liv. :ïr>.122 liv
4» Versé au District 5.186 —
Total 459.150 liv.
Sur les 480.150 liv. promises, on ne perçut pas un sou. Le 2 germinal de Tan III (22 mars 95) la Municipalité en rendait les titres aux souscripteurs.
J'ai dit ailleurs (8) que les 300.000 liv. affectées aux travaux révolutionnaires devaient rapporter une « rente j> aux indigents. Je ne vois pas quelle fut cette rente si elle fut servie un instant.
£n ce commencement d'hiver de Tan III, un extraordinaire événement d'histoire religieuse est relevé dans les papiers d'administralion. J'ai dit plus haut (9) ce que je savais des origines du
(1) Arrêtés de Foucbé et Meaulle du 3 germinal (23 mars) et de Reverchon du 5 floréal (24 avril) et 21 prairial (9 juin). — Archives de la Loire. L. 140.
(2) An-êté de Reverchon, 8 thermidor (26 juillet).
(3) Arrêté de Reverchon, 10 thermidor (28 juillet).
(4) Arrêté de Reverchon, 11 thermidor (29 juillet).
(5) Ibid.
(6) Les 112 liv. représentent une facture pour des journées de cheval, payée après les 300.000 liv.
(7) Arrêté des représentants du 17 prairial (.5 juin).
(8) Voir plus haut, page 738 (ailicle 12).
(9) Voir plus haut, Livre troisième, § VII : Le bt^guitiisine et mon livre JJ Election de Saint-Etienne à la fin de rancicn i'njinie. Livre pn^mior, Chap. 1 , S XV : Le Jansénistne et les Itéguins.
« béguinisme » et de son développement à Saint-Jean-de-bonnesfonts. Les tragédies de Tan II eurent, sans doute, ce résultat d'exalter singulièrement ces esprits troublés par de prophétiques prévisions recueillies en de miraculeuses circonstances. Tout à coup l'hallucination devint obsédante à ce point qu'elle inspira une incroyable extravagance. Des citoyens de Saint-Jean, nombreux, réunis à des correligionnaires de Marcilly-le-pavé et de Fareins dans les Dombes, quittèrent leurs foyers, leurs domaines et, emmenant avec eux leurs familles, s'en allèrent vers les sommets (les Grands-bois, se dirigeant d*abord vers le désert des pénitences puis vers Jérusalem. S'agissait-il vraiment de la Jérusalem de Judée ou de quelque Jérusalem céleste comme celle de Svedenborg? les Grands-bois étaient-ils le désert? Quoi qu'il en soit, des femmes, des enfants, des hommes, grelottant dans les brumes d'automne, s'endormirent sous les sapins, dans les ténèbres de la forêt mouillée. . . Et c'est de là que la force publique les ramena en leurs demeures, leur imposant les charges prosaïques de la vie, le pain sur la table et la flamme au foyer, se moquant de leur pauvre rêve mystique.
Le petit dossier suivant expose les faits.
1» Le District aux autorités constituées et aux commandants de la force armée.
13 brumaire ? ^3 nov. 94).
Nous sommes instruits qu'un nouveau geni*e de fanatisme qu'on peut nommer un vertige de la folie, s'est emparé de Tesprit de quelques habitants des campagnes dans ce distrïctetdans celui de Montbrison surtout où il a pris naissance. Des hommes faibles ont donné dans les extravagances de quelques chefs illuminés connus anciennement sous la qualification de convulsion naires. Une partie porle la démence jusqu'à abandonner leur commune, leurs propriétés, leur foyer et se répandent au milieu de forêts dans TintenUon, sans doute, d'y former un rassemblement. On les rencontre quelques fois par bandes vagabondes ; quelques-uns conduisent avec eux leurs enfants à qui Ils font courir les dangers de leur fuite. La plupart de ces extravagants sortent des communes de Marcilly, district de Montbrisé,de Jean de bonne fond commune de ce district où déjà quelques-uns ont été arrêtés par les soins de la municipalité du lieu, d'autres enfin viennent de Fareins, district de Trévoux.
On a remarqué que plusieurs changeoient de nom et en prenoient d'autres analogues à l'esprit de leur secte.
