IMPUIRPANCE DE L'ACTION RÉVOLUTIONNAIRE
Bien heureusement ceux qui voudront copier cette lettre la porteront sur eux, la garderont dans leur maison, ni la foudre, ni la peste n'y toucheront.
Souvenez-vous de moi, votre Dieu, par dessus tout et aimez votre prochain comme A'ous-méme par rapport à moi.
C'est à cette pièce que Meaulle fait allusion dans une lettre au Comité de Salut public dans laquelle il signale un esprit séditieux dans les cantons de Montbrison et de Feurs (l*^germinal-21 mars).
Les malveillants y ont fait circuler une leltre prétendue écrite de la main de Dieu en lettres d'or par laquelle les fidèles imbéciles sont rappelés au culte catholique sous les peines les plus sévères. Elle n'a encore produit aucun effet fâcheux.
IMPUISSANCE DE L'aCTION RÉVOLUTIONNAIRE
Mais ni les fermetures d'église, ni les abjurations de quelques douzaines de prêtres, ni les pressions administratives n'avaient changé les esprits. Les menaces même étaient sans eflet: on n'avait plus peur. Javogues, Tarmée révolutionnaire, les juges de Feurs et de Lyon, tout cela était du passé. Les condamnations à mort du Tribunal criminel de la Loire qui, en d'autres temps, eussent fait si grande impression, étaient rapportées comme les derniers échos des tonnerres de la tempête. Incapables de comprendre les événements politiques, les populations jugeaient cependant que si tout n'était pas fini, les plus grands périls étaient conjurés.
Il est assuré qu'au moment où — à Paris — l'abominable loi de prairial battait son plein et pourvoyait si amplement l'échafaud, dans le district de Saint-Etienne l'action révolutionnaire n'était plus redoutée et qu'on y bravait les administrations qui la représentaient. Pourrait-on croire que ces jours de messidor et thermidor, où les fonctionnaires étaient en campagne pour faire observer la décade, de petites églises de village, tout près de Saint- Etienne, étaient préparées pour le culte que de courageux prêtres — constitutionnels — y exerçaient ? L'arrêté suivant du District le prouve. Il s'agit de Saint-Viclor-sur-Loire.
8 thermidor (26 juillet).
Vu le procès- verbal dressé le 4 messidor (1) par les citoyens Guillot lieutenant, Drivon brigadier, Grillier et Genoiton gendarmes, à la résidence de cette commune, duquel il résulte
(1) 22 juin.
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Que s*étant transportés ledit jour à Victor-Loire pour y faire la recherche des jeunes gens de la première réquisition, les officiers municipaux n'ont point voutu les accompagner dans leur tournée ; qu'il n'existe point d'arbre de Liberté dans ladite commune ; qu'ils ont trouvé l'église ouverte, l'autel du chœur garni, le livre de chant ouvert sur le pupitre, deux chandeliers avec deux cierges qui avoient été allumés peu de temps auparavant, le dais en bon état(1); qu'ils ont aussi trouvé dans la ci-devant maison curiale des habillements d'homme, un lit garni auprès duquel étoit un fusil à deux coups bien chargé, un cierge pascal, les ci-devant saintes huiles, un bonnet de prêtre et finalement un grand nombre de provisions de bouche ; que les officiers municipaux se sont vaguement, et souvent par des mensonges, disculpés des divers reprgches qui leur étoient faits par les gendarmes ;
Vu aussi la pétition présentée ce jourd'huy par Frécon, ex-curé de Victor- Loire, qui demande qu'attendu qu'il lui est arrivé un accident à une jambe il lui soit permis de rester encore à Victor-Loire quelques jours pour sa guérison ; ladite pétition certifiée par Gezin maire et Boissy agent national ;
Considérant que le fanatisme règne encore dans la commune de Victor-Loire par reflet de la négligence des officiers municipaux et de l'agent national ; que l'état où les gendarmes ont trouvé la ci-devant église et la maison curiale annonce clairement que ces fonctionnaires publics ont souffert que des prêtres fanatiques continuassent à y exercer leur ministère d'erreur et de mensonge ; qu'il ne paroit pas moins prouvé que le nommé Frécon, ex-curé de cette commune, est le meneur de cette trame et qu'il ne cherche, de concert avec les officiers municipaux, à prolonger son séjour à Victor-Loire que pour metlre le comble à ses crimes...
