COMPLÉMENTAIRES
i^' (17 sept.) Jourjon Sébastien 6 fructidor.
— Matras 14 fructidor.
2 (18 sept.) • Verne ! 29 fructidor.
(1) Je marque d'une astérisque les sorties qui ne sont pas des mises en liberté et qui mènent les détenus devant des juges.
LES POUftSUlTÊS — LA GUERt\E Al) CATHOLICISME 68ft
La douloureuse liste des condamnations prononcées par le Tribunal criminel prouve assez que les jours de l'apaisement et du libéralisme n'étaient pas venus. Aux très vilains jours de Javogues avait succédé une accalmie relative qui n'était exempte ni de deuils, ni surtout de craintes. Nombre de détenus — quelques-uns très compromis dans la révolte — attendaient dans les prisons un jugement qui pouvait encore être terrible. Puis, jusqu'au commencement de l'été, on rechercha pour complicité de rébellion. Une lettre du District, en date du 12 messidor (30 juin), parachève un tableau des fugitifs dressé par la Commune de Saint-Etienne et sur lequel elle avait oublié Dagier, Lardon et Trablaine (du District), Lambert, Dervieux, Vialleton aîné, Perussel, Lacôte, Vialleton, Belon fils aîné, Jerphanion, Mey, etc. etc. (1). Les recherches font au moins preuve d'activité : le 9 thermidor (27 juillet) le District écrit pour faire arrêter Vialleton officier municipal de Praire-Royet qu'on savait caché à Saint-Romain-la-Chalm (Haute-Loire) (2).
Malgré cette activité un peu factice, officielle, les arrestations furent rares, presque nulles. Vers le commencement de l'été, on tient l'instruction pour terminée ; on ne dénonce, on n'enquête plus : on ne recherche que les accusés en fuite (3).
Mais les poursuites pour cause de t fanatisme y> furent continuées avec une certaine ardeur. La chasse aux prêtres réfractaires, tenus pour les pires ennemis de la paix publique, n'avait d'atténuation que le désir des communes et des populations de préserver les persécutés. Le District avait une liste des prêtres de sa circonscription contre lesquels il dirigeait le zèle révolutionnaire des patriotes. Cette liste nous est fournie par la lettre suivante
(1) Archives de la Loire. L. 159.
(2) Archives de la Loire. L. 159.
(3) Le 36 fructidor (Î2 septembre) on expédia à Montbrison un détenu nouvellement arrêté : « Gabriel Roche, membre du Congrès départemental ». Il était depuis longtemps recherché. (Archives de la Loire. U 156).
qu'adressait l'agent national au Comité révolutionnaire de Saint- Etienne (1) :
18 vendémiaire an III (9 octobre 94).
Je vous adresse une liste nominative de quelques prêtres vomis par la Vendée pour colporter dans nos montagnes Tespril de révolte et la contre- Révolution... Je vous invite à en faire passer une copie à tous les agents nationaux des communes et à la gendarmerie en exercice dans votre arrondissement pour qu'on puisse les arrêter si le hasard ou Taffreux besoin de nuire les conduisoit dans vos campagnes. Ils sont tous munis de passeports faux ou arrachés à la faiblesse et a la lâche et pertlde complaisance des municipalités, qu'ils ont eu Tart d'associer à leurs dangereuses opinions...
BonnatHiel, vicaire de Véranne ;
Michaloriy de Véranne ;
Berne, dit Salaire de la Valla, vicaire à Graix ;
Auberly curé d'Argental ;
Aubert, ex-chanoine de Bourges, résidant à Argental;
Renaud, curé de Burdignes ;
Quiblier, vicaire Sain-Sauveur;
Ploton, curé à Romain-les-Atheux ;
Montchovety vicaire à Romain-les-Atheux ;
Fontfrède, vicaire Sain-Sauveur ;
Alirand, curé de Marlhes ;
Laurent, vicaire de Marlhes ;
Fromage, curé de Commune-d'Armes ;
Brevet Jacques, curé de Bonnefond (2) ;
Bayle Jean, vicaire de Rochetaillée.