L'oiHlre public ne peut que courir des dangers par ces rassemblements et ces émigrations. La Raison qui a dissipé dans la France libre les prestiges de toutes les superstitions qui avilissoient l'homme vous dit assez quels sont vos «levoirs dans ces circonstances. En supposant que ces personnes égarées ne nounissent pas dans leurs cœurs un complot de contre-Révolution, peut-on le croire aussi des chefs de ces sectaires ; et l'aristocralie, le royalisme ne sauroient-Us pas bientôt profiler de ces agrégaUons pour former une nouvelle Vendée, si nos elTorcs ne se réunissoient pour en arrêter les funestes effels ?
LES ILLUMINis AU DÉSERT 708
Nous vous requérons donc, ciloyens, et nous vous rendons garants de toute lenteui* ; nous vous requérons de prévenir ou de dissiper toute espèce de rassenoblement ou agrégations religieuses et d'en arrêter ceux qui en feroient partie. Vous les conduirez dans la Commune-d' Armes auprès de T Administration à qui vous rendrez compte de Texécution de la mesure qu^elle vous confie et de tous les indices que vous pourrez avoir sur l'existence de ces mouvements que vous pourrez recueillir dans la suite.
Prenez, citoyens, les mesures les plus sévères et, en môme temps, les plus humaines. Si les moteurs de ce désordre sont criminels envers la Patrie, intéressons notre pitié, notre sensibilité pour ces malheureuses victimes des forfaits de ceux qui sont parvenus à les égarer. Vous vous rappellerez, frères et amis, ces paroles des représentants du peuple à Lyon dans l'arrêté qu'ils viennent de vous envoyer : la persécution irrite et la persuasion seule peut changer les esprits. C'est en conciliant les égards qu'on doit à l'erreur avec la fermeté qu'exige la prévoyance que nous parviendrons sans doute À ramener nos frères séduits à la raison, aux sentiments de la Nature et à leur faire goûter au sein de leurs familles les douces influences de la fraternité (1).
^o Le District à. . . (la Commune de Paris ?) (2).
13 brumaire (3 nov. 04).
Des troubles se manifestent dans l'étendue de ce district ; déjà ils prennent un caractère alarmant. Une secte de fanatiques (les convulsionnistes), connue dans ce pays avant la Révolution par ses scandaleuses orgies, vient de ressusciter. Ces visionnaires se sont montrés dans trois communes : celle de Marcilly, celle de Fareims district de Trévoux où est le centre de leur relation et Jean de bonne fond de ce district éloigné assez considérablement des deux autres communes, ce qui prouve qu'ils correspondent entre eux. Mais ce qui démontre que leurs rapports sont encore plus éloignés, c'est une lettre que nous avons trouvée sur un d'entre eux. Cette lettre datée du 20 messidor dernier (3) est timbrée de Paris et adressée par Phialin (4), homme connu pour un des chefs des convulsionnaires. Si leur correspondance entre eux est prouvée, il n'est pas moins certain qu'il existe un complot formé : c'est la fuite de ces hommes égarés qui émigrent de leurs communes pour se répandre dans les forêts du mont Pilât de ce district. La municipalité de Jean de bonne fond en arrêta quelques-uns avant-hier et nous les détenons dans la Maison d'arrêt. C'est sur ces détenus qu'a été trouvée la lettre dont je viens de vous parier et d'autres billets marqués au coin de la superstition et accompagnés de quelques tresses de cheveux conservées précieusement.
L'Administration a requis la gendarmerie et l'a fait marcher dans les bois où se font les rassemblements. Je vous envoie, citoyens, l'adresse que vient de faire l'Administration aux corps constitués et aux commandants de la force
(i) Archives de la Loire. L. i55.
(2) Le District compte que ses correspondants feront des recherches à Paris pour trouver le prêtre Fialin et il ne s'agit ni du Comité de Salut public, ni du Comité de Sûreté générale. Je suppose la Commune de Paris.
(3) 8 juiUet 94.
(4) Jean Fialin, ancien curé de Marcilly-le-pavê.
aimée (1). On m'annonce en ce moment qu'auprès de ces bois on en a arrêté iO à Praroey (2), et 50 A Genest Malifaux qu'on conduit ici.