Conclusion : le curé Frécon — très assermenté, élu le 25 septem* bre 91 — le maire et l'agent national seront arrêtés ; les m effets » de l'église seront enlevés et mis sous scellés.
Je ne vois pas le résultat de cet arrêté portant mandat d'arrêt, mais je vois que, deux mois et demi après, le curé Frécon est toujours à Saint-Victor et que le District enjoint toujours à la municipalité de sévir contre lui :
19 vendémiaire an III (10 octobre).
... Vous soulft'ez encore dans votre commune le nommé Frécon, ci-devant curé, qui devoit venir résider au chef-lieu du district ou se retirer dans son pays natal (2)... Pourquoi fermez-vous les yeux sur un pareil abus? Pourquoi ne forcez-vous pas cet individu récalcitrant à obéir aux arrêtés et aux lois? Chassez... cet homme qui, peut-être, fanatise en secret. Et s'il refuse dé venir au District ou d'aller au lieu de sa naissance, faites-le arrêter et conduire dans nos maisons d'arrêt. Vous en êtes requis et vous nous en rendrez compte.
On voit que la persécution ne prend pas la peine de chercher des prétextes. La supposition d'une action secrète lui suffit : ce qui,
(1) Pour quelque procession.
(2) Voir plus haut ce que je rapporte d'un arrêté de Heverchon du 18 messidor (6 juillet), page 692.
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peutétre, fanatise en secret )»... On voit aussi combien était faible et peu redoutée Faction administrative.
Les constatations faites par la gendarmerie à Saint-Victor on eût pu les faire en bien des communes et il faut remarquer .qu'elles furent motivées à Saint-Victor par la résistance des municipaux à aider la recherche des conscrits réfractaires.
Pour une autre commune, à l'autre extrémité du district, Saint- Christô-en-Jarez, l'Administration se croit obligée de faire comparaître devant elle les officiers municipaux et l'agent national à la date du 26 thermidor (13 août) ; et voici les motifs de cette comparution :
21 Uiermidor (8 août).
Sur les plaintes portées à rAdministration que la municipalilé de Christô-la- Montagne ne veille point à l'exécution des lois, qu'elle laisse subsister les signes du fanatisme, qu'elle a toléré des rasseniblements de soi-disant sœurs de Saint-Joseph ainsi que la levée des scellés apposés dans leur domicUe, sans l'autorisation des autorités supérieures.
Voilà des municipaux qui, contre la loi, laissent briser les scellés ! Mais le District enregistre en cette période des choses plus graves.
Il avait envoyé un commissaire, Nicolas Desverneys, pour faire procéder, à Maclas, à la vente d'objets saisis et de quelques récoltes dans la maison des de la Beau-bérard. C'est un membre du Comité révolutionnaire de surveillance de Maclas, nommé Chana, qui suscite le trouble, insulte le commissaire et le force à interrompre la vente commencée. C'est le 3 thermidor (21 juillet) que le District enregistre l'échec de son commissaire.
Aussi le 10 thermidor (28 juillet), Reverchon — visant la « négligence à faire exécuter les lois )> et l'action des ennemis de la Révolution pour € maintenir le fanatisme y> — décide- t-il que l'agent national du District, Laforest, parcourra les cantons des bords du Rhône, y organisera provisoirement les municipalités et les Comités révolutionnaires, y instruira les magistrats de leurs devoirs et vérifiera l'esprit des Sociétés populaires.
Les 1«' et 2 fructidor (18 et 19 aoùtj, Laforest est à Saint-Pierrede-beuf où a. après avoir consulté la Société populaire j>, il maintient la municipalité d'André Beraud.