Fontaine Joteph, curé de Bourg- Argental ;
Bâcher Jean, vicaire ;
Buisson Jean, vicaire de Chuyer ;
Ribier César, vicaire de Farnay ;
Bnet .Claude, vicaire de la Fouillouse ;
Chavanon, curé de Saint-Héand ;
Lardier Jean, vicaire à Bœuf ;
Abriat Pierre, vicaire à Tarentaise ;
Coste, curé de Dargoire ;
Auquier, curé de Tartaras ;
Peyrard, vicaire de Jonzieu ;
Fores t, curé de Sain-Martin.
Signalement de Bouchon, ci-devant vicaire de Genest-Malifaux : taille 5 pieds 3 pouces; cheveux, sourcis châtains; yeux bleus; visage maigre ; couleur pâle (3).
(2) Le curé n béguin » de Saint-Jean-de-bonnes-fonls.
(3) Le 11 vendéniaire (2 octobre W) le District le fait rechercher à Riotort, son pays d'origine et dit, à cette occasion qu'il vient de rétracter son serment (Archives de la Loire. L. 156). Ronchon devait être le premier curé de Valbenoîte.
LES POUHSUltES — LA CiUERRE AU CATHOLICISME 691
En disant « liste nominative de quelques prêtres i> l'Agent national entendait sans doute que cette liste n'était pas complète. On le voit, en effet, quelques jours après, s'excuser auprès du Comité de Sûrelé générale, de ne pouvoir lui fournir les éléments d'une statistique (1) :
23 vendéniaire (14 oclobre 9-i).
Nous avons remplacé, dans les premiers jours de brumaire de l'an II, une Administration fédéraliste destituée par les représentants du peuple qui ne nous a laissé aucun compte, aucun renseignement sur l'exécution des lois désignées ci-contre. Quelques recherches que nous ayons faites, nous n'avons pu nous procurer le registre qui avoit du être dressé des déclarations des ecclésiastiques sujets à la déportation en exécution de la loi du 26 août 17d2.
Quatre ecclésiastiques insermentés et fanatiques ont été arrêtés durant le cours de notre administration ; leur tête est tombée sous le glaive de la loi ; ce sont les nommés :
Antoine Roberty curé de Saint-Sauveur, Claude Briet^, curé de Pavezin, Gaumond, curé de la Valla, Jean Mathivet, curé de Maclas.
Nous vous faisons passer ci-joint l'état des prêtres insermentés et perturbateurs de ce district dont nous croyons qu'une grande partie se cache dans les bois qui couvrent les hautes montagnes de l'Ârdèche et de la Haute-Loire. Nous venons d'en envoyer la liste aux districts qui nous avoisinent afin qu'ils leur fassent donner la chasse...
Donc, à la fin de l'an II, au commencement de Tan III, on recherchait activement, dans le district de Saint-Etienne, vingt-huit prêtres insermentés et réfractaires. Le Comité révolutionnaire, qui venait d'être réorganisé et chargé d'agir dans tout le district, était — on vient de le voir — l'instrument de cette recherche : c'est lui qui faisait parvenir les ordres aux agents nationaux des communes et à la gendarmerie.
Les prêtres réfractaires n'étaient pas seuls poursuivis. Les temps étaient déjà loin où les patriotes poursuivaient les gens coupables de ne pas assister à la messe du curé constitutionnel. Les Sans-culottes poursuivent, maintenant, ceux qui assistent à une messe quelconque ; c'est tout le catholicisme qui est répudié et c'est tout le clergé, réfractairc ou constitutionnel, qui se trouve mis dans la même suspicion, dans la même persécution.
Pour éteindre le catholicisme, il ne faut plus que les campagnes voient aucun curé : on ne le leur permettra plus. Les prêtres réfrac-
(1) Archives de la Loire. L. L'O.
692 LES POURSUITES — LA ÛUERtlE AU CATfiOLtCtSMÊ
taires sont et restent confiés aux meilleurs soins des gendarmes ; les autres constitutionnels devront ou se rendre en leur commune d'origine, ou être internés au chef-lieu du district à côté de Tadministration changée de les surveiller.
C'est Reverchon qui, de Feurs, le 18 messidor (6 juillet) édicta cette violation de la liberté individuelle.