Citoyens, il est à croire qu'ils ont des intelligences dans d'autres départedpartements et le voisinage de la Lozère, du Cantal, de la Haute-Loire fait concevoir des craintes fondées. Comptez, citoyens, sur ma surveillance active l't les efforts de l'administration. Je sais à quels regrets on s'expose quand on laisse prendre des accroissements au mal. Le temps ne me permet pas de vous faire part de toutes mes remarques ; mais ma correspondance que j'entretiendrai journellement avec vous vous en rendra compte. J'écris aussi aux représentants, au Comité de Salut public et au Comité de Sûreté générale. Je vous invite, citoyens, à ne pas f>erdre de vue les renseignements que je vous transmets et à ne point apporter de retard dans les mesures que vous croiriez devoir prendre pour parer à ce mal qui devient, de jour en jour, plus menaçant.
Ce Fialin dont je vous envoie le signalement aussi bien que j'ai pu le œcueillir se donne la qualification de secrétaire-greffier. Vous ne négligerez pas, citoyens, d'en faire la recherche dans Paris.
Nota. — L'impression de l'adresse n'étant pas achevée, je ne vous la ferai pai*\'enir que demain. ...
Les Administt*ateur8 et l'Agent nalwtuil.
3^ Le District aux Agents nationaux des Départements de la Lozère, du Cantal, de i'Ardècbe et de la Haute-Loire, — aux Districts de Trévoux, Roanne et Montbrison.
14 bmmaire (4 nov. 94).
Des mouvements fanatiques viennent d'éclater ici. L'Administration a pris des mesures pour les réprimer. . . mais les rendez-vous de ces fanatiques de plusieurs départements environnants, du tien entre autres, leur émigration, la route qu'ils tenoient au milieu des bois en dirigeant leurs pas nous décèlent un projet combiné et qu'il est instant de faire avorter pour ne pas voir se reproduire les scènes affreuses du Cantal et de la Lozère. . .
85 de ces vagabonds furent arrêtés hier soir dans les chaînes du mont Pilât par la garde nationale de Genest-Malifaux. Ils sont ici détenus. Les interrogatoires que nous leur avons fait subir nous annoncent qu'il y avoit à leur tête un chef nommé Moise qui a échappé, mais comme nous avons appris son vrai nom, bientôt peut-être il sera pris. Au reste, il ne paroit pas que ce Moïse (qui est un cultivateur) eût conçu lui-même le projet. Il y a dans ces environs des prêtres réfractaires qui en sont sans doute les moteurs. Ceux qui paroissent figurer dans ces équipées sont deux prêtres appelés Bonjour, ancien curé de Fareins, dont les sectaires ont pris le nom ; un autre nommé Fialin, curé dans le district de Montbrison, qui est à Paris, mais qui correspond avec ces fous...
4« Le District au Comité de Sûreté générale.
(1; Pièce donnée ci-devant.
(2) A Tarantaise.
16 brumaire (6 nov. 94).
Nous vous avons promis par notre dernière lettre de vous écrire souvent sur le nouveau genre d^émigration qui a eu lieu dans ce district. Si nous ne i'avons pas fait dans ces deux jours passés, c'est que nous n'avions pas encore des renseignements positifs a vous donner. Mais aujourd'hui que nous les avons obtenus, nous allons vous les fournir.
Nos recherches n*ont pas éle vaines. Nous avons fait arrêter dans les bois de Genest-Malifaux à peu près 80 personnes. La majeure partie étoient des femmes.
Nous les avons interrogés et nous avons appris de ces individus qu^Us alloient dam le Désert faire pénitence de leurs péchés et qu'ensuite ils se retidroienl à Jérusalem, Ils y étoient conduits par un nommé Moïse et c'étoit Dieu qui dirigeoit Moïse. Presque tous s*appeloient Bonjour et avoient un prénom pris dans Tancienne Loi tel que Aaron, Isimc, Jacob, Judas, Jephté, etc. Leur nom de Bonjour leur vient d'un certain prêtre de ce nom, curé à Fareins, connu pour avoir crucifié une fille et engendré le Saint-Esprit. Le Fialin dont nous vous avons parlé étoitle bras droit de Bonjour et tenoit la même conduite. Voilà les premiers chefs. Deux autres prêtres, Drevet et Lafaye, l'un ci-devant curé et l'autre vicaire de Saint -Jean de bonne fond, dirigeoient plus particulièrement cette émigration. Voilà les qualité scélérats qu'il faudroit tenir. Mais où les trouver ?
