‹ Saint-Etienne et son district pendant la RevolutionChapitre 171 sur 220 · LA FÊTE DE L^ETRE SUPRÊME (20 PRAIRIAL · texte numérisé non relu

LA FÊTE DE L^ETRE SUPRÊME (20 PRAIRIAL

A quoi servirait-il d'appeler A Eon secours les subtilités de la métaphysique ou les règles ordinaires de la certitude des connaissances humaines?... Le sentiment est le plus irrésistible des arguments et, lorsque le cœur est convaincu, Fesprit qui doute ne peut douter que par intérêt ou mauvaise foi.

Sa thèse, c'est que l'athéisme ne peut avoir de conséquence morale que l'égoïsmc et que l'idée de Dieu est nécessaire au bien : bonté, bienfaisance, dévouement, patriotisme, devoir, autant de mots vides de sens si on supprime l'hypothèse d'une éternelle justice ; l'athéisme est la doctrine du crime, du vice, de la tyrannie : c'est la conscience en proie à « l'anarchie des désirs >, c'est tout l'ordre moral considéré comme « un monde de chimères imaginé par l'orgueil de vouloir être autre chose que soi-même ». Au contraire, l'idée de Dieu a constamment inspiré vertu, dévouement, désintéressement, passion de la liberté.

Cette dissertation est appuyée des exemples historiques à la mode : Catilina et Cicéron, César et son «c vertueux assassin », Caton, « le plus vertueux des mortels d et Socrate. â ces clacissismes, Fauriel ajoute des termes de comparaison moins usités : la République de Platon rapprochée des institutions des Quakers ; William Penn et Fénelon opposés à Spinoza et à Lamettrie. Les Quakers intéressaient beaucoup le jeune orateur (1). Ce qui est plus intéressant, c'est sa naïve philosophie de l'histoire. Celui qui devait être un grand maître des sciences historiques répète l'axiome, commun en ce temps, qui, d'un mot, condamne toutes les civilisations du christianisme : (( l'Univers était vide depuis les Romains » ; il approuve et insiste : « la Vérité a quelquefois des siècles de sommeil ».

Le discours se termine, comme un prêche, par une prière qui ne manque, certes, ni de majestueuse allure, ni d'élévation de pensée. Elle a pu être longtemps la profession de foi de cet homme qui ambitionna de laisser une Histoire du Stoïcisme.

Je ne puis me résoudre à attribuer à Fauriel V Hymne et les Strophes qui furent chantées à la fête et imprimées à l'avance sur deux feuillets. Je me demande quel liltéraleur sléphanois a versifié

(1) Je vois dans sa correspondance (Bibliothèque de l'Institut) une lettre du 19 février 1793, par laquelle il prie un ami de consulter pour lui : Croesii historia Quakerum, — Histoire des Quakers du P. Catrou, — X... Préservatif contre le Qtiakérisfiie,

Et encore» dans une autre lettre du 13 mars suivant, il charge le môme ami de lui acheter la Vie de Guillaume Penn^ par MarsoUier (In-12, 2 vol.). Dans cette dernière, il dit qu'il a « d'excellentes dispositions à devenir Quaker ».

Page 1