Il voulut, de son autorité proconsulaire, séparer les prêtres les plus assermentés, les plus constitutionnels, de leurs amis, de leurs coreligionnaires. Cette invraisemblable mesure est libellée dans un article 4 qui est ainsi conçu :
Tous les ci-devant prêtres seront tenus de sortir et d'abandonner les communes ainsi que les ci-devant presbytères qu'ils habitent pour se retirer en leur pays natal ou au chef-lieu du district.
Cette usurpation du pouvoir législatif fut appliquée. J'en trouve la preuve dans une lettre adressée par le District aux municipaux de Saint-Victor-sur-Loire le 19 vendéniaire (10 octobre 94). Je la donne plus loin en racontant l'incident auquel elle se rattache (1). Mais l'arrêté de Reverchon avait une Assure. L'auteur n'avait pas osé séparer le propriétaire de la propriété et avait fait exception pour les prAtres possesseurs de biens ruraux qu'ils feraient valoir eux-mêmes. A ceux-là, il avait permis le séjour au milieu de leurs anciens paroissiens. On imagina, dans les communes, qu'il suffirait, pour conserver les prêtres, de les rendre propriétaires de quelque fond par une vente ou réelle ou fictive. Dans les considérants d'un arrêté du 5 nivôse an III (25 déc. 94) le District se plaint d'avoir constaté ce subterfuge.
Engagée dans cette voie de tyrannie, la Révolution — désormais incomprise — s'en va, poussée par la logique des choses, jusqu'à des mesures de coercition méchantes et ridicules qui indignent tout le monde. J'en trouve un exemple dans une lettre du District (2) du l'f thermidor (19 juillet). Cette lettre apprend qu'on vient d'arrêter sept femmes : quatre à Chavanay : « Clémence » exservante du curé Briery, les « sœurs Gilibert » et « la citoyenne Claire, femme Perrot ; trois à Saint-Chamond : Françoise Condamin, a la femme Filliat » et Toinon Sijean. Arrêtées, pourquoi ? On ne voit pas bien. Clémence à dû être une vaillante catholique que la mort de son maître, exécuté à Lyon quatre mois avant, n'avait pas
(1) Voir ci-après § XVI : Impuissance de l'action révolutionnaire. Page 701.
(2) Archives de la Loire. L. 156.
découragée : on avait trouvé sur elle une lettre d'un prêtre réfractaire nommé Beaumann dans laquelle une femme était désignée sous le nom de Claire, ce qui avait entraîné l'arrestation de la femme Perrot. Chez les sœurs Gilibert, on avait trouvé quelques écrits, imprimés et en manuscrit, ayant trait aux événements qui touchaient Tf^lise (1). La lettre du District ne dit rien des autres détenues. Il est probable qu'à l'exception de Clémence, elles furent aussitôt mises en liberté (2) ; Clémence fut mise en liberté par un arrêté de Reverchon, en date du H thermidor (29 juillet) signé à Saint*Chamond.
La persécution était vigilante et n'oubliait pas les détails. A Saint-Etienne, devant la chapelle de Saint-Roch, on voyait parfois des gens agenouillés ; le District prévenu écrit au citoyen Pélissier de Villehœuf :
13 fructidor (30 août).
L'Administration vient d'être instruite qu'il se trouve dans tes fonds une chapelle sous le vocable ci-devant saint Boch où les hommes, et principalement quelques femmes qui tiennent encore à l'ancien régime et ajoutent foi aux fables des prêtres se rendent pour faire des prières.
U est instant d'enlever à toutes ces personnes fanatiques la présence d'un monument qui leur rappelle le règne de tous les ci-devant et propage l'erreur au lieu de la déraciner. L'Administration t'invite donc à la démolir ou à en faire des boutiques (3).
« Déraciner l'erreur », tel est bien le but avoué par les administrateurs de ce temps. C'est dans ce sens que Voytier, de Saint- Genès-Malifau, écrivait au District, le 14 germinal (3 avril), qu'aidé de Ducros, « il réussira à détruire les restes du fanatisme » (4). La désaffectation ou la démolition des sanctuaires et des monuments religieux de toutes sortes, dans Tesprit de ces rationalistes, était l'un des moyens de conviction les plus recommandés. L'arrêté
(1) Deux exemplaires de la Consultation de plusieurs canonisteSf etc. ; un exemplaire de V Avertissement important aux catholiques romains^ etc. ; une copie manuscrite d'une Lettre trouvée sur le marche pied... et un cahier manuscrit de prières.