Les chefs en sous-ordre sont Moïse ^ — ce Moïse est une fille ( l) autrefois de très mauvaises mœurs et convertie ensuite par Drevet ; elle n'est pas encore arrêtée, — Jacob, le Patriarche, Aaron Bonjour ^ Isaac Bonjour, etc. Nous en avons quelques-uns et nous espérons bientôt trouver les autres.
Concevez, citoyens, l'horreur de ce complot et les suites funestes qu'il auroit eues. Il ne s'agissoit pas moins que de tout quitter pour suivre l'intention du Grand-papa, Jésus-Christ. L'agriculture devoit en soufTrir : « Ia terre que nous habitons, « disoient leurs évangélistes, étoit pestiférée, il falloit absolument Tabandonner ». On emmenoit tous les enfanis parce que le Saint-Esprit (celui sans doute engendré par Bonjour) étoit sur la terre caché sous l'enveloppe d'un enfant. Leurs mœurs étoient licencieuses : ils habitoient ensemble, couchoient pêle-mêle et ils appeloient cela « se marier ». Depuis deux décades il s'est fait parmi eux quatre mariages : Moïse faisoit le prêtre et unissoit au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. L'enlèvement des enfants et une vie libertine ne dévoient pas favoriser la population.
Tout étoit bien organisé ; ils formoient la République de Jésus-Christ. Us avoient une Municipalité de Jésus-Christ : nous tenons quelques-uns de ses officiers municipaux.
Il y a dans le nombre des individus bien coupables ; mais il est aussi bien des personnes trompées, égarées et séduites.
Nous allons nous occuper de rédiger un précis historique de ce complot et de cette émigration et nous vous en enverrons copie. Vous aurez alors tous les renseignements que vous pourrez désirer. Nous attendons vos ordres.
Le Comité de Sûreté générale prit de son côté quelques mesures :
(1) Le texte de la lettre ne remarque pas la similitude du nom attribué à cette fille et au chef désigné à l'alinéa précédent comme le conducteur de la migration, inspiré de Dieu.
796 LES ILLUMINÉS AU DÉSERt
j'en trouve une par laquelle il ordonne l'arrestation de l'ancien curé de Marcilly-Ie-pavé :
Fialin, ci-devant curé dans le district de Montbrison, actuellement à Paris, sera mis en détention dans la maison des Quatre Nations, et les scellés apposés sur ses papiers, distraction faite de ceux qui seront suspects (i).
5« Arrêté du représentant du peuple Pocholle, 17 brumaire (7 nov. 94), signé à Monlbrison et visant des manifestations dans ce district :
Instruit qu*un nouveau genre de désorganisation sociale vient de se manifester dans ce district et semble menacer les districts et départements environnants ;
Que plusieurs individus de diverses communes et des familles enUères ont abandonné subitement leurs foyers pour se porter vers un point de raUiemcnt qu*on ignore ;
Considérant que le fanatisme seul a pu égarer à ce point des esprits crédules...
Que, dans ces circonstances, autant il importe de saisir le fil de ses manœuvres ténébreuses..., autant il est nécessaire dUsoler Timposteur dans son crime...
L'arrêté ordonne : 1» la surveillance permanente des autorités en vue « d'empêcher l'émigration... de rappeler dans leurs foyers les individus séduits, de rechercher les moteurs et instigateurs » ; 2** la dispersion des rassemblements, au besoin par la force et 3« le séquestre sur les biens des fugitifs.
Pocholle était en tournée dans la Loire. Le 19 brumaire (9 nov.), son collègue Charlier écrivait à Lemoyne en mission à Saint- Etienne :
... Si Pocholle ne vous a pas encore visités, c*est qu*il a été retenu à Montbrison, à Roanne et à Feurs plus longtemps qu'il ne le pensoit. Il prendra les mesures nécessaires pour tranquilliser le district sous tous les rapports. Sa présence sur les lieux ne contribuera pas peu, sans doute, à arrêter les progrès du fanatisme que les malveillants voudroient y souffler. Instruis-nous du résultat des interrogatoires de ces prétendus inspirés. Il faut remonter à la source : la tarir par Tinstruction et frapper les chefs avec Tarme de la loi (2).
