se célébrer le 20 du présent et a présenté un plan de la dite fête ainsi qu'il suit :
A six lieures du matin, une salve d*artillerie devient le premier signal de la fête qu'on va célébrer en l'honneur de l'Eternel.
Quelques instants après un cortège de musiciens accompagné d'un officier municipal parcourt avec solennité les principales rues et places de la commune ; leurs concerts sont le prélude de la fête.
A sept heures, la générale bat. La Garde nationale en armes se forme en bataillon sur la place de la Liberté.
A huit heures, les habitations sont désertes : vieillards, époux, filles et mères forment, de toutes parts, des groupes animés du sentiment de la joie fraternelle qui doit présider à la solennité qui se prépare.
A neuf heures, les autorités constituées sortent de la Maison-commune et, précédées d'une musique analogue à la fête qu'elle doit embellir, elles so placent à la tète du cortège entre une double haie de garde nationale.
Après eux, marchent différents groupes composés de vieillards portant des branches d'olivier à la main, d'hommes vigoureux et robustes portant des rameaux de chêne et d'enfants couronnés de fleurs.
Ces groupes chantent des hymnes à l'Eternel, ils environnent un char auquel sont attachés quatre bœufs couronnés de guirlandes. Sur le char s'élève en triomphe un trophée formé des productions de la Nature, des gerbes flottantes s'y croisent avec des rameaux de verdure, l'herbe des champs y tient sa place ; de toutes parts pendent des festons de fleurs.
Sur ce trophée des bienfaits de la Nature se lit cette inscription : Dons de la Providence.
On arrive au temple de l'Etemel : les magistrats du peuple entonnent un hymne à l'Etre suprême. Les vieiUards, les époux, les enfants, les laboureurs y répondent ; la musique les accompagne.
622 LA FÊTE DE L'ÊTRE ÇUPRÊME (20 PHAIRIAL)
Un magistrat du peuple monte à la tribune ; il explique au peuple les motifs de la solennité pour laquelle on Ta convoqué et lui démon ire que Thomme ne peut être heureux que par la pratique de la vertu et Tobsen-ation des préceptes de la Nature.
On se sépare et chacun va goûter dans le recueillement qui suit une action vertueuse, le calme délicieux et la joie innocente qui en sont le prix.
Le temple de TEtre suprême sera orné de festons et de guirlandes ; au milieu s'élèvera un autel de gazon de forme ronde ; autour de Tautel seront plantés quatre sapins ou autres arbrisseaux aux rameaux desquels seront suspendus des faisceaux d'épis entremêlés de guirlandes de fleurs.
L'intérieur du temple sera disposé de manière à pouvoir contenir le plus grand nombre possible de citoyens.
Le 14 prairial (2 juin), on ouvre une souscription pour la fêle : il s'agit de décorer le «c temple :» et on s'adresse au peuple par une proclamation, que je crois de Fauriel, et qui fut affichée en même temps que le programme (1) :
Citoyens, Le règne de la vérité, de la raison et de la vertu a remplacé celui de Thypocrisie et de tous les systèmes d'immoralité qui tendoient à la dissolution du corps social en faisant circuler dans ses veines le poison des vices, en étouffant le bon sens par le délire de l'imagination et sous Tanarchie des idées. La Convention nationale a décrété qu'il seroit célébré, le 20 prairial, une fête nationale en l'honneur de l'Etre suprême. Déjà, tandis que le patriotisme élève d'une main infatigable et sûre l'édifice de la Liberté, s'élèvent sur tous les points de la surface de la République des temples à la Divinité, à cette Providence prolectrice immortelle de notre Révolution.
Citoyens,
Au milieu de ce mouvement régénérateur, de ces élans sublimes d'un grand peuple vers l'auteur de la Nature, resterions-nous dans une torpeur honteuse et serions-nous étrangers aux intérêts de la grande famille ?
Citoyens, la ci-devant église de Notre-Dame sera désormais le temple de l'Etre suprême ; c'est là que se rassemblera à l'avenir une famille de frères pour lut rendœ hommage et chanter ses bienfaits avec les accents d'une joie reconnaissante et pure ! Mais il est des dispositions d'embellissement à faire à cet édifice pour le rendre digne de la majesté du grand Etre que le peuple doit y honorer. Nous espérons que tous les citoyens aisés de cette commune s'eropi*esseront de contribuer aux frais que les nouvelles dispositions vont nécessiter. Pourroient-ils faire de leurs facultés un plus noble et plus digne usage ? C'est à réveiller le sentiment de la Divinité que des monstres avaient tenté d'anéantir, c'est au triomple de la morale publique et de toutes les vertus que la voix du patriotisme les appelle et nous avons la confiance qu'elle ne les aura pas appelés en vain à cette destination sublime.
(1) La souscription donna fort peu. Le 6 messidor (24 juin), pour payer 1.000 liv. à la citoyenne Gabio qui avait eu l'entreprise des aménagements, on fut obligé de prendre les fonds d'une autre souscription pour des canons. On demande ces fonds au commandant Jourjon en l'assurant que ce « désordre • sera vite réparé.