L'abréviation du titre de la Lettre est regrettable : il s'agit peut-être d'une production locale de propagande. Les imprimés sont connus.
(2) Leurs noms ne figurent ni au registre d'écrou de la prison du district à Saint-Etienne, ni sur les arrêtés de mise eu liberté qui furent peu après rendus.
(3) Archives de la Loire. L. 159.
(4) Archives de la Loire. L. 155.
de Reverchon du 18 messidor (6 juillet), dont j'ai parlé quelques lignes plus haut, ordonnait aux agents nationaux d'obtenir ces démolitions, (c de faire détruire les signes du fanatisme dans leur territoire, dans la décade qui suivra », les municipalités devant veiller à l'exécution. L'article 3 menaçait les citoyens hostiles ou peu zélés.
Tous les citoyens qui relèveront ou souffriront en leur voisinage les signes du fanatisme et qui ne les dénonceront pas aux autorités constituées dans le même délai seront également déclarés suspects et punis comme tels.
Ces révolutionnaires pratiquaient un vieil usage, celui des soldats de toutes les réformations religieuses. On peut dire que nul outrage n'est plus vivement ressenti que la moquerie et, mieux encore, la destruction de l'image ou du symbole dont la vénération est la marque de la foi. 11 semble que l'outrage à la conscience se double d'un outrage personnel. Les Sans-culottes ne se défendaient pas d'un sentiment semblable et manifestaient la plus violente indignation quand un coup de hache mettait bas un jeune arbre de Liberté. J'ai rapporté plus haut comment trois paysans payèrent de leur vie un attentat contre un de ces arbres, à Rutianges. Nul doute que les catholiques n'aient souffert beaucoup de ces mesures d'iconoclastes; qu'ils n'aient senti l'humiliation d'obéir, d'enlever les croix et les images le plus souvent pour les mieux conserver, quelquefois sous l'obligation de les détruire.
A ce point qu'il y eut des révoltes personnelles, d'instinct, d'impulsion. Yoytier, du District, et les citoyens qui l'accompagnaient dans une expédition contre les croix furent attaqués, le 9 floréal (28 avril) et reçurent des coups au hameau ce des Mines » dans la commune de FeugeroUes. Cinq individus furent arrêtés à la suite de cette bataille, écroués à Saint-Etienne, puis renvoyés devant leur juge de paix qui, à la suite d'une prévention assez longue, leur infligea sans doute quelques jours de prison pour avoir battu l'autorité. Voici l'exposé des faits d'après l'arrêté du District :
9 prairial (28 mai).
Vu le procès-verbal dressé par le citoyen Voylier, administrateur envoyé dans le canton du Chambon, en date du 9 floréal dernier, duquel il résulte que les citoyens du village des Mines, commune de FeugeroUes, loin d'accéder à l'invitation qu'il leur lit d'abattre deux croix existant sur leurs maisons, se sont portés à des voies de fait tant contre lui que contre les citoyens qui l'accompagnoient et qu'il a remarqué parmi ces fanatiques les nommés Joseph* Louison dit Bonche, Mathieu Dubuisson, serrurier, Claude Louisondit Bonche, Léon Canonier, Murgue Lindu dit Bonnafond, tous habitants dudit village (1).
(I) Archives de la Loire. L. 120.
Autre affaire plus grave. Au commencement de fructidor, à la Tour-en-Jarez, un nommé Thévenon tira un coup de fusil au nommé Bruel qui avait abattu une croix. Une lettre du District du 22 fructidor (8 septembre) annonce l'arrestation de l'assassin et une autre lettre, antérieure, de l'Agent national au directeur du Jury, donne quelques détails :
8 fructidor (25 août).
Je fenvoie un procès-verbal en forme de dénonciation fait contre un fanatique qui a tiré un coup de fusil à un citoyen qui revenoit des champs après ravoir assailli à coups de pierres.
Justice ! Justice I La circonstance demande un exemple flagrant. Cet homme féroce s'est porté à cet acte de barbarie par une vieille vengeance qu'il conservoit dans son cœur contre le plaignant à qui il en vouloit, parce qu'il avoit abattu une croix qui étoit dans son village (i).