Il avait été fait — on vient de le voir — un assez grand nombre d'arrestations. Les prisonniers ne manquaient à Saint-Etienne* ni de relations, ni de sympathies ; aussi voit-on la prompte évasion de
(1) Archives nat. F? 45S3.
(2) Bibliothèque de Lyon. Fonds Coste, 17796.
deux hommes qui paraissent les chefs du mouvement, Vnn ayant pris le nom de Bonjour, et de deux femmes. L'évasion constatée par un procès-verbal du 22 brumaire (12 nov.) entraîna l'arrestation et la révocation du geôlier. L'arrêté du District qui ordonne l'arrestation n'est pas sans intérêt.
6» Arrêté du District du 27 brumaire (17 nov.) :
Vu i^ Tarticle 11 de la loi du 13 brumaire an IL.. ;
Vu ^ le procès-verbal fait par les officiers municipaux chargés de la police des prisons à la date du 22 brumaire qui constate Tévasion du citoyen GouUioux fils, surnommé Auguêtin Bonjour et membre de la Municipalité de JéêuS'Christ,
Considérant que le sieur Claude Raymond membre de la même Municipalité et les citoyennes Marie Goutey et Jeannette Brosse se sont encore évadés sans que le concierge en ait averti TÂdminisl ration et que de pareilles évasions pourroient ranimer les espérances presqu'éleintes de la secte des convulsionnaires, compromettre la sûreté des prisons...
Arrête :
1*... Le citoyen Davier sera mis sur le champ en état d^arrestal ion (1).
Le nombre des prisonniers était si considérable (le District dit € à peu près 80 » qu'on dût, très vite, renvoyer les moins compromis, les bonnes âmes qui avaient ^uivi. C'est un arrêté de Pocholle qui ordonna cette première libération.
7« Arrêté du représentant du peuple, Pocholle 26 brumaire (16 novembre) :
Les représentants...
Vu les observations de TAdministration du district de Commune-d'Armes sur la masse totale des individus arrêtés pour cause d'émigration fanatique ;
L'indicaUon de trente-sept de ces individus qui, à raison de leur ignorance, de leur imbécilité et de Tutilité dont leurs bras peuvent être à leurs familles et aux travaux champêtres ont été jugés par le District dans le cas d*étre rendus à la liberté sous la surveillance de leurs municipalités respectives.
Autorisent l'Administration du district à renvoyer dans leurs foyers ces trente-sept individus en prenant, désormais pour empêcher tout rassemblement toutes les précautions qu'exige la tranquillité publique (3).
Dans les lettres du District on a vu que les émigrants de cette marche à quelque Jérusalem rêvée n'étaient pas tous de Saint-Jean de bonnes fonts ou des environs. Le pays de Montbrison est désigné
(1) Archives de la Loire. L. 121.
(2) Ibid.
comme ayaat fourni son contingent. De Boên, de Marcilly, vinrent en effet des croyants. Non en groupe puisque leur voyage ne souleva aucun étonnement, mais individuellement, par familles, à quelques-uns. Un arrêté du District en témoigne et donne des renseignements précis sur l'invraisemblable enthousiasme de ces fidèles.
80 Arrêté du District du 3 frimaire (23 nov^
Sur la pétition du citoyen Antoine Puy, de Boên, district de Montbrison tendante à obtenir la mise en liberté du citoyen Jean Chafanjon, son granger, détenu dans la maison de Commune-d' Armes ;
Considérant que le citoyen Jean Chafanjon, laboureur, demeurant en la commune de Sainl-Etienne le Molard, a quitté sa commune pour courir les diserts avec une horde de fanatiques tant du district de Montbrison que de celui de Commune-d' Armes ; qu'il a abandonné ses terres et en a laissé une partie sans culture ; qu'il a entraîné avec lui sa femme, ses enfants el ses parents et tous ses domestiques de l'un et de l'autre sexe ;
Considérant qu'il a sacriAé à la secte une partie de sa fortune qu'il auroit dû employer à Féducation, à la nourriture de ses enfants et à la culture de ses terres en versant son portefeuille entre les mains d'un Moyse qui conduisoit la horde ;
Considérant que ces observations qui sont le résultat de son interrogatoire ont décidé le représentant du peuple Pocholle à laisser dans la maison d'arrêt ledit Chafanjon... (i).