Je ne vois pas la fin de la poursuite : on peut craindre que, devant le Tribunal criminel, Thévenon n'ait payé de sa tête l'exaspération religieuse qui l'avait conduit à un crime.
Une autre forme de la persécution religieuse, et non la moins sensible, était l'obligation de célébrer la décade et de travailler le dimanche. Les tracasseries et les poursuites de ce chef furent sans nombre : il nous est resté en témoignage quelques procès-verbaux.
L'un d'eux, émané du citoyen Reynard et daté du 1*' floréal (20 avril), est caractéristique. Reynard y raconte une descente chez le citoyen Mourgues, ancien officier municipal de Saint- Etienne, à la Combe-Girard, près Janon. Dans celte maison de campagne, Mourgues recevait des amis le dimanche pour entendre la messe. La réunion est surprise avant ou après la messe, mais le procès-verbal ne dit rien du prêtre, probablement constitutionnel étant donné les opinions de Mourgues. Selon la coutume, ces gens avaient mis leurs vêtements du dimanche ; le procès-verbal dit : « Des citoyens et citoyennes habillés en fanatiques, ou comme les ci-devant dimanches ». L'arrivée de cette police causa grand émoi :
Vu en outre notre entrée, la plus grande partie des oilôyens et citoyennes étoient dans le jardin et couroient pour s'enfuir, mais inutilement ; après leur avoir dit pourquoi ils se trouvoient d'un si grand nombre dans lesdits lieux habillés en ci-devant dimanche et qu'à la vérité ledit Mourgues tenoit dans son dit domicile une assemblée de fanatiques dont les noms sont Dutreuil, sa femme, Meyrieux, Chaleyer, sa femme et sa famille, Dlachon, Bonnefoy canonier, sa femme et sa famille, Chaleyer-Berthon et sa famille et autres femmes
(!) Archives de la Loire. L. 156.
de Tendroit et des environs et plusieurs citoyens et citoyennes de Conimuned'Annes à nous inconnus. Après les avoir invités de se retirer et de ne pas tenir des assemblées de pareille espèce desquelles nous devons nous méfier, surtout des jours semblables, le présent a été fait pour rendre compte. . .
Chaleyerdu Grand-Moulin a dit à Keynard qu'il connoissoit la loi aussi bien que lui et la fille de Mourgues a répondu : Voilà le service que vous rendez à mon père après avoir sacrifié son bien et son temps pour la Nation...
£n conséquence, moi, Reynard, j'ai vu avec regret dans ledit domicile des rois et reines tant encadrés qu'en plâtre, de même que des tableaux rangés en ligne des ci-devant saints ou saintes et vu de pareilles reliques dsns le domicile d'un membre attaché à un corps constitué, tenir de pareils tableaux et des assemblées fanatisées, — les dits tableaux ont été cassés (1).
L'horreur de Reynard pour « les rois et reines tant encadrés qu'en plâtre x> n'égale pas les scrupules patriotiques de l'officier municipal Gauche et de Gerin-Fontvieille du Comité qui, perquisitionnant chez un instituteur, Hyacinthe Vial, s'arrêtèrent étonnés : ils venaient de découvrir les Tableaux fidèles de Vart d'écrire et sur l'un de ces tableaux la mention : (c Par privilège du Roy y> ! Les deux patriotes saisirent le tableau et écrivirent à leur procès-verbal : ce Nous nous sommes emparés du dit tableau d'écriture » (2).
L'observation de la décade et le travail du dimanche, bien qu'aucune loi n'en contînt la formelle prescription, l'administration entendait les obtenir partout.
La Commune de Saint-Etienne avait prescrit le repos du décadi en une proclamation véhémente :
20 ventôse (10 mars).
Instruits qu'au mépris de lios institutions républicaines des citoyens, cédant sans doute aux insinuations perfides des ennemis de la Révolution, se permettent de travailler dans leurs ateliers aujourd'hui décadi, tandis qu'ils chômoient hier jour de dimanche dans les habitudes de l'ancien régime.
Considérant que les magistrats du peuple doivent réprimer sévèrement la conduite scandaleuse de ces hommes qui affectent un mépris insultant pour les lois de la Convention
Suivent des dispositions qui classent les contrevenants parmi les suspects et ennemis de la République.
Un arrêté de Reverchon en date du 2 prairial (21 mai) réglant l'exemption du service militaire pour les mineurs de Rive-de-Gier (3)
(1) Archives de la Loire. — Je ne reproduis pas l'orthographe : c'est celle d'un ouvrier qui n'a pas l'habitude d'écrire.
(2) Archives de la Loire.
(3) Enregistré au District le 3 prairial.
ordonnie robservation de la décade dans les houillères et charge la municipalité de faire exécuter. Ou espérait surtout obtenir cette observation dans les ateliers d'armuriers dépendant si étroitement de l'Etat. On faisait à Saint-Etienne les plus grands efforts et, en apparence, la fernfieture obligée des bureaux et ateliers était déjà un succès. Dans les communes voisines, où nombre d'armuriers étaient installés, on ne réussissait pas.
A Saint-Héand, malgré bien des exhortations, on s'en tenait à la vieille pratique dominicale. A la fin de ventôse, le 30 (20 mars), on arrêta le curé Alexandre Montagnon et sa servante Catherine Layé coupables d'avoir conseillé le repos du dimanche. Le District, saisi par des dénonciations, avait ainsi motivé la mesure :
Considérant que c'est attaquer la Liberté et se rendre coupable envers la République d*empécher secrètement la fabrication des armes par des menées sourdes et les ouvriers de travailler pendant les jours que la superstition avoit consacrés au culte de ses idoles (i).
C'était combattre la République et la Liberté que ne pas faire des armes le dimanche ; mais c'était également les combattre que d'en faire le décadi ! L'abbé Montagnon ne fut acquitté parle Tribunal criminel qu'à la fin de messidor après trois mois de détention et sa servante ne fut mise en liberté qu'un peu après par un arrêté de Reverchondu 11 thermidor (29 juillet). L'effet produit par ces sévérités le voici.
Le 15 fructidor (1«»" septembre), le maire — après une visite des ateliers de Saint-Héand par un commissaire — jugea prudent de se justifier auprès du District au sujet de l'inobservation de la décade et du chômage du dimanche et il ajoute, parlant des ouvriers :
Nous leur avons toujours prouvé l'extrême besoin pour le bien général et avons fait des visites avant et en sa présence (2). Dans tous les ateliers, nous avons trouvé que le fanatisme de plusieurs eu retenoit beaucoup, surtout les •jours de fête et dimanche : il sembloitque ce jour-là ils avoient mal au bras et non à la bouche. Nous trouverions bon qu'il y eût une force armée pour leur engraisser les coudes.
C'est tout à fait odieux, on le voit. Le maire dit que les ouvriers n'avaient pas mal à la bouche sans doute, parce qu'ils jugeaient durement la loi nouvelle et ceux qui entendaient la faire appliquer. Il n'est pas sans exemple que la protestation se soit fait entendre
(i) Archives de la Loire. L. 119.
(2) La présence du commissaire inspecteur.
clairement. Une pièce des Archives de la Loire datée du 18 thermidor (5 août) est la protestation d'un citoyen Jacques Dutour, <( faiseur de boucles », condamné à huitjours de prison pour avoir fêté le dimanche : Dutour dit nettement qu'il « entend suivre son ancienne religion ».
Il ne suffisait pas d'empêcher le travail du décadi, il fallait encore pousser les citoyens aux assemblées des Sociétés populaires, à l'audition de la littérature et de la législation civiques. A Saint-Pierrede-beuf, on se rappela que sous l'ancien régime personne n'avait le droit de rester au cabaret pendant la messe ou les offices ; en prairial de l'an 11^ on renouvelle la prescription au profit de la Société populaire : défense « de donner à boire et à manger aux citoyens de la commune pendant les assemblées de Société », — 25 liv. d'amende au débitant et 10 liv. au consommateur.
Mais à constater une résistance aussi vive dans le milieu industriel, on devine qu'elle le fut plus encore dans les communes de paysans : jusqu'à provoquer des troubles.