Le District ajourne Texamen de la supplique. A ce moment il adressait au Comité de Stiireté générale un long rapport :
9** Le District au Comité de Sûreté générale.
4 frimaire an III (514 nov. 94).
Citoyens, le représentant du peuple Pocholle, qui est venu dernièrement visiter notre district, a mis en liberté — sur les observations que nous lui avons faites — quelques-unes de ces femmes fanatisées qui avoient quitté leurs communes pour aller courir les déserts, parce qu'elles étoient trompées, séduites et entraînées et qu'elles ont témoigné du repentir de leur démarche imprudente. Mais il n'a pas cru devoir prendre sur lui de prononcer sur le sort des autres détenus dont la conduite lui a paru ti*ès criminelle et il nous a promis qu'il vous en écriroit. Du moment où nous apprîmes l'émigration qui avoit eu lieu, nous vous écrivîmes pour vous donner avis el vous prier de nous tracer la conduite que nous avions à suivre et lorsque, le surlendemain, nous eûmes fait arrêter cette nouvelle espèce d'émigrants et que, par un interrogatoire suivi, nous eûmes découvert les motifs de l'émigration et comme les auteurs agissoient médiatement dans cette secte, nous vous envoyâmes ime
(1) Archives de la Loire. L. 121.
lettre assez détaillée et nous vous demandâmes vos oixlres. Vous avez, à la vérité, répondu à nos deux lettres ; vous nous recommandez une surveillance active, vous nous chargez de ramener, par Tinstruction, aux principes de la raison, les personnes égarées par le fanatisme et de faire célébrer soigneusement les fêtes décadaires. Mais, cependant, vous ne nous dites rien sur les individus arrêtés qui sont fortement prévenus d'être les auteurs et les chefs de rémigration .
Nous nous sommes sans cesse occupés de cette affaire. Nous avons reçu des renseignements plus positifs et nous pourrons, sous huit jours, vous envoyer copie du rapport que nous allons faire et des interrogatoires que nous avons fait subir à ces misérables.
Quelques renseignements nouveaux que nous allons vous donner, joints à ceux déjà donnés dans notra dernière lettre, vous feront connoitre à fond la secte et vous engageront à nous donner promptement les ordres nécessaires pour nous diriger dans cette circonstance.
On ne peut mieux caractériser cette nouvelle secte, — qui est une fraction de celle des convulsionnaires, mais plus dangereuse et plus atroce encoj«, — que sous le nom de PossibilUme, Les possibilistes sont des monstres qui croient devoir faire tout ce qui est possible ; que l'Etre suprême peut commander le mal ; qu'ils ne doivent suivre que leur conscience et leur conscience n'est dirigée, éclairée que par les rêveries de leurs convulsionnaires qu'ils prennent pour la volonté de Dieu, De sorte que si leurs visionnaires ou leurs prophétesses — comme ils les appellent — leur ordonnoient de voler, piller, égorger, massacrer, séduire les femmes, violer les filles, etc., ils le feroient sur le champ et, bientôt, ils auroient fait renoîlre parmi eux les foules barbares^ ou les peuples du Nord et les Albigeois (1) qui sacriftoient* des victimes humaines, car ces furieux sui voient aussi leur conscience.
Les scélérats que nous avons entrepris n*en étoient pas encore venus k ce point, mais ils en étoient peu éloignés. Nous avons appris avec des sentiments d'hon*eur et d'indignation qu'une fille de la secte avoit, il y a quelque temps, . étouffé entre deux matelas le fruit innocent de ses criminelles amours : cette exécrable femme a fui immédiatement après son crime. Nous avons appris de Jacob, patriarche de cette horde monstrueuse, que les enfants qui dévoient naître des mariages illicites des possibilistes, de leurs débordements libidineux seroient autant de viclimes pour apaiser la colère de Dieu dans le désert. Devait-on les y sacrifier ? O crime inconcevable !
La Convention nationale fait une guerre à l'immoralité. Est-il des êtres plus immoraux que les possibilistes ? Vous ne trouverez chez eux, au lieu de mœurs et de veKu, que corruption, libertinage et crime. Ils ont même perdu jusqu'à l'idée de la vertu. Imaginez si vous voulez le lableau le plus dégoûtant des excès auxquels peuvent se porter les hommes qui ont lâché la bride à leurs passions ; vous n'aurez, assurément, qu'une esquisse très faible des débordements licencieux de ceux-ci. Dans les lieux où ils s'assembloient, ils se déshabilloient entièrement, se livroient à tous les excès inimaginables, faisoient des processions en cet état et alloient se coucher pêle-mêle dans le» greniers à foin. Les fêtes à Priape n'offlrent rien de pareil. Parmi les femmes que nous avons arrêtées, il n*en est peut-être aucune qui ne porte dans son sein le fruit de son libertinage.
(i) L^ agent national fait là de l'histoire à la façon des comités politiques.
800 LES ILLUMINÉS AU DiSEHT
Si l'amour honnête et chaste est banni de celle secte, les autres vertus ne le sont pas moins. Ils méconnoissoient pères, mères, femmes, enfans, parenis, amis. Ils né connoissoient ni Etat, ni République, ni loi. Us ne voyent que Dieu. Et quelle idée se sont-ils formés de TEtre suprême qu'on ne peut honorer dignement que par des actions vertueuses ? La douceur, la clémence, l'amitié étoient également proscrites parmi eux. Les membres de leurs municipalités étoient tous armés et leurs armes dévoient servir à couper le col, c'est leur expression, à ceux qu'ils appellent bâtards, c'est-à-dire à ceux qui étant partis avec eux, n'auroient pas le courage de les suivre, auroient la foi moins grande et seroient tentés de les abandonner.
Le dernier crime de ces scélérats auroit enfin été, si nous ne l'eussions heureusement empêché, d'organiser dans les montagnes de ce district, dans les Cévennes et la Lozère, une nouvelle Vendée. D'habiles contre-révolutionnaires auroient profité de l'égarement de ces misérables, auroient corrompu leurs prophétesses et, dans leurs visions, celles-ci auroient prêché que Dieu ne vouloit pas la République et qu'il appeloit ses enfans chéris à prendre les armes pour le venger et pour soutenir la religion.
Une pièce dont nous vous faisons passer copie vous prouvera. Citoyens, que l'intention de la plupart de ces possibilistes, ou du moins de leurs chefs, étoit contre-révolutionnaire.
Nous avons appris que Drevet et Lafaye, dont nous vous avons parlé dans notre dernière, étoient à Paris ; mais on ne sait ni ce qu'ils y font, ni où ils logent... (1).
Yisiblementy \e District se trompe quand il prête des intentions contre-révolutionnaires aux illuminés. Leur hallucination ne leur permettait de voir dans les événements que les côtés tragiques qui confirmaient leur sentiment sur l'approche des derniers jours ; ils en retenaient surtout le châtiment de l'Eglise romaine qui leur paraissait cent fois justifié. On a remarqué que, bien après la Révolution, des illuminés avaient gardé bon souvenir de Marat, de Danton, de Robespierre, exécuteurs de la volonté de Dieu.
Puis, viennent les mesures de mise en liberté :
iO Arrêté du District, du 44 nivôse (3 janv. 95) qui met en liberté provisoire, à cause de sa santé, un citoyen Gouilloud, dont rafiiaire relève du Comité de Sûreté générale.
41« Arrêté du représentant Tellier, du 24 nivôse (13 janv.) enregistré au District le 25, qui met en liberté provisoire et place sous la surveillance des autorités les six détenus dont les noms suivent, tous de Saint-Etienne le Molard et réclamés par leur commune : Pierre Richard, Fantin, surnommé Briant,
Jean ChafTangon, Marguerite Coste,
Richard, son domestique, Claudine Bourguignon.
(1) Archives de la Loire. L. 159.
. . . Considérant que l'abandon que les individus ci-dessus ont fait de leurs foyers ne peut provenir que d*un égarement qui leur a été suggéré par des personnes mal intentionnées.
i2^ Arrêtés du représentant Tellier du 25 nivôse (14 janv.) enregistré au District le 27, qui met en liberté deux citoyens de Marcîlly le pavé, réclamés par leur commune et <k détenus à Sainte Marie » :
Roux,
Couturier Matthieu.