Un arrêté du District, pris sur un procès-verbal du Comité de surveillance de Saint-Chamond, fait savoir :
Que des assemblées de fanatiques ont eu lieu dans la commune de la Yalla ; qu'on s'y est permis d'injurier les patriotes, les Sociétés populaires et les Comités de surveillance et de déchirer l'arrêté de la Commune pris en exécution de celui des représentants du peuple relatif aux fêtes décadaires ;
Que les citoyens Berlier, Farinette et Chapard ont failli être victimes de ces fanatiques et que le citoyen Girard, ofQcier municipal de la Yalla, loin d'employer l'autorité dont il est dépositaire pour faire respecter les lois en a abusé au point de fomenter ces troubles et de se mettre à la tête du rassemblement.
Girard fut arrêté le 10 prairial (29 mai) et mis en liberté le
13 messidor (t^*" juillet) suivant.
Ces exemples de résistance ne pourraient être très multipliés. Il va de soi que la résistance n'est apparente qu'alors qu'il y a conflit ou poursuite. Or, l'unanimité était telle dans les campagnes que le' conflit ne se produit qu'à la présence de quelques commissaires de Comité.
Je ne vois cependant pas dans notre pays d'arrêté comparable à celui que le représentant Solon Reynaud fit afficher au Puy le
14 thermidor (h'' août).
1. — Les citoyennes de la commune seront invitées d'apporter tous les images, chapelets, objets et livres qui portent l'empreinte du fanatisme et de l'hypocrisie et qui nous empêchent de nous acheminer vers la raison et d'écouter la voix de la saine morale.
3. — Il sera procédé à leur brûlement le 10 août (vieux style) (1).
Toutes ces mesures de coercition nous paraissent justement odieuses. Leur inefficacité leur donne une apparence de ridicule sur laquelle il est superflu d'insister.
Aussi ridicules et plus ineptes certains moyens employés pour exciter à la résistance les simples esprits tout imprégnés de la foi au merveilleux. On faisait circuler des papiers, copiés et lus avec ferveur, qui contenaient des prophéties, des révélations divines, des exhortations et des prières. On trouve trace de celte propagande un peu partout en France. Je veux donner Tun de ces papiers conservé aux Archives de la Loire. Il fut transmis au Comité révolutionnaire de la Pacaudière par la Société populaire de Jarsla-Montagne (Saint-Martin-d'Estreaux).
f Loué et adoré soit à jamais le Très Saint Sacrement de TAutel.
Jésus — Marie — Joseph
Cette lettre a été trouvée envoyée de la part de Dieu qui Va écrite de sa main propre^ en lettres d'or, et a été trouvée nxiraculeuse^nent dans un lieu nommé la Bastille en Languedoc et a été expliquée par un enfant de dix ans qui n*avoit jamais parlé, qui étoit sourd-muet et est écrite en ces termes :
Je vous avertis que si vous ne sanctiflez pas les dimanches et les fêtes par des œuvres de piété, si vous travaillez en ce jour qui est le septième et celui du repos, vous serez maudit de moi. Au contraire, si vous assistez les pauvres dans leurs nécessités, je vous bénirai assurément. Mais, si vous n'observez pas cette règle, vos enfants, vos champs, vos maisons, vos bestiaux seront maudits de moi ; vous aurez la guerre, dos angoisses et, pour marque de ma colère, je vous enverrai des signes au soleil, des tonnerres, des tremblements de terre et d'autres fléaux.
Pour vous garantir de ma colère, vous jeûnerez cinq vendredis de suite et vous direz cinq Fater et cinq Ave en mémoire de ma mort et passion que j'ai soufTerte pour voire salut.
Vous porterez cette lettre en grande dévotion et en donnerez à tous ceux (2) qui auront quelques doutes ou qui croiront le contraire de cette lettre. Tous ceux qui la garderont chez eux sans la publier seront maudits de moi, confondus et tremblants devant moi au jour du Jugement. Au Heu que, si vous la publiez et en donnez copie à tous ceux qui vous en demanderont vous serez bénis de moi, et quand vous auriez conmiis autant de péchés qu'il y a d'étoiles au firmament, ils vous seront pardonnes si vous êtes bien marris de m'avoir offensé.
(1) V. Boudon. — Les municipalités du Puy pendant la période révolutionnairey t. II.
(2) Un mot omis : donnerez copie ou lecture A tous ceux...