,13<> Arrêté du District du 8 pluviôse (27 janv.) qui renvoie à l'armée des Alpes deux citoyens de Saint-Jean de bonnes fonts, détenus, qui s'étaient faits armuriers pour échapper à la réquisition :
Revolier Benoît,
Goullioud.
... Détenus... pour avoir pris part à la secte des Bonjours, contracté des mariages illicites devant la municipalité dite de Jésus-Christ et s*étre joints à une émigration fanatique. . .
Cependant, n'étant pas compris parmi les chefs de la secte des Bonjours et n*étant que des agents passifs. . •
14o Le District aux représentants à Lyon.
1â pluviôse an III (31 janvier 95).
Je vous fais passer Tavis que l'Administration a donné sur le renvoi que le représentant du peuple Tellier a mis sur le dos de la pétition du citoyen Jean Guillaume, de Lyon, membre de la Municipaliié de Jésus-Chriêt eX sectaire de Bonjour qui avoit quitté ses foyers pour se réunir aux fanatiques de ce district qui alloient au désert. . .
45® Arrêté du représentant Richard, du 6 ventôse (24 fév.) enregistré au District le 11, qui met en liberté un citoyen Badot, cultivateur de Saint-Jean de bonnes fonts, « détenu à Sainte Marie ».
16» Arrêté du représentant Richard, du 7 ventôse (25 février) enregistré au District le 13, qui met en liberté cinq détenus c de la secte des Bonjours ».
Pertier Jean-Marie, Meunier Jean,
Sellier Jeanne-Marie, Grammont Gabriel.
Meunier Marguerite,
i7« Arrêté du représentant du peuple Borel .
34 ventôse an III (14 mars 95).
Vu les pièces justiAcalives à Tappui de la pétition des citoyens Joêeph Badoi,
— JeannC'Marie Mouche, — Jeanne-Marie Flenret, — Antoinette Rout^, — Anne RitHilier, — Antoinette Camier, vetive Callet, — Gabriel Bernard, — Jeanne Dunias femnie Bernard, — Marie Dxifour, — Gabriel Granimont, — et Marie Maisannet, prévenus d'être de la secte des illuminés fanatiques du département de la Loire, expositive qu'ils reconnoissent leur erreur et reviennent de leur égarement, tendant à obtenir leur mise en liberté.
Vu, notamment^ Tavis motivé du Directoire du District de Commune-d'Ârmes, du 29 pluviôse dernier qui estime que la liberté doit être rendue à Jean Badot,
— Jeanne-Marie Mouche, — Jeanne-Marie Fleuret, — Antoinette Houre, — Anne Rivolierf — Antoinette Camier veuve Callet, — Gabriel Bernai*d, — Marie Dufour, — Gabrielle Grammont»
Arrête:
Que les sus-nommés en Tavis du District précité seront mis en liberté.
Borel (1).
Cet arrêté laissait en prison deux femmes Jeanne Dumas femme Bernard et Marie Maisonnet. Le 27 ventôse (17 mars), le District réclame, avec les plus vives instances, leur liberté aux représentants à Lyon, en faisant de l'élargissement des autres prisonniers un récit des plus attendris (2). Le 3 germinal (23 mars), le District signale encore dans les prisons la présence des prévenus de « fanatisme » (3).
J'ajoute un dernier renseignement. L'évêque Grégoire dans son Histoire des sectes religieuses (T. II) dit que l'exode de 1794 fut dirigé et conduit par le curé Fialin. Il est probable que Grégoire a eu communication des pièces adressées par les administrations au Comité de Sûreté générale.
(1) Archives de la Loire. L. 140. ~ Le District ne demanda pas d'abord la liberté pour tous les pétitionnaires : Jeanne Dumas et Marie Maisonnet étaient exceptées.
On peut remarquer des erreurs de copiste : Baéot est prénommé Joseph et Jean, — Gabriel Grammont devient Gabrielle Granimont, ce qui est plus vraisemblable puisque déjà un Gabriel Granmiont est nommé dans l'arrêté du 7 ventôse.
(2) Archives de la Loire. L. 156.
(3) Ibid. — Sous la plume des administrateurs royalistes le mot c fanatisme « ne désignait pas l'opposition aux serments prescrits par